Opinion  Brésil

L’élection de Jair Bolsonaro, un désastre annoncé

Lorsque La Presse a publié en avril dernier le texte « Un homophobe avoué aux portes du pouvoir », le candidat d’extrême droite à la présidence du Brésil Jair Bolsonaro récoltait un peu moins de 20 % des intentions de vote. Quoique remarquable, son appui restait marginal, ses partisans faisant partie d’une droite radicale contenue.

Pourtant, dimanche dernier, près de la moitié des électeurs brésiliens ont voté avec enthousiasme et énergie pour Bolsonaro, convaincus qu’il est le candidat le mieux positionné pour transformer le pays. Un pays, faut-il le rappeler, qui souffre encore des conséquences d’une grave récession économique et dont le taux d’homicides est le plus élevé au monde.

Aucun sondage n’avait prévu le raz-de-marée : Jair Bolsonaro a recueilli 46,06 % des voix, frôlant le 50 % nécessaire pour une victoire au premier tour. Son plus grand adversaire, le représentant du Parti des travailleurs Fernando Haddad, n’est parvenu qu’à obtenir 29,24 %. Ce remplaçant de dernière minute de l’ancien président Lula da Silva, qui purge présentement une peine de prison pour corruption, devra franchir plus d’un obstacle pour parvenir à ravir la présidence.

Le candidat Bolsonaro enflamme les foules à coups de formules populistes et de promesses de réformes. Il dit vouloir enrayer le crime et redresser l’économie. Mais à quel prix ?

L’environnement en péril

À l’instar du président des États-Unis auquel il se compare, Bolsonaro souhaite le retrait du Brésil de l’accord de Paris, faisant en sorte que le pays ne serait plus engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) résultant de la déforestation de l’Amazonie. Il faut rappeler qu’au Brésil, cette déforestation est une source de GES plus importante que les combustibles fossiles. Bolsonaro promet d’éradiquer presque toute la législation environnementale, et va encore plus loin en souhaitant bannir du pays les organisations internationales comme Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF). En mai dernier, Bolsonaro déclarait que « l’Amazonie ne nous appartient plus ». Il a dit vouloir supprimer la reconnaissance des droits autochtones, notamment en matière d’accès à leurs terres, qui composent actuellement environ 13 % du territoire, laissant le champ libre à l’exploitation minière et forestière en Amazonie.

Ces mesures désastreuses arrivent au moment où l’ONU publie un rapport alarmant dictant que « le monde devra engager des transformations rapides et sans précédent » s’il veut limiter le réchauffement climatique et éviter des conséquences irréversibles pour l’humanité.

Minorités en danger

Fort du soutien de la communauté évangélique avec son slogan « Dieu au-dessus de tout », Bolsonaro entretient une haine viscérale bien répertoriée envers la communauté homosexuelle. Il a déjà déclaré que « l’objectif des gais est de convertir les garçons dès l’enfance afin de satisfaire plus tard leurs désirs sexuels » et que « les artisans d’une exposition d’art sur la diversité des genres devraient être fusillés ».

Combatif et provocateur, l’ancien parachutiste militaire a affirmé récemment que la plus grave erreur du temps de la dictature (1964-1985) « fut de torturer et non de tuer ». Il est cité disant qu’en exécutant plus de 2000 opposants, Pinochet avait « fait ce qu’il devait faire » pour faire avancer le Chili.

Faisant l’éloge de la politique américaine en matière d’armement, il souhaite éradiquer les règles de contrôle des armes à feu. « Il faut combattre la violence avec plus de violence », a-t-il dit, ajoutant que les policiers ne devraient pas être tenus responsables s’ils exécutent quelqu’un au travail.

Au sujet des femmes, qui ont par ailleurs lancé la campagne #EleNao (lui, non), Bolsonaro s’est dit attristé par les lois du travail, une « disgrâce pour les patrons qui paieront la facture pour les employées en congé de maternité ».

À une collègue, il a dit devant caméra qu’elle « ne méritait pas qu’il la viole ». Père de cinq enfants, dont les quatre premiers sont des garçons, il a qualifié la naissance de sa fille de « moment de faiblesse ».

Que feront les centristes ?

Incapables d’appuyer Fernando Haddad et sa vice-présidente Manuela d’Ávila du Parti communiste, les centristes risquent fort bien de se ranger du côté de Bolsonaro, fermant les yeux sur les menaces que pose sa candidature. Certains en font déjà l’apologie, criant à la fausse nouvelle lorsqu’ils sont confrontés à ses déclarations prodictature, ou jurant qu’il ne faisait que blaguer lors de ses déclarations les plus incendiaires.

Ainsi, le 28 octobre prochain, Bolsonaro deviendra probablement, fort de l’appui de la majorité, le nouveau chef du cinquième pays au monde en terme de superficie, le président de 200 millions de citoyens.

Voilà qui devrait inquiéter le monde entier.

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