De tout pour faire un monde

Grisante parenthèse

Il faut un peu de tout et d’un peu de tous pour faire un monde. Chaque semaine, Pause va à la rencontre de ceux et celles qui composent cette mosaïque humaine.

Il n’y a pas si longtemps, Pierre-Olivier Tremblay-Gagnon faisait de la maintenance de machines dans une usine. L’emploi était bien payé, mais les journées sans défis lui paraissaient interminables et monotones.

« Moi, au départ, je voulais aller en géographie et en histoire, mais il n’y a pas de débouchés dans ce domaine, dit-il. Je voulais une job sûre. » À 21 ans, le jeune homme a fait un choix raisonnable en optant pour un diplôme d’études professionnelles (DEP) en électromécanique, un secteur en manque de main-d’œuvre.

Comme prévu, les offres de travail se sont présentées rapidement. Les bonnes payes aussi. L’enthousiasme n’a cependant jamais suivi. « On me mettait sur de nouvelles lignes qui brisent moins. C’était facile de ne rien faire », raconte celui dont le nom – « c’est chiant ! » – « prend un siècle à écrire ». « La seule chose qui me motivait, c’était l’argent. »

Le manque de motivation a fini par avoir raison de son envie de sécurité. « Finalement, ça n’a pas marché. Quand tu réalises que tu n’aimes pas 80 % de tes journées, c’est que c’est le temps de penser à autre chose ! »

Oiseau de nuit

Depuis six mois, il sert de la bière et des shooters à une clientèle de quadragénaires nostalgiques de leur époque estudiantine et à des étudiants qui viennent décanter leurs connaissances après les classes ou entre deux cours. L’établissement est situé au cœur du Quartier latin, entre une université et un cégep.

« Ça cale pas mal. Les jeunes ne savent pas boire. Ils s’enfilent cinq shooters de tequila de mauvaise qualité et s’enlignent sur un mal de tête assuré. »

— Pierre-Olivier Tremblay-Gagnon, barman de 24 ans

Derrière son comptoir, il remarque les va-et-vient d’une faune festive, prend note des habitudes des clients habituels, est témoin de transactions conclues furtivement. Certains s’épanchent aussi sur leurs histoires de vie généralement « ben ordinaires ».

« On voit pas mal d’affaires », peut-il déjà conclure même s’il est nouveau dans le métier. Pierre-Olivier ne s’en plaint pas. Il aime l’atmosphère de party, rencontrer du monde et discuter. Le jeune homme de la banlieue profite à fond de la vie urbaine et du nightlife.

À fond de train

« J’ai toujours beaucoup sorti, mais jamais autant que maintenant. C’est le party pas mal », avoue-t-il. Après son quart de travail, vers 1 h ou 3 h du matin, selon les soirs, il sort dans les bars ou dans les partys d’après-fermeture. Une rencontre en amène une autre. Le milieu des bars, dit-il, est un petit monde où on finit par recroiser des figures connues.

« Je dors pas beaucoup. Je me magane aussi. Souvent, je ne me rappelle pas de mes nuits. C’est un peu ça, le problème avec moi… » La veille de l’entrevue, il a fait 12 heures consécutives jusqu’à 3 h du matin. Les deux dernières heures étaient longues. Parfois, admet-il encore, un petit coup de pouce est nécessaire pour rester dans l’ambiance. « Mais j’aime ça pour vrai. »

S’il est aussi à l’aise dans sa nouvelle vie qu’une chenille dans le mescal, Pierre-Olivier ne se leurre toutefois pas sur son avenir. « Tu peux travailler à 45 ans dans les bars, mais ça devient rough. Le milieu n’est pas très sain. » Dans plusieurs bars, on peut d’ailleurs boire en travaillant.

Il est plus plausible que cet emploi, même s’il n’a pas envie d’en changer actuellement, soit une parenthèse dans son parcours. Mais il est encore jeune, réfléchit-il, et il a encore tout le loisir de retourner aux études et d’être sérieux. « À soir, je vais finir à 1 h, pis je vais aller voir des amis dans les bars. » Ce sera la fête. Encore.

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