SÉRIE 5/5 Moment malaisant

Un croc- en-jambe de calibre olympique

Quel est le moment le plus malaisant que vous avez vécu ? Au cours des dernières semaines, des personnalités nous ont raconté sans pudeur des récits qui donnent envie de disparaître sous le tapis. Pour clore cette série, l’anecdote de l’ex-plongeuse Roseline Filion.

Durant la cérémonie de fermeture des Jeux olympiques de Pékin, en 2008, je m’apprêtais à entrer dans le stade aux côtés de mes amies Jennifer Abel et Meaghan Benfeito. Contrairement à la cérémonie d’ouverture, durant laquelle chaque pays défile de façon très organisée, tout le monde entre en même temps à la fin des Jeux.

Dans ce temps-là, c’était très à la mode avec les filles de se faire des crocs-en-jambe. On trouvait ça bien drôle… Jenn était la professionnelle, et moi, la cible facile. Je ne m’en rendais presque jamais compte ! J’essayais de me tenir loin d’elles, mais je me disais que durant les Jeux, elles n’oseraient pas. J’étais bien naïve… Toute la semaine, on a continué de se faire presque trébucher. Pendant nos journées d’épreuves, on s’est un peu calmées, pour éviter de se faire mal. Mais vers la fin, tout le monde était fatigué et on avait le goût de s’amuser.

Au moment de faire notre entrée dans le stade, alors que les caméras du monde entier étaient tournées vers nous, Jenn m’a fait un croc-en-jambe ! J’ai perdu l’équilibre, en m’enfargeant dans mes propres pieds, et je suis tombée en pleine face ! Au même moment, des centaines d’athlètes nous suivaient et je leur bloquais le chemin en étant écrasée par terre. Tout le monde me contournait en riant. Le sprinteur canadien Hank Palmer m’a tendu la main, tout en riant lui aussi, mais je l’ai envoyé promener. Je refusais qu’on m’aide.

Je suis un peu orgueilleuse et j’étais très gênée. Je voulais que personne ne me parle.

Je trouvais ça tellement « chien » de me faire ça, dans un moment aussi spécial que je voulais apprécier.... Est-ce que je me suis vengée ? Pas du tout ! Dans la vie, je ne m’obstine pas, je ne me chicane pas et je ne fais pas de scène. Je suis partie de mon côté avec d’autres athlètes et j’ai laissé Jenn et Meg être tannantes de leur bord. Cinq minutes plus tard, je m’en étais remise. Je n’ai aucune idée si les gens m’ont vue planter à la télévision, mais je sais qu’une bonne partie de l’équipe canadienne a levé le pied à côté de moi pour me contourner…

Depuis ce temps, Jenn a continué de me faire des crocs-en-jambe pour me taquiner, mais elle a pris l’habitude de me tenir le bras pour éviter que je tombe. Elle sait que je suis maladroite et que je suis du genre à débouler les marches toute seule… Les filles sont toujours derrière moi en train de rire leur vie.

— Propos recueillis par Samuel Larochelle, collaboration spéciale

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