Ironman d’Hawaii

Les chemins vers Kona

Une vingtaine d’athlètes québécois, âgés de 24 à 71 ans, participeront aux 40es Championnats du monde d’Ironman, aujourd’hui à Hawaii. La Presse dresse le profil de quatre d’entre eux.

Jean Robitaille

Relever le défi à 71 ans

Troisième de l’Ironman de Mont-Tremblant dans la catégorie des 70-74 ans la veille, Jean Robitaille s’avance vers la scène afin de récupérer sa médaille.

« Vous allez à Kona ? », demande-t-il dans un anglais incertain au vainqueur. « Non », répond l’homme originaire de Toronto. Il se tourne et répète la question au deuxième, de Calgary. Même réponse : « Non. » Pas la peine de lui faire un dessin : M. Robitaille, 71 ans, comprend tout de suite qu’il vient de gagner sa place pour les Championnats du monde d’Ironman qui ont lieu aujourd’hui à Hawaii.

« Les gens qui vont à Kona, il y en a à peu près 2000 dans le monde. C’est vraiment toute une aventure qui m’arrive », lance-t-il, comme s’il n’avait pas encore réalisé la situation.

Il y a de quoi, en fait. Le triathlon n’est arrivé dans sa vie qu’au milieu de la soixantaine. Il a bien fait son lot de marathons ou de demi-marathons, mais le triathlon avait tous les traits d’un projet un peu fou.

« Mon problème, c’est que je ne savais pas très bien nager. Je nageais la tête en dehors de l’eau et, quand je me suis inscrit au PEPS à l’Université Laval, je n’ai fait que deux longueurs. Ça veut dire qu’après 50 m, j’étais mort. »

— Jean Robitaille

« Maintenant, je suis capable de faire 4000 m. C’est ce que j’aime le plus maintenant. Quand tu sors de l’eau, il y a un feeling euphorisant », ajoute-t-il.

Sa première expérience sur la distance d’un Ironman a eu lieu à Mont-Tremblant en 2017. Il a bouclé les 3,8 km de nage, les 180 km de vélo et les 42,2 km de course à pied en 16 h 12 min et 39 s.

« You are an Ironman », a-t-il entendu de la bouche du célèbre Mike Reilly.

Cinq ans

Franchir la ligne d’arrivée, c’est bien, mais Jean Robitaille a tout de suite vu plus gros. Il se donnait cinq ans pour décrocher un billet pour Kona en sachant que 2018 marquait les 40 ans de la discipline.

« Quand j’ai fait mon premier Ironman, j’ai dit à ma fille : “Il faudrait que me je classe l’année prochaine.” Je me suis même dit qu’il faudrait que j’y aille comme spectateur si je n’y parvenais pas. »

Au fil des mois, il a abandonné l’idée de se voir sur leur bord de la route pour se concentrer sur une qualification au bout de l’effort. Ce qui nous ramène au 19 août dernier à Mont-Tremblant.

« Je m’étais entraîné pour faire mieux qu’en 2017, mais j’ai eu des crampes en vélo et des haut-le-cœur à la course. Ç’a été beaucoup plus dur, mais je savais que j’avais le temps [d’arriver avant l’heure limite]. »

« Comme on dit, c’était une mauvaise journée au bureau. Je n’ai peut-être pas bu suffisamment et les jambes m’ont barré. Ça va me servir de leçon pour Kona. »

— Jean Robitaille

M. Robitaille n’a pas choisi l’Ironman par hasard. D’aussi loin qu’il se souvienne, l’endurance a toujours été sa principale force. « Ça a commencé, avec mon frère, quand on avait 12-14 ans. Nos parents nous envoyaient au terrain de jeu l’été et, deux ou trois jours avant la fin, ils faisaient une sorte d’olympiades. Celui qui faisait le plus de tours de piste gagnait des coupons pour acheter des friandises et des toutous. C’est peut-être parti de là. »

Retraité de la police de Sainte-Foy, Jean Robitaille s’entraîne comme il a toujours vécu. Pour obtenir des résultats, il ne regarde pas le temps passé dans les piscines ou sur les routes à suer à grosses gouttes. Ce n’est pas une ampoule au pied gauche « de deux pouces de diamètre » qui allait perturber sa préparation malgré le stress qu’elle a engendré.

