Opéra de Montréal

Das Rheingold projeté dans un avenir immersif

Présenté par l’Opéra de Montréal, Das Rheingold (L’or du Rhin) est le premier des quatre opéras du cycle Der Ring des Nibelungen  (L’anneau du Nibelung), œuvres géniales du compositeur et homme de théâtre allemand Richard Wagner.

En ce jour de première à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, La Presse vous propose un parcours wagnérien de cet opéra, à commencer par les explications visionnaires et futuristes de son metteur en scène, Brian Staufenbiel.

« À l’origine, amorce-t-il, cette production a été mise en œuvre pour le Minnesota Opera. On m’avait recruté pour mon expertise en intégration médiatique ; avec cette nouvelle dimension visuelle, Das Rheingold devenait à la fois plus immersif et moins scénique. Les projections et les technologies créent de nouveaux “personnages” afin d’en soutenir l’histoire. »

Fait notable, le Rheingold conçu par Brian Staufenbiel est représenté dans l’avenir et non dans le lointain passé des légendes médiévales.

« L’action se déroule dans un avenir où la science et la technologie ont rattrapé la nature. L’organique, le mécanique et le numérique ont commencé à fusionner. La distinction entre processus biologiques et technologiques est presque disparue. Ainsi les dieux imparfaits de l’histoire sont à la fois des humains et des machines, les nains aspirent à régner en débusquant les technologies du passé, à savoir les semi-conducteurs et les ordinateurs. Les géants, eux, sont projetés sur écran en temps réel, ils usent d’une technologie pour faire interface avec les dieux. »

Si le concept s’arrime fort bien avec l’histoire originelle, les technologies ne doivent pas voler la vedette à l’opéra, soutient le metteur en scène.

« Avec le designer vidéo et son équipe, nous avons analysé la pièce, minute par minute. Nous avons essayé de déterminer comment, au-delà des éclairages et de la scénographie, les projections pouvaient apporter quelque chose de concluant… tout en se faisant oublier. »

— Brian Staufenbiel, metteur en scène de Das Rheingold

Cette approche immersive, insiste notre interlocuteur, ne doit pas devenir un facteur de distraction, elle doit s’intégrer à cet opéra imaginé par Wagner. « Après en avoir étudié la partition et le livret, je n’ai pas cherché à être spectaculaire ; j’ai plutôt essayé de trouver la meilleure façon de raconter cette histoire sans dérailler. »

Qui plus est, Brian Staufenbiel souhaite créer une intimité accrue avec l’auditoire. « C’est pourquoi j’ai disposé les musiciens au milieu de la scène, sous une passerelle où se trouvent les chanteurs qui incarnent les dieux. L’orchestre devient alors un autre acteur de l’histoire, au milieu des chanteurs et des projections. Quant à la fosse normalement utilisée pour l’orchestre, elle représente le Rhin ou la mine où travaillent les Nibelungen, ce qui assure une plus grande proximité entre les chanteurs et le public. »

En 1869, année de création de Das Rheingold, l’opéra était la forme de spectacle la plus fédératrice. Un siècle et demi plus tard, Brian Staufenbiel croit à la relance de l’engouement pour cette forme d’expression en en transformant la structure narrative au moyen de technologies immersives. De nouvelles musiques contribuent aussi à cette relance, fait-il observer.

« Aujourd’hui, dans l’opéra contemporain, on peut compter sur un authentique mouvement de nouveaux compositeurs en musique contemporaine, mais aussi influencés par le hip-hop, l’électro ou la musique improvisée. Bien sûr, nous ne trahissons pas l’esprit des opéras existants. Dans le cas qui nous occupe, nous restons fidèles au texte de Richard Wagner, authentique génie ayant atteint l’équilibre entre théâtre et musique, cerveau de l’art multidisciplinaire. »

À la salle Wilfrid-Pelletier ce soir ainsi que les 13, 15 et 17 novembre, à 19 h 30

