Mort de la petite Rosalie en 2018

Confusion dans le rôle des intervenants

L’incompréhension des rôles et mandats respectifs de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et de la maison d’hébergement Marie-Rollet a entraîné des problèmes de transmission d’informations essentielles à la protection de la petite Rosalie, retrouvée morte dans une poubelle de Charlesbourg le 18 avril 2018, conclut la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

La mère de Rosalie, Audrey Gagnon, avait été expulsée de la maison Marie-Rollet six jours avant la découverte du corps de la fillette de 2 ans. Dans un communiqué diffusé peu de temps après le drame, les responsables de la maison d’hébergement avaient assuré avoir rapidement informé « les autorités appropriées » du départ de la jeune mère et de sa fille.

La présidente du conseil d’administration, Marie-Céline Fortin, et la directrice du centre d’hébergement, Nancy-Anne Walsh, déclaraient également que si la maison Marie-Rollet devait mettre fin au séjour d’une femme, « c’est que les motifs [étaient] très importants ». Dans le cas d’Audrey Gagnon, elle « se dirigeait chez un membre de son réseau social pour la soirée [du 12 avril] en attendant une place dans une autre ressource », précisaient les responsables du centre d’hébergement.

Audrey Gagnon et sa fille avaient été portées disparues le 18 avril, en matinée, après qu’une poussette vide ensanglantée eut été retrouvée près du parc Terrasse Bon-Air. La mère avait finalement été localisée en milieu d’après-midi le 18 avril dans un logement de l’avenue Gaspard. Le corps de la fillette avait été retrouvé un peu plus tard dans une poubelle à proximité d’une résidence de l’avenue de Gaulle, située à environ 1,5 km de l’appartement de l’avenue Gaspard. L’enfant aurait été poignardée à plusieurs reprises.

La mère fait face à des accusations de meurtre au second degré et d’outrage à un cadavre. La date de son procès sera connue le 3 septembre.

Enquête de la Commission

Dans un communiqué publié hier matin, la Commission précise que l’enquête a notamment porté sur la collaboration entre les ressources d’hébergement communautaires et la DPJ dans le cadre d’une évaluation en protection de la jeunesse.

Selon l’organisme, « l’enquête a démontré qu’une incompréhension du rôle, du mandat et des attentes entre la DPJ et la maison d’hébergement a occasionné des problèmes de collaboration et de transmission d’informations essentielles à la protection » de la petite Rosalie.

La Commission dit avoir pris acte de la mise sur pied d’une table de concertation régionale, à laquelle participent la DPJ et les maisons d’hébergement, dont les objectifs sont notamment de démystifier le travail de la DPJ et de mieux définir les rôles et les besoins de chacun.

À la suite de cette enquête, la Commission recommande également au ministère de la Santé et des Services sociaux de mettre en place de tels mécanismes de concertation dans les autres régions du Québec.

L’organisme explique avoir décidé de rendre publiques des portions de son rapport d’enquête parce qu’il estime que « certaines recommandations pourraient avoir un impact systémique et contribuer à la protection future d’autres enfants ».

Politique fédérale

Foire d’empoigne à Ottawa sur l’« urgence climatique »

Ottawa — La guerre des motions sur la lutte contre les changements climatiques se poursuit de plus belle à Ottawa, chacun accusant l’autre d’avoir un plan inadéquat pour s’attaquer à ce que les libéraux veulent désigner comme une « urgence climatique nationale ».

Dans le camp conservateur, le chef Andrew Scheer a prévenu hier que ses troupes n’appuieraient pas la motion libérale visant à décréter la situation d’urgence nationale au Canada si celle-ci n’était pas amendée pour en retirer le caractère « hypocrite ».

« Le premier ministre a voyagé en avion privé à Tofino pour des vacances, il a voyagé entre la Floride et Ottawa quatre fois en trois jours… Ce ne sont pas les actions d’une personne qui pense [qu’on fait face] à une situation urgente », a-t-il plaidé.

D’autant plus qu’appuyer la motion équivaudrait à approuver le plan climatique libéral, alors que celui-ci « n’a aucune possibilité d’atteindre les cibles » fixées dans l’Accord de Paris sur le climat, a insisté le chef en point de presse après la réunion de son caucus.