« Ce sont des sacrifices à faire. Mais quand tu es passionné et que tu as le goût, tu dois faire les efforts. Aussi, ça prend le soutien de ma famille et surtout de ma femme. Il faut qu’elle m’endure », dit-il en rigolant de nouveau.

Un voyage exceptionnel

Kona est exigeant sur le plan de l’entraînement, mais également sur le plan financier – l’inscription à elle seule coûte 1500 $CAN. Peu importe le prix, Jean Robitaille s’attend à vivre un voyage de rêve avec la compétition d’aujourd’hui en point d’orgue. « Toute ma famille va être là : mon garçon, sa femme et mes deux petits-fils, ma fille avec son chum. On a loué une maison, ça va être un voyage de famille. Ça va être vraiment exceptionnel, c’est un beau feeling. J’ai vu beaucoup de vidéos, mais ces derniers temps, je les regarde de façon différente. C’est un peu fou de se dire que je vais être là. »

Jonathan Brunelle

Surmonter la crainte de l’eau

Tandis que certains de ses amis tentent de se rendre à Hawaii depuis de nombreuses années, Jonathan Brunelle a obtenu sa qualification dès son deuxième Ironman, à Mont-Tremblant, au mois d’août dernier.

Pas mal. Pas mal du tout, même, considérant le chemin parcouru par cet enseignant suppléant de Saint-Étienne-des-Grès, en Mauricie. Quand il était jeune, l’eau n’était franchement pas son élément. Il s’y jetait, mais avec plusieurs flotteurs. Malgré les années, l’inconfort n’a jamais totalement disparu lors des compétitions.

« Les premières années, je ne pouvais pas faire la nage sans m’accrocher à un kayak. C’était des attaques de panique, je pensais que le cœur allait me sortir de la poitrine. J’étais étourdi, j’avais chaud alors qu’il faisait froid. En fait, j’ai peur de la noyade, surtout dans un lac. Ce n’était pas agréable, mais ça s’est bien passé à Tremblant. C’est la première course en cinq ans où je n’ai pas arrêté de nager. »

Cette grande première a été le prélude à une excellente journée : un temps de 9 h 29 min 19 s qui lui a permis de prendre le 24e rang – le 3e dans la catégorie 35-39 ans. « Avec mon entraîneur, on visait 9 h 30 min. Cela faisait rire beaucoup de gens parce que c’est un temps ambitieux et que je n’ai pas beaucoup d’expérience. Intérieurement, je pensais que je pourrais faire mieux que ça. Au final, ç’a été une course presque parfaite, surtout que mon groupe d’âge est particulièrement relevé. »

Ancien joueur de soccer universitaire, Brunelle s’est lancé dans le triathlon en 2013. Deux ans plus tard, l’homme de 36 ans a passé la vitesse supérieure en engageant un entraîneur et en planifiant mieux ses saisons. L’Ironman d’Hawaii est le résultat de ces années d’entraînement et de sacrifices. « C’est un objectif que je voulais atteindre au moins une fois. C’est l’occasion de passer de belles vacances en famille et, après, on passe à autre chose. Cet entraînement-là prend beaucoup de temps dans l’organisation familiale, c’est un travail d’équipe », précise-t-il.

« Aller à Hawaii, c’est une récompense et quasiment une libération. Je vais continuer le triathlon parce que j’aime ça, mais ce ne sera pas Kona chaque année. »

Puisque la tension est descendue d’un cran au moment de la qualification, il dit s’être rendu à Hawaii sans objectif de performance précis ni barème pour se comparer aux autres. Peu importe, la sortie de l’eau sera déjà une petite victoire.

Jonathan Frigault

Plus vite que prévu

Jonathan Frigault, âgé de 24 ans, est le plus jeune membre de la délégation québécoise présente à Kona. Il faut dire que cet étudiant en médecine est largement en avance sur les temps de passage imaginés.

