La plante du mois

Les fougères : la forêt en ville

Cultiver les plantes est l’une des tendances de l’heure. Chaque mois, nous mettons en lumière une plante qui donnera du style à votre décor ou à votre cour.

Privés de balades en forêt depuis des semaines, on a fini par s’ennuyer de l’une des plantes les plus banales, les plus courantes croisées dans les sous-bois : les fougères et leur odeur de mousse fraîche, la dentelle délicate de leurs feuilles, leurs verts profonds.

Mais bonne nouvelle pour ceux qui veulent rapporter un peu de la nature en ville : il n’est pas si difficile de les accueillir chez soi, dans la cour.

« Elles me fascinent, quand je vois comme elles s’agrippent sur les roches pour croître en forêt, qu’elles s’adaptent à des milieux plus secs ou plus humides. Pour moi, je me dis juste “wow, la nature”, quand je les vois », dit Michel Corbeil, des jardins du même nom, à Saint-Eustache, l’un des marchands où l’on en retrouve la plus grande variété dans la région de Montréal. Il explique que les municipalités sont parmi ses meilleurs clients. Et pour cause : les fougères ont besoin de peu de soin, elles ne sont pas sujettes aux maladies et on en trouve plusieurs variétés indigènes au Québec.

Adamo Senécal a commencé à se passionner pour les fougères il y a 25 ans, au gré de ses randonnées en forêt. Quand il s’est lancé dans leur commercialisation, en fondant Les Fougères Boréales, il se targuait d’en offrir une épatante variété : 62 différentes, provenant des 4 coins de la planète. Maintenant, il en propose 18, presque toutes québécoises (à l’exception notamment de l’une de ses favorites, la dryoptère oréade, venue des Alpes) par souci de favoriser la végétation indigène et pour répondre à la demande des clients, qui réclament de plus en plus des produits locaux.

En cette année de pandémie, la population semble d’ailleurs (s’)investir bien davantage dans l’aménagement du jardin. 

« Les fougères sont très utiles pour les gens qui habitent en ville et qui ont plus souvent des terrains à l’ombre, à cause de la proximité des maisons. »

— Adamo Senécal

Elles poussent bien près des conifères, voire sous eux, même si le sol y est très acide et la lumière, bien rare. Enfin, elles sont bien appréciées dans les Laurentides et la Montérégie parce que les voraces chevreuils ne les aiment pas. « Ils mangent tout ce qui est au sol…. Sauf les fougères ! C’est un gros avantage. »

Les fougères ont besoin de peu de soin. Le plus important, explique Adamo Senécal, c’est de les planter dans un sol très aéré, plutôt acide. Il suggère de mélanger à parts égales de la terre à jardin, de la mousse de tourbe et du compost. Les maladies sont rares et surviennent surtout lorsque l’été est trop gris et pluvieux.

« Les villes les utilisent beaucoup : elles résistent bien aux intempéries, font de belles couronnes, bien collées », note Adamo Senécal.

Et les ramasser en nature, pour la maison ? « Disons que, d’un point de vue éthique et respect de la forêt, c’est pas super, dit Adamo Senécal. Mais changer de place une fougère, c’est jamais une super idée. Elle développe son feuillage en fonction du soleil, ses racines sont très étendues. C’est rare que ça marche bien. » Chez soi, pour déplacer la fougère d’un coin à l’autre du jardin, il faut procéder tard à l’automne de préférence, avant qu’elle entre en dormance.

D’ailleurs, les fougères indigènes tolèrent bien mal la vie à l’intérieur. « J’ai essayé des dizaines de fois. Ça ne marche pas. En décembre, janvier, elles finissent par dépérir. Elles ont besoin d’une période de dormance », note Adamo Senécal.

Intérieur ? 

Pour l’intérieur, donc, il faut opter pour des variétés tropicales, qui n’ont pas besoin de période de dormance ou de gel. 

Les boutiques de plantes qui en commercialisent sont plutôt rares. « C’est trop difficile à garder en vie », nous a-t-on répondu dans une boutique bien en vue de Montréal. « Elles ne demandent pas tant de soins que ça, il faut juste bien savoir dans quoi on s’embarque ! », corrige plutôt Audrey Robitaille, propriétaire d’Alma Plantes, qui a toujours quelques variétés différentes dans son catalogue de vente, dont la Boston et la Birdie. 

« L’été, tout va bien. Les problèmes arrivent à l’hiver, quand nos maisons sont trop sèches à cause du chauffage. Mais il y a des trucs pour qu’elles restent en santé », dit-elle. Le plus facile est probablement de se procurer un humidificateur. Après, si on est très discipliné, on peut s’atteler à la tâche de vaporiser chaque jour ses fougères. « Mais il faut être assidu et en fait, ça ne crée pas vraiment assez d’humidité », dit Audrey Robitaille. 

La solution optimale ? « Je leur donne une douche par semaine ! » Directement dans le bain, avec un jet d’eau tiède – ni trop froide ni trop chaude – pendant 5 à 10 minutes, comme une grosse pluie, jusqu’à ce que le terreau soit mouillé. Ensuite, elle suggère de suspendre les plantes pour laisser l’eau se drainer et éviter une accumulation dans le pot, et les problèmes de moisissure qui pourraient survenir ensuite.

On réserve l’engrais à fleurs tropicales pour le printemps et l’été, jamais l’hiver, quand la croissance est au ralenti. « C’est une plante un peu plus exigeante que d’autres, mais ce n’est pas vraiment un défi. Et c’est tellement beau. Une fougère dans la pièce, et on a déjà un décor tropical.

Exposition Les fougèrent poussent jusque dans les érablières, où à peine 25 % des rayons du soleil parviennent jusqu’au sol. Elles tolèrent donc bien l’ombre et l’absence de soleil direct. »

Acheter Les particuliers peuvent acheter directement auprès du producteur Les Fougères Boréales, en prenant d’abord rendez-vous par téléphone. Plusieurs centres horticoles, dont les Jardins Michel Corbeil, en tiennent aussi plusieurs espèces indigènes. Pour les variétés exotiques, d’intérieur, on pourra s’en procurer sur le site d’Alma Plantes.

Transplanter Au printemps ou tard à l’automne. Le feuillage se développe en fonction de la luminosité et risque d’avoir un choc si elle change en cours d’été. 

Arrosage À l’intérieur, il faut veiller à ce que la terre reste humide, mais pas détrempée. Une douche par semaine est idéale.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.