Le leader conservateur a signalé que le plan qu’il a promis de déposer d’ici à la fin du mois de juin serait élaboré autour de cette cible qui avait été fixée par l’ancien gouvernement de Stephen Harper, et ensuite reprise par le gouvernement Trudeau.

MANŒUVRE DE DIVERSION

La ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, doit déposer aujourd’hui une motion qui vise, de son propre aveu, à forcer les conservateurs à se commettre sur la question environnementale.

Selon Andrew Scheer, il s’agit d’une manœuvre de diversion : le gouvernement « utilise cette motion » pour faire oublier ses « scandales éthiques », mais aussi parce que le Parti vert a fait une percée sur la scène fédérale la semaine dernière. Mais y a-t-il urgence climatique nationale ? « C’est clair qu’il y a une urgence », a répondu le chef conservateur.

La ministre McKenna, elle, persiste et signe : la tarification du carbone que promet d’annuler Andrew Scheer s’il est élu – et que contestent des premiers ministres comme Doug Ford, en Ontario – est la bonne politique à suivre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Elle a d’ailleurs pris bien soin de placer les deux chefs conservateurs dans le même panier, les accusant de vouloir « aller en arrière » dans le dossier des changements climatiques.

Pendant la période des questions en Chambre, la ministre a dirigé ses tirs vers le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, qu’elle a raillé en raison de sa volte-face sur un projet de gaz naturel liquéfié en Colombie-Britannique.

Il faut dire que peu avant que la motion libérale ne soit inscrite au feuilleton, lundi, le chef Singh avait déposé une motion similaire, qui allait cependant plus loin en demandant l’arrêt du projet d’oléoduc Trans Mountain. Sans surprise, le Parti conservateur ne l’appuiera pas, et il serait étonnant que les libéraux l’avalisent.

Chiens dangereux

Québec serre la vis aux propriétaires

Québec — Les chiens jugés « potentiellement dangereux » devront être stérilisés, vaccinés contre la rage, munis d’une muselière et mis en laisse quand ils se trouveront dans des lieux publics. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé hier le nouveau règlement édicté par Québec, conséquence de la mort de Christiane Vadnais en 2016.

Ces règles serviront de « base uniforme » pour les municipalités – la moitié d’entre elles ont déjà adopté des règlements sur cette question. Québec a décidé de ne pas désigner de races en particulier ; le même choix a été fait par Montréal. Opter pour des races prohibées, avec les croisements innombrables, compliquait singulièrement l’exercice, a souligné Mme Guilbault, évoquant une longue liste de pays qui avaient opté pour la même attitude.

Avec le règlement, les vétérinaires et les médecins auront l’obligation de signaler les cas de morsures sur des humains ou des animaux domestiques qui leur sont soumis. Avec ces signalements, les municipalités pourront désigner un chien comme étant « potentiellement dangereux », ce qui imposera des conditions sévères. Les chiens qui ont mordu ou attaqué gravement un citoyen seront euthanasiés par la municipalité.

« Les Québécois ont le droit de circuler et de se promener en toute quiétude. Il en va de notre devoir de nous protéger les uns les autres en adoptant des comportements vigilants et intelligents à l’égard des chiens, que nous soyons propriétaires, gardiens ou simples passants », a indiqué Mme Guilbault dans une déclaration à l’Assemblée nationale.

Pour elle, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un sondage réalisé en 2010 par la firme Léger Marketing estime qu’il y aurait environ 164 000 morsures canines chaque année au Québec. De plus, le quart de celles-ci seraient infligées à des enfants de moins de 12 ans, et dans 38 % des cas, le chien impliqué serait l’animal de la famille.

amendes doublées en cas de récidive

Pour Québec, les propriétaires de chiens sont, au premier chef, responsables de la sécurité publique. Le règlement prévoit qu’ils devront « obligatoirement enregistrer leur animal auprès de leur municipalité et voir à ce qu’il porte en tout temps la médaille fournie par celle-ci ». Le règlement prévoit des amendes qui sont doublées lors de récidive – un propriétaire de chien coupable d’une deuxième infraction peut être frappé d’une amende de 20 000 $.

Dans un endroit public, le chien devra constamment être sous la responsabilité d’une personne capable de le maîtriser en cas d’urgence.

