Opinion

Pour que les jeunes autochtones puissent continuer de rêver

Les dernières semaines ont été marquées par le deuil, la dénonciation, l’indignation et les déchirements politiques.

Avec raison, des milliers de personnes ont dénoncé la fin tragique de Joyce Echaquan et ont réclamé justice pour elle. De multiples voix se font aussi entendre pour exiger des changements profonds visant à combattre le racisme systémique. Nous faisons écho à ces revendications en n’oubliant pas les premières victimes de ce drame : sa famille, la communauté de Manawan et la Nation Atikamekw, à qui nous offrons nos plus sincères condoléances.

Cependant, alors que les autochtones pansent leurs plaies et demandent justice, la société canadienne doit se mobiliser pour offrir un espoir aux jeunes autochtones et des moyens de prendre leur destinée en main avec un message positif.

Nous interpellons aujourd’hui les gouvernements et la société canadienne dans son ensemble afin de transformer le cauchemar de Joyce Echaquan en un rêve pour la jeunesse des Premières Nations. Plus particulièrement, nous interpellons les leaders politiques qui participeront ce vendredi à une réunion d’urgence convoquée par le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, visant à discuter des enjeux de racisme dans les systèmes de santé au Canada.

En marge des débats nécessaires au sujet de la reconnaissance du racisme systémique, nous avons un autre message : on doit donner aux jeunes de nos communautés la possibilité de se projeter dans un avenir où ils sont en pleine possession de leurs moyens.

Il est essentiel de les convaincre qu’ils ne sont pas condamnés d’avance à devenir des exclus de la société ou à devenir des victimes comme Joyce Echaquan.

De notre chagrin naît ainsi une volonté encore plus forte de continuer notre mission au sein de Puamun Meshkenu (le Chemin des mille rêves) : donner espoir à la jeunesse autochtone en les convainquant qu’ils doivent rêver à un meilleur avenir pour eux-mêmes. Et notre rêve à nous : que les peuples autochtones se développent à leur plein potentiel et contribuent au mieux-être collectif.

Toutefois, notre rêve pour la jeunesse autochtone ne peut se concrétiser sans la pleine reconnaissance par les différents gouvernements des problématiques sociales qui nuisent au développement des peuples autochtones. De nombreuses commissions ont été créées pour faire état de la discrimination, du racisme et des injustices vécues par les autochtones au pays (Commission royale sur les peuples autochtones, Commission de vérité et réconciliation, Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ainsi que la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec). Il existe des solutions déjà identifiées pour entamer un réel processus de guérison collective. Les leaders politiques canadiens et autochtones doivent écouter et regarder ce qui se passe dans la société civile. Il ne s’agit pas de réinventer la roue : plusieurs organisations comme la nôtre sont déjà à l’œuvre et se mobilisent sur le terrain.

Il y a 10 ans, le fondateur de Puamun Meshkenu, le DStanley Vollant, a entamé une marche de 6000 km parmi les communautés et les territoires autochtones afin d’inspirer la jeunesse qui en est issue. Dans la foulée de ce projet, la mini-école de la santé a été créée avec un double objectif : permettre à des étudiants en médecine non autochtones de s’enrichir en allant à la rencontre de nos peuples ; et d’autre part, initier les jeunes autochtones aux métiers de la santé et ainsi susciter des vocations. Nous avons également lancé Jeunes ambassadrices, programme de leadership auquel participe une dizaine de jeunes femmes autochtones pour leur permettre de développer leurs ambitions, pour elles-mêmes et leur communauté. Ce ne sont que deux exemples parmi de nombreuses autres initiatives d’organisations comme la nôtre.

Plus que jamais, les tristes évènements de l’hôpital de Joliette nous font croire que les jeunes autochtones doivent intégrer professionnellement notre système de santé et y contribuer, au bénéfice de tous. Cependant, tous doivent contribuer à rendre plus positives les perspectives d’avenir pour nos jeunes.

Nous sommes convaincus que l’avenir réside dans le travailler ensemble, à une œuvre commune, pour et par les peuples autochtones et en partenariat avec les sociétés québécoise et canadienne.

Nous sommes convaincus que les collaborations constructives, remplies de respect, d’honnêteté, de transparence et de volonté de réconciliation, sont des clés afin de créer une société dans laquelle chacun aura une chance égale de réaliser ses rêves. C’est ce que nous souhaitons pour les enfants et la grande famille de Joyce Echaquan.

Merci ! Mikwetc ! (Atikamekw) Tshinashkumitin ! (Innu) Chiniskomiitin ! (Naskapi) Wliwni ! (Abénakis) Mihwetch ! (Ojibwe) Tiawenhk ! (Wendat) Woliwon komac ! (Malécite) Wela’lioq ! (Mi’kmaq) Nakurmiik ! (Inuit) Nia´: wen ! (Mahowk) Migwech ! (Algonquin)

* Cosignataires : Suzy Basile, professeure à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones, Atikamekw ; Denis Bouchard, auteur, metteur en scène et acteur québécois ; Sarah Bourque, adjointe, Direction des services logistiques, responsable agrandissement de l’Hôpital Pierre-Boucher volet clinico-logistique et volet Lean, Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est, Québécoise ; Éric Cardinal, vice-président d’Acosys et chargé de cours (droit canadien et peuples autochtones) à l’Université de Montréal, Québécois ; Ricky Fontaine, administrateur agréé, gestionnaire financier autochtone accrédité, Innu ; Sabryna Godbout, chargée de projet en langues et cultures à l’Institut de développement durable des Premières Nations, Wendate ; Victoria LaBillois, présidente Wejuseg Construction, Mi’gmaq ; Thierry Leblond, stratège marketing numérique et commerce électronique, Québécois ; Véronique Rankin, directrice générale, Anicinape

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