Éditorial Mark Zuckerberg devant le Sénat américain

L’étau se resserre autour de Facebook

Visiblement nerveux et marchant sur des œufs, le fondateur de Facebook a néanmoins livré une prestation honorable au Sénat américain hier. Cela suffira-t-il à protéger son modèle d’affaire d’une réglementation trop contraignante, ou d’une intervention plus musclée de la Federal Trade Commission (FTC) ? C’est loin d’être sûr.

« Êtes-vous trop puissants » ? « Pourquoi devrions-nous vous faire confiance ? » « Qu’allons-nous dire à nos concitoyens ? » « Pourquoi vous laisserait-on vous autoréglementer ? »

Plus encore que des détails de l’affaire Cambridge Analytica, sur laquelle le réseau social s’était déjà beaucoup expliqué au cours des semaines précédentes, les sénateurs qui ont interrogé Mark Zuckerberg durant près de cinq heures hier après-midi cherchaient à se faire une tête sur un enjeu beaucoup plus large. Les États-Unis doivent-ils encadrer Facebook et, si oui, à quel point ?

M. Zuckerberg a beau dire qu’il n’est pas opposé à toute forme de réglementation, il est comme n’importe quel chef d’entreprise : il préfère que ça se fasse à ses conditions. Le projet de loi bipartisan « Honest Ads », pour une transparence accrue des publicités politiques ? Il l’avait déjà appuyé publiquement, et n’a donc pas hésité à le faire de nouveau hier. Mais une protection de la vie privée similaire à celle dont s’est dotée l’Europe ? Une loi sur le consentement ? Une autre loi protégeant en ligne la vie privée des enfants ? Le principe est intéressant, mais les détails comptent, a répondu le témoin a plusieurs reprises.

Ayant troqué son éternel t-shirt gris contre un veston-cravate aux couleurs de Facebook, et répondant aux questions avec une détermination exempte de condescendance, le jeune magnat de la Silicon Valley avait de toute évidence bien préparé sa visite à Washington.

Malheureusement, il était surtout préparé à ne pas trop sortir de son texte. Plusieurs de ses réponses reprenaient presque mot pour mot des passages de son allocution. De nombreuses autres se terminaient sur une promesse d’obtenir l’information auprès de ses équipes – et il est clair que ce ne sont pas seulement ses spécialistes de la techno, mais également ses conseillers juridiques qui seront mis à contribution.

Ce n’est pas un hasard si Facebook a annoncé et promis autant de changements, et renforcé son équipe de lobbyistes, ces derniers temps. Si elle veut garder les coudées franches, elle doit démontrer, de façon convaincante, qu’elle est responsable et digne de confiance. La double prestation de Zuckerberg à Washington, devant un comité mixte du Sénat hier, et devant un comité de la Chambre des représentants aujourd’hui, fait partie intégrante de l’opération.

Les sénateurs n’ont pas été avares de questions embarrassantes. Plusieurs, toutefois, ont aussi salué le succès de Facebook et de son fondateur, et un certain nombre n’ont pas caché leur aversion pour la réglementation. On verra si M. Zuckerberg tient la distance aujourd’hui, mais jusqu’ici, il s’en est plutôt bien tiré.

Reste une autre épreuve, pour laquelle les allusions amusantes à ses débuts héroïques dans sa chambre d’étudiant ne seront d’aucun secours : l’enquête de la FTC. L’affaire Cambridge Analytica est-elle la preuve que le réseau social a trahi les engagements en matière de protection de la vie privée qu’il avait pris sept ans auparavant ? Des sénateurs n’ont pas hésité à l’affirmer hier. Si la FTC leur donne raison, Facebook s’expose à des amendes et à une perte de réputation considérables.

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