Après la mort de Mme Vadnais, le gouvernement Couillard avait travaillé à un règlement qui n’avait jamais été mis en place. Une loi avait été adoptée en juin 2018, mais le gouvernement n’y avait pas donné suite. L’application était restée lettre morte, a précisé la ministre Guilbault. Beaucoup de spécialistes et de municipalités ont été consultés, souligne la ministre, convaincue que son projet sera bien accepté par la population.

Mais « aucun règlement, aussi contraignant soit-il, ne pourra éliminer complètement les risques et les incidents liés aux chiens, mais nous devons nous donner des outils pour réduire ces risques », a ajouté Mme Guilbault.

Procès de Septimus Neverson

Un témoin de la défense sème le doute

Un enfant pris en otage devant les policiers, un artiste tué devant sa femme, un père atteint dans le dos alors qu’il fuit. Septimus Neverson a-t-il commis ces crimes extrêmement violents ? Le premier témoin de la défense est venu semer le doute, hier, sur l’identité de l’auteur de la vague de violations de domicile avec effraction qui a sévi à Montréal et à Laval entre 2006 et 2009.

Un homme noir cagoulé à l’accent étranger mène stoïquement un braquage à domicile, blesse un citoyen et tire un coup de feu. Une dizaine de victimes ont décrit sensiblement le même modus operandi pendant le procès pour meurtre et tentatives de meurtre de Septimus Neverson. Hier, une Lavalloise a raconté une histoire en tout point similaire. Or, l’accusé de 56 ans ne fait face à aucune accusation par rapport à ce crime.

Le 12 juin 2006, Marisa Guerrera est « obsédée » par la récente vague de violations à domicile qui sévit dans l’ouest de Montréal. « J’étais vraiment vigilante », témoigne-t-elle. Un soir, vers minuit, elle croise un homme suspect dans un véhicule dans le quartier Vimont. Elle rentre chez elle, mais n’arrive pas à fermer la porte, bloquée par un homme.

« Il me frappe à la tête avec la base d’un pistolet et tire vers le plafond. Je m’évanouis quelques secondes. Il crie : “Lève-toi ! Lève-toi ! Allume la lumière !” Je me regarde dans le miroir et j’ai du sang sur le visage », raconte d’un trait Marisa Guerrera, fébrile à la barre des témoins.

Son agresseur porte une tuque et un foulard noir. Elle ne voit donc que ses yeux et son nez. Il exige des bijoux et de l’argent. Apeurée, elle le mène dans la chambre de ses parents. Soudain, le téléphone de la jeune femme sonne. Elle insiste pour répondre à son conjoint et lui fait comprendre qu’elle est en danger.

« Il m’a dit : “Prends tes clés et ta voiture.” Je connaissais déjà la manœuvre [drill], parce que j’avais lu des histoires où [les gens] étaient amenés au [guichet automatique] », relate-t-elle. Or, quelques secondes plus tard, l’agresseur s’était déjà enfui avec son magot.

L’accent de Neverson au cœur du procès

Impossible d’identifier le voleur, puisqu’elle n’a vu que ses yeux et son nez, explique-t-elle. Toutefois, il mesurait environ 5 pi 9 po, était noir et parlait en anglais, mais avec un accent francophone. « Ce n’était pas un anglophone, a-t-elle expliqué. Il n’était pas latino. Je vis à Montréal, alors je peux reconnaître un accent français. Ça pouvait aussi être haïtien, mais je ne peux pas confirmer ça. »

En contre-interrogatoire, Mme Guerrera a toutefois précisé que son agresseur n’avait pas un accent « canadien-français ». « Il est peut-être né ici, mais il est ethnique. Il pouvait être haïtien », a-t-elle précisé. Pouvait-il être caribéen ou de Trinité-et-Tabago? lui a alors suggéré la procureure de la Couronne, Me Catherine Perreault. « Oui », a-t-elle répondu.

L’accent de Septimus Neverson, originaire de Trinité-et-Tobago, dans les Antilles, est au cœur du procès. Plusieurs témoins de la Couronne ont eu du mal à identifier l’accent du voleur masqué. Par contre, un témoin atteint à la main en juillet 2006 a assuré que son agresseur avait un accent trinidadien.