Opéra de Montréal

Quatre choses à savoir sur Das Rheingold

La tétralogie de Wagner

Der Ring des Nibelungen (L’anneau du Nibelung) est le titre sous lequel sont rassemblés quatre opéras de Richard Wagner : L’or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le crépuscule des dieux. La tétralogie s’inspire des mythologies européennes. À travers ces légendes, épopées et contes anciens s’érige une allégorie colossale sur la civilisation européenne au XIXe siècle, sur différents aspects de l’activité humaine – pouvoir, politique, économie, croyances mystiques, etc. Dieux, nains et géants assoiffés de pouvoir en évoquent ainsi les misères et les grandeurs. Das Rheingold est le prologue des trois autres opéras de Wagner, dont le génie a mené à l’élaboration du concept d’œuvre d’art totale, Gesamtkunstwerk, où la musique, le théâtre, la littérature, la peinture et la philosophie sont mobilisés. The Hobbit et The Lord of the Rings ne sont pas sans rappeler la tétralogie wagnérienne ; Tolkien s’en était très clairement inspiré.

La trame narrative

Au fond du Rhin, l’or est protégé par trois ondines, déesses des eaux. Le Nibelung Alberich souhaite séduire l’une d’entre elles et fait rire de lui en raison de son physique ingrat. Devant son incapacité à réaliser son souhait, le nain difforme renonce à l’amour, l’or devient alors pour lui le seul enjeu. Il s’empare de l’or afin de créer un anneau qui lui procurera un immense pouvoir, mais… Wotan, maître des dieux, le lui dérobe afin de payer les frères géants Fasolt et Fafner, bâtisseurs de son futur palais qui renforcera sa puissance. Furieux, Alberich jette une malédiction à l’anneau et à quiconque le possédera. La déesse Erda conseille alors à Wotan de s’en départir. Il cède l’anneau aux frères géants et la malédiction s’avère : Fafner assassine Fasolt au moment de partager le trésor. Wotan invite les dieux à entrer au Walhalla (le palais), pendant que les ondines du Rhin pleurent la perte de l’or.

Les interprètes

Dans la production montréalaise de Das Rheingold, Wotan est incarné par le baryton-basse américain Ryan McKinny ; le Nibelung Alberich est joué par le baryton-basse canadien Nathan Berg ; le rôle de Fricka, déesse et épouse de Wotan, est campé par la soprano canadienne Aidan Ferguson ; la basse britannique Julian Close devient le géant Fasolt ; la basse américaine Soloman Howard se transforme en Fafner, son frère assassin ; la soprano canadienne Caroline Bleau joue Freia, déesse de la jeunesse éternelle et prisonnière des géants ; Loge, demi-dieu et maître du feu, est personnifié par le ténor canadien Roger Honeywell ; le Nibelung Mime, frère d’Alberich, est incarné par le ténor américain David Cangelosi ; Donner, dieu du tonnerre, est joué par le baryton Gregory Dahl ; Froh, dieu du printemps, est campé par le ténor Steve Michaud ; la mezzo-soprano canadienne Catherine Daniel devient Erda, déesse-mère de la terre ; Woglinde, Wellgunde et Flosshilde, ondines du Rhin, sont personnifiées respectivement par la soprano canadienne Andrea Núñez, la mezzo-soprano canadienne Florence Bourget et la mezzo-soprano canadienne Carolyn Sproule.

Le metteur en scène et l’équipe de création

Metteur en scène, scénographe et musicien de réputation internationale, le Californien Brian Staufenbiel cumule les fonctions de scénographe et de directeur artistique auprès de l’Opera Parallèle depuis sa création à San Francisco, en 2010. Il est titulaire d’un doctorat en musique de l’Eastman School of Music. Il est le mari de la chef d’orchestre québécoise Nicole Paiement, aussi une tête dirigeante de l’Opéra Parallèle. Spécialisé dans les productions multimédias, immersives et interdisciplinaires, Brian Staufenbiel s’inscrit parmi les visionnaires de l’art total sur scène, tel qu’on l’imagine aujourd’hui. En plus d’assurer la mise en scène de Das Rheingold, Brian Staufenbiel en signe les décors et la scénographie. Les éclairages sont de Nicole Pearce, les projections de David Murakami, les costumes de Matthew LeFebvre. Michael Christie dirige l’Orchestre Métropolitain. Fait à noter, ce même noyau créatif avait mené l’opération du Minnesota Opera.

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