« Idéalement, mon objectif était de m’y rendre avant d’atteindre la trentaine. J’ai commencé le triathlon il y a deux ans et demi et Kona était un objectif à long terme. C’est vraiment une belle surprise de le réaliser cette année, surtout avec toutes les festivités qui vont entourer le 40e anniversaire. C’est une très belle réussite. »

Frigault a décroché son billet en dominant sa catégorie d’âge (18-24 ans) lors de l’épreuve de Santa Rosa, en Californie, au mois de mai dernier. Pour son troisième Ironman, après ceux de Nice en 2016 et de Mont-Tremblant en 2017, le jeune homme a réalisé un temps de 10 h 1 min et 27 s. Il a notamment terminé au premier rang de sa catégorie lors des 3,8 km de natation, puis lors des 180 km de vélo.

« C’est un concours de circonstances. On ne contrôle pas les performances des personnes dans notre catégorie. Il faut être un peu au bon endroit au bon moment », raconte-t-il.

Malgré cet élan de modestie, le jeune homme possède quelques bons atouts puisqu’il a déjà fait partie de l’équipe de natation du Rouge et Or de l’Université Laval. « C’est le sport où je me débrouille le mieux alors que j’ai encore beaucoup à apprendre dans les deux autres disciplines. Ça me permet d’en fait un petit peu moins au quotidien et de continuer à améliorer le vélo et la course à pied. »

En bon étudiant qu’il est, Frigault a fait ses devoirs afin de composer avec les conditions qu’on retrouvent chaque année à Hawaii. « Des amis qui y ont participé m’ont beaucoup parlé du vent de face lors de la portion vélo. C’est pour ça que j’arrive une semaine avant afin de faire une reconnaissance du parcours et d’en rouler une bonne partie. Pour le marathon, on m’a dit que la température était assez difficile. Ce sera important d’avoir une bonne hydratation, de bien gérer l’alimentation et de profiter des moments, c’est-à-dire des encouragements du public. Je vais avoir la chance de vivre ça. »

Et bien plus tôt que prévu.

Annie Gervais

Boucler la boucle

Lors d’une parenthèse professionnelle, de 2008 à 2016, Annie Gervais se prêtait à six ou sept demi-Ironman chaque été.

« J’ai fait plusieurs podiums à Syracuse, au Rhode Island, et même obtenu une deuxième place à Tremblant, détaille-t-elle. C’était de grosses années. L’an dernier, je me suis dit que c’était le temps de ralentir un peu parce que je deviens un peu plus vieille. »

Annie Gervais, 42 ans, ne possède plus la licence pro, mais elle n’a pas perdu l’habitude de faire de bons résultats. Ainsi, lors des deux derniers demi-Ironman de Mont-Tremblant, elle a pris le premier rang parmi les athlètes féminines dans ses catégories d’âge. Parallèlement, elle s’est fixé un nouveau défi d’envergure.

« Quand j’ai fait la transition chez les amateurs, je me suis demandé ce qui pourrait bien me motiver. Et même si l’Ironman n’est pas ma distance de prédilection, je me suis dit que je pourrais aller à Hawaii, qui est le triathlon le plus prestigieux. J’ai fait beaucoup de choses dans ma carrière, mais je n’ai jamais fait Hawaii. Ça vient un peu boucler la boucle. »

Celle qui pratique le triathlon depuis le milieu des années 90 et qui compte quatre Ironman 140.6 à son actif n’a pas perdu de temps. Elle a obtenu son billet pour Kona à Panama City Beach, en Floride, en novembre dernier, avec un chrono de 10 h 11 min 10 s. Elle a dominé sa catégorie d’âge, soit les 40-44 ans. « Je voulais me qualifier l’année dernière pour avoir toute l’année pour me préparer et être prête pour [aujourd’hui]. »

Et ce n’est pas cette nouvelle distance qui a érodé son ambition, bien au contraire. Elle ne cache pas avoir un gros objectif pour cette première participation. « Je ne compte pas y aller 10 fois, mais une seule fois. Alors, j’aimerais remporter un fameux bol [en bois] », c’est-à-dire être du top 5 chez les 40-44 ans.

Comme bien des participants, elle jongle entre un emploi prenant – urgentologue – et une discipline qui exige des heures et des heures d’entraînement. « Il faut être disciplinée, organisée et faire le maximum quand c’est possible, dit-elle. Avec des horaires variables, mon travail me permet d’avoir des journées de congé, entre mes nuits, ou de parfois m’entraîner le jour. Et à travers tout ça, je dois aussi m’assurer d’avoir du temps pour mes filles. »

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