Éducation

La facture du Lab-École double, Québec va de l’avant

Le gouvernement Legault poursuit le projet Lab-École même si la facture globale est passée du simple au double. Caquistes et libéraux se tiennent mutuellement responsables des dépassements de coûts. Pour le cofondateur du Lab-École, Pierre Lavoie, quand il est question d’éducation, «  ce n’est jamais assez  ».

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, accuse la précédente administration d’avoir sous-estimé la facture, d’avoir « essayé de vendre la construction d’une maison pour le prix d’un cabanon  ». De son côté, le Parti libéral lui reproche d’avoir ajouté au projet des classes de maternelle 4 ans beaucoup plus coûteuses que prévu.

Le projet Lab-École est l’initiative d’un organisme fondé par l’architecte Pierre Thibault, le cuisinier Ricardo Larrivée et Pierre Lavoie, du Grand Défi. Il a été lancé sous le gouvernement Couillard, en 2017. Le projet-pilote prévoit la construction et la rénovation de sept écoles primaires pour en faire des «  écoles du futur ». La facture totale de six des sept projets est passée de 55,6 à 105,9 millions de dollars, a révélé Le Journal de Québec jeudi.

Ces dépassements de coûts sont connus depuis un bon moment, affirme Pierre Lavoie. « On arrive avec une école contemporaine qui va être bonne pour les 60 prochaines années », dit-il. Il prend en exemple l’école de Saguenay, un projet dont les coûts ont bondi de 3 millions à 15 millions. Dans cette ville, une école devait à l’origine être rénovée, mais comme le site sur lequel elle est située est à risque de glissement de terrain, elle sera plutôt détruite. Une école neuve sera construite sur un autre terrain.

« [Une somme] de 15 millions, c’est 250 000 $ par année sur 60 ans. [Avec] 300 élèves, ça fait 900 $ par année. Divisé par le nombre de jours, ça fait 5 $ par jour. Est-ce que c’est trop ? Non, ça ne sera jamais assez d’investir en éducation. »

— Pierre Lavoie, cofondateur du projet Lab-École

Difficile prévision

Trois raisons expliquent une bonne partie de l’augmentation : on a ajouté aux projets des classes de maternelle 4 ans comme le veut la politique du gouvernement Legault, des classes qui s’avèrent beaucoup plus coûteuses que ce que disait la Coalition avenir Québec en campagne électorale, comme l’a démontré La Presse en avril. Un autre reportage publié en mai révélait une explosion des coûts de rénovation des écoles en raison d’une surchauffe dans l’industrie de la construction, un phénomène dont est également victime le Lab-École.

Enfin, dans son rapport annuel publié la semaine dernière, la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, faisait des reproches au ministère de l’Éducation, entre autres quant à la prévision des coûts. Il «  ne sait pas de quelle manière le coût de construction par mètre carré, utilisé pour déterminer le montant de l’enveloppe budgétaire initiale, a été calculé initialement et aucun document n’indique la méthode employée. Par ailleurs, le Ministère ne s’est pas doté des outils nécessaires pour obtenir certaines données importantes en temps opportun, notamment afin de suivre les coûts des projets de construction », peut-on lire.

Pour Jean-François Roberge, « ça n’a aucun sens, l’estimation des coûts qu’il y avait au départ », sous le gouvernement Couillard. On avait prévu qu’une des écoles du projet serait construite à un coût deux fois moindre que pour une école standard dans la même région, a-t-il relevé. Le ministre a autorisé les dépenses supplémentaires requises et appuie toujours la mise en œuvre du projet Lab-École.

« C’est un bon projet d’innovation architecturale. »

— Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Pierre Lavoie ajoute qu’en matière d’architecture, le Lab-École change carrément la donne. «  On a déjà influencé l’innovation dans les écoles […]. Les architectes ne pouvaient pas innover. On a cassé le moule et aujourd’hui, on chiale. Ne chialez pas, c’est une méchante bonne nouvelle  », dit-il.

Même s’il se fait « tirer dessus de temps en temps  », il estime qu’il n’y aura jamais assez de gens pour « défendre les enfants  ». « On est des influenceurs et on s’implique. Est-ce que tu t’impliques en éducation  ? Non. Ferme ta boîte », dit-il à ses détracteurs.

« Une erreur importante »

Lors de la période des questions au Salon bleu, le chef libéral intérimaire Pierre Arcand a soutenu qu’« à l’origine, le Lab-École, c’était un projet bien géré  » avant que le gouvernement Legault procède, par « entêtement », à « l’implantation forcée des maternelles 4 ans dans le projet  ».

« C’est lui qui a changé les règles du jeu. C’est pour ça que ça coûte si cher », a-t-il affirmé. Le premier ministre François Legault a répliqué que les libéraux ont fait « une erreur importante  » dans la prévision des coûts. Il a fait valoir que l’ajout de classes de maternelle 4 ans implique souvent l’aménagement d’espaces communs comme un gymnase, des casiers, une plus grande cafétéria, ce qui fait grimper la facture. Il a balayé les critiques sur sa sous-estimation des coûts lors de la campagne électorale.

Réactions de l’opposition

« Ils ont clairement perdu le contrôle des dépenses. […] C’est assez décevant de voir que la CAQ, qui avait promis rigueur, professionnalisme dans la gestion de l’État, semble exactement sur la même voie des dépassements de coûts à répétition. »

— La porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation, Véronique Hivon

« Offrir un environnement moderne et agréable aux élèves, améliorer le menu des cafétérias et réfléchir à l’architecture des bâtiments est un projet emballant. Cependant, il est plus que jamais évident que le projet Lab-École n’est pas le moyen le plus approprié pour atteindre ces objectifs. »

— La porte-parole de Québec solidaire en matière d’éducation, Christine Labrie

(Avec la collaboration de Martin Croteau et d’Hugo Pilon-Larose, La Presse)

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