caucus du parti conservateur

Andrew Scheer promet de « faire mieux la prochaine fois »

Ottawa — Le chef du Parti conservateur Andrew Scheer peut respirer un peu mieux : les députés de son caucus ont écarté l’idée d’avoir recours à un outil parlementaire qui leur aurait donné le pouvoir de l’éjecter du siège du conducteur. Il a donc les coudées franches pour diriger sa formation jusqu’à ce que son leadership soit soumis à un vote de confiance, en avril à Toronto, où aura lieu le prochain congrès national du parti.

Dans l’intervalle, M. Scheer a confié à John Baird, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Harper, le soin de mener une « analyse approfondie » des succès et des ratés de la dernière campagne électorale. Tout est sur la table, y compris la performance de ses proches collaborateurs, cibles des critiques au Québec, a-t-il indiqué au terme d’une longue rencontre de son caucus – la première depuis la défaite – qui a duré trois heures de plus que prévu.

« Nous avons eu une discussion franche à propos de la dernière campagne électorale », a affirmé Andrew Scheer, au sortir de cette rencontre, entouré de plusieurs des députés victorieux.

« Nous avons remporté plus de sièges et nous avons gagné le plus de votes […], mais on s’attendait à beaucoup plus. Personne n’est plus déçu des résultats que moi. Personne n’est plus impatient que moi de faire mieux la prochaine fois », a-t-il ajouté devant les journalistes, d’un ton ferme et convaincu.

Le leadership d’Andrew Scheer a été remis en question depuis sa performance lors des dernières élections, alors qu’il n’est pas parvenu à battre Justin Trudeau. Les troupes conservatrices ont fait élire 121 députés à travers le pays. Les résultats au Québec ont été particulièrement peu convaincants, avec la perte de deux sièges, passant de 12 à 10.

En mode écoute

Selon nos informations, M. Scheer a prêté l’oreille à ses troupes, leur donnant le temps de s’exprimer lors de cette réunion de plus de sept heures. Selon nos sources, il a fait un mea-culpa bien senti, en affirmant qu’il aurait dû clarifier dès la première occasion sa position sur l’avortement – il est pro-vie. Parmi les élus qui ont pris la parole, la députée de Calgary, Michelle Rempel, a été particulièrement éloquente, a-t-on indiqué.

Mme Rempel a notamment soutenu que le parti et le chef devaient absolument être au diapason de l’opinion de la majorité des Canadiens sur des questions comme le mariage entre conjoints de même sexe, sans quoi un retour au pouvoir deviendra impossible.

Avant la réunion, Mme Rempel avait fait un plaidoyer similaire devant les journalistes. La députée a souligné avoir vécu « deux événements heureux » au cours des derniers mois : elle a convolé en justes noces et elle a célébré le mariage entre deux hommes.

Ce n’est pas un secret que le flou entretenu par M. Scheer au sujet de sa position personnelle sur l’avortement a fait perdre de précieux points aux conservateurs, notamment au Québec. Des propos controversés qu’il avait tenus durant le débat sur la légalisation des mariages gais, en 2005, sont aussi revenus le hanter durant la campagne.

À ce sujet, M. Scheer a affirmé hier soir que le parti qu’il dirige allait défendre vigoureusement les droits de tous les Canadiens sans exception, peu importent « leur race, leur religion ou leur orientation sexuelle ». « C’est un message que nous allons marteler clairement à l’avenir », a-t-il dit sous les applaudissements de ses députés.

Le chef conservateur a profité de son point de presse pour faire un appel à l’unité des troupes.

« Les conservateurs réussissent seulement quand nous sommes unis. Cela est sûr. Nous avons pris la décision que nous allons travailler ensemble et nous concentrer sur les choses que nous avons en commun. Nous allons laisser la décision [concernant le leadership] aux membres au mois d’avril. »

— Andrew Scheer

Andrew Scheer presse maintenant Justin Trudeau de rappeler « le plus rapidement possible » les députés à la Chambre des communes afin de se mettre au travail. M. Scheer promet déjà de tout mettre en œuvre pour que les travailleurs du secteur énergétique de l’ouest du pays « soient de retour au travail ».

Justin Trudeau, qui sera aux commandes d’un gouvernement minoritaire, doit annoncer la composition de son cabinet le 20 novembre.

Appui du caucus

Bien que certains d’entre eux se disent déçus des résultats des récentes élections fédérales, la grande majorité des députés conservateurs élus estiment qu’il revient à l’ensemble des membres du parti, et non à eux seuls, de statuer sur le sort de leur chef Andrew Scheer.

Avant le début de la réunion du caucus, les députés conservateurs ont tour à tour écarté l’idée de recourir à l’outil parlementaire qui leur permettrait d’éjecter leur chef du siège du conducteur. Ils ont formellement rejeté ce scénario durant la réunion du caucus. « Cela ne veut pas dire que c’est un vote de confiance inconditionnel », a toutefois indiqué une source conservatrice.

Cet outil parlementaire existe depuis l’adoption en 2015 de la Loi instituant des réformes – mesure parrainée par le député conservateur Michael Chong. Pour s’en prévaloir, les députés d’une formation politique doivent tenir un vote après chaque campagne électorale décrétant qu’ils se donnent le pouvoir de congédier leur leader – un pouvoir qui est en vigueur pendant la durée du mandat.

Par la suite, il faut qu’au moins 20 % des députés exigent par écrit la tenue d’un vote secret sur la direction du parti. Le chef est contraint de quitter ses fonctions au terme d’un tel vote majoritaire, s’il est exigé.

« Ce sont les membres au Parti conservateur qui élisent un chef. Et c’est aux membres de décider de la suite des choses », a affirmé sans détour le député de la région de Québec Pierre Paul-Hus.

« Le chef est le chef. C’est évident qu’on aurait préféré de meilleurs résultats que ceux que nous avons eus au Québec et en Ontario. Mais le parti n’est pas en déroute. Bien au contraire. Nous avons plus de votes que Justin Trudeau. Nous avons plus de sièges qu’il y a quatre ans. Nous avons maintenant une présence dans les provinces atlantiques. Mais nous devons régler certains enjeux et le chef devra le faire », a renchéri le député de la région de Québec Gérard Deltell.

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