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Les policiers veulent des stationnements protégés 

La Fraternité des policiers de Montréal réclame des stationnements sécurisés autour des postes de quartier, craignant que des agents soient agressés en arrivant ou en quittant le travail.

En décembre dernier, un policier de Winnipeg qui venait de terminer son quart de travail a été poignardé en se rendant à son véhicule, garé près de son poste. Puis en janvier, un autre agent en civil qui retournait à sa voiture a fait l’objet d’une tentative de vol. Ces deux événements ont relancé le débat sur la sécurisation des stationnements autour des postes de police.

« J’ai peur que malheureusement, quelqu’un finisse par perdre la vie. C’est très violent à Winnipeg et il y a beaucoup de gens qui en veulent aux policiers. Plusieurs de nos membres ont été menacés ou pris en embuscade en sortant du travail. J’ai vraiment peur que quelque chose de grave arrive », craint Maurice Sabourin, président de l’Association des policiers de Winnipeg.

À Montréal aussi les policiers réclament des mesures de protection. Le syndicat représentant les policiers montréalais a porté plainte à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) sur la sécurité des stationnements.

Contrairement à la Sûreté du Québec où la majorité des stationnements sont clôturés, ceux des postes de quartier de Montréal n’offrent pas une telle protection.

Dans certains secteurs, les agents se garent même dans la rue.

La CNESST a toutefois rejeté la demande, aucun incident n’étant survenu au cours des cinq dernières années. « Il nous est impossible de faire un lien entre l’aménagement actuel des stationnements et la sécurité des policiers en civil, car il n’y a eu aucune agression physique documentée envers ces policiers depuis 2013 », peut-on lire dans une décision datée de mars obtenue par La Presse, en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

agressions DOCUMENTÉES

Le Service de police de Montréal (SPVM) a en effet documenté l’ensemble des agressions survenues depuis 2013 à proximité des postes de quartier. Sur 38 événements recensés, « aucun d’entre eux ne relate une agression physique sur un policier en civil », conclut la CNESST. Les incidents retracés concernent des agressions physiques sur des policiers en service alors qu’ils se trouvaient à l’intérieur ou près du poste de quartier ou encore du vandalisme, des risques que la Commission considère comme « inhérents à leur travail ».

La Fraternité et le SPVM ont refusé de commenter le dossier, le syndicat ayant décidé de contester la décision de la CNESST devant le Tribunal administratif du travail.

Si la plupart des postes de la Sûreté du Québec sont dotés d’enclos grillagés, le corps policier indique que ceux-ci ne servent pas à garer les voitures personnelles des agents. Ceux-ci ont pour fonction de protéger les véhicules de patrouille du vandalisme et peuvent aussi servir à « sécuriser les pièces à conviction volumineuses », comme un véhicule saisi en cours d’enquête, précise le lieutenant Hugo Fournier.

Tendance lourde

Montréal n’est pas la seule ville où les policiers réclament des stationnements sécurisés. Outre leurs collègues de Winnipeg, ceux de Calgary, Vancouver et Victoria ont aussi demandé de telles mesures. 

« C’est vraiment un enjeu à travers le pays. Pour nous, les policiers qui travaillent dans les milieux urbains denses devraient avoir des stationnements sécurisés. »

— Tom Stamatakis, président de l’Association canadienne des policiers

« Il y a eu plusieurs incidents où des agents ont été suivis et leur information personnelle a été obtenue grâce à leur plaque d’immatriculation », poursuit M. Stamatakis.

Au sud de la frontière, l’aménagement de stationnements sécuritaires devient peu à peu la norme. Dallas, au Texas, vient tout juste de clôturer l’espace où les policiers se garent dans la foulée de l’attaque de leur quartier général, en juin 2015. Un homme avait ouvert le feu avec une arme semi-automatique et lancé des bombes artisanales sous certaines voitures. Par chance, aucun policier n’avait été tué ou blessé.

Cette attaque n’était pas la seule du genre à Dallas. Il y a un an, une personne à bord d’un véhicule avait arrosé de balles un poste de police avec une arme d’assaut. Et en février dernier, un individu a endommagé 12 voitures de policiers à coup de masse.

— Avec William Leclerc, La Presse

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