Consultations du projet de loi sur la laïcité

« On cautionne les préjugés », dénonce la CSN

Alors que les consultations du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État se terminent aujourd’hui, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) a déploré hier que le gouvernement Legault « cautionne les préjugés » en interdisant le port de signes religieux à certains employés du secteur public et risque de « ghettoïser » certaines femmes « qui pourraient devoir rester à la maison ». Le syndicat, qui défendait pourtant en 2013 les dispositions prévues dans le compromis Bouchard-Taylor, en plus de l’interdiction du port de signes religieux pour les enseignants, change ainsi d’approche. Selon son président, Jacques Létourneau, une nouvelle garde générationnelle au sein du syndicat explique ce changement de cap. À l’autre bout du spectre, le Mouvement laïque québécois a réclamé hier que le projet de loi soit étendu à davantage d’employés. L’association souhaiterait par exemple qu’on interdise à tous les employés des écoles (y compris les cégeps) de porter des signes religieux. — Hugo Pilon-Larose, La Presse

Actualités

Avis de grève dans 11 résidences privées pour personnes âgées

Un avis de grève dans 11 résidences privées pour personnes âgées touchant quelque 1000 travailleurs sera transmis aujourd’hui, a appris La Presse canadienne. Les 11 résidences privées pour aînés touchées sont situées à Montréal, Québec, Laval, Trois-Rivières, Saguenay et Saint-Jean-sur-Richelieu. C’est le Syndicat québécois des employés de service (SQEES), affilié à la FTQ, qui déposera ces avis au Tribunal administratif du travail. Le SQEES demande d’obtenir un salaire de 15 $ l’heure à l’embauche pour ses membres, ainsi que des augmentations de 1 $ par année pour un contrat de trois ans. Les employés touchés sont des préposés aux bénéficiaires, des employés aux cuisines, au service aux tables, à l’entretien ménager, à la réception, ainsi que des infirmières auxiliaires. Le mandat accordé prévoit d’abord trois journées de grève, les 30 et 31 mai et 1er juin, suivies d’une grève illimitée. Même s’il s’agit de résidences privées pour aînés, le Tribunal doit veiller à ce que les services essentiels soient assurés en cas de grève. 

— La Presse canadienne

Montréal

La canicule de 2018 a fait 66 morts

En tout, 66 personnes sont mortes à la suite de la vague de chaleur qui a touché Montréal à l’été 2018, a révélé hier matin la Direction régionale de santé publique de Montréal, qui prévoit plus d’actions préventives cette année, notamment dans certaines résidences privées pour aînés. Du 30 juin au 5 juillet 2018, Montréal a enregistré des températures très élevées, alors que le mercure a dépassé chaque jour les 30 oC. La Direction de santé publique a analysé l’ensemble des 328 décès survenus durant cette période sur son territoire et a évalué que 66 personnes avaient perdu la vie à cause de la canicule. De ce nombre, 66 % résidaient dans un îlot de chaleur. Alors qu’aucun aîné résidant en CHSLD public n’a perdu la vie durant la canicule, neuf personnes âgées hébergées dans des résidences privées sont mortes. Directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin affirme qu’un « registre des lieux les plus à risque » est en train d’être conçu par les autorités de santé publique.

— Ariane Lacoursière, La Presse

Hausse de l’allocation de dépenses des députés

Québec solidaire s’opposera au projet de loi

Co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois s’oppose à la démarche concertée des trois autres partis, qui, par un projet de loi, veulent hausser l’allocation de dépenses jusqu’ici non imposable des députés, pour annuler l’impact à venir du fisc fédéral. Pour Ottawa, cette allocation annuelle de 18 000 $ doit désormais être imposable. QS s’opposera au projet de loi « tant et aussi longtemps que les autres partis n’accepteront pas de créer un comité indépendant et exécutoire pour revoir l’ensemble de la rémunération ». « Je pense que bien des gens seront d’accord avec nous : ce n’est pas normal que les députés de l’Assemblée nationale continuent de se voter eux-mêmes des améliorations salariales. Même s’il s’agit de compensations, lorsque les députés votent leur propre salaire, ils sont en conflit d’intérêts », relève M. Nadeau-Dubois. QS veut que le projet de loi soit contraignant, qu’il prévoie la mise sur pied d’un comité sur la rémunération globale dont les décisions seraient exécutoires. — Denis Lessard, La Presse

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