Notre choix

Indétrônable reine de la scandipop

Pop
Honey
Robyn
Konichiwa/Interscope
4 étoiles

Marie Mai, Ariana Grande, Taylor Swift et toutes les Lorde qui se respectent sur Terre sont influencées par Robyn, superstar de la scandipop en Europe… et petite étoile en Amérique. Enrobés des meilleures productions synthpop, dance-pop ou disco house, ses rythmes et accroches mélodiques continuent de faire école auprès des chanteuses ayant émergé depuis les deux dernières décennies, et ça continue avec cet excellent Honey. Encore aujourd’hui, la Suédoise de 39 ans s’avère une authentique leader esthétique comme le fut naguère Madonna, en voici une autre démonstration éclatante, huit ans après la sortie de Body Talk. Robyn s’entoure ici des réalisateurs anglais Joseph Mount (Metronomy) et Adam Bambridge (Kindness), du maître ès house américain Marvin Burns alias Lil Louis, des docteurs ès scandipop Klas Frans Åhlund, Markus Jägerstedt et Rudolf Nordström. Non seulement les neuf chansons au programme sont-elles des méga-tubes potentiels sans exception aucune, mais encore elles révèlent une diversité de rythmes, grooves, mélodies et arrangements des plus innovants. Voilà un album hautement créatif, malgré le conservatisme apparent de ses constructions mélodico-harmoniques.

— Alain Brunet, La Presse

Critique

Devant les braises métaphoriques

Chanson, indie-folk
Feu de forêt (EP)
Antoine Corriveau
Secret City Records
4 étoiles

Antoine Corriveau vient de rejoindre les rangs de Secret City Records et poursuit avec cet EP réalisé par Nicolas Grou ce qu’il a entrepris avec son dernier album (Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter) et l’ambitieux spectacle qui s’ensuivit l’an dernier à l’Usine C et qui se prolonge le 9 novembre au Club Soda – sans le déploiement orchestral auquel on avait assisté avec délectation. On se souviendra que l’avion métaphorique s’était écrasé en forêt… on sait que le feu métaphorique a pris dans les branches, nous voilà devant les braises métaphoriques « de quelque chose qui ne reviendra plus », devant le dégât métaphorique. Guitare, basse, percussions, cuivres, graves fréquences et autres effets de réverbération servent les mots de ce sombre et doué parolier qui nous marmonne ses rimes de la rupture, de la négation de « l’amour de ma vie », de la résignation d’un « cœur paré » qui « passera partout », même dans « la neige jusqu’au cou ».

— Alain Brunet, La Presse

Critque

Le party a repris au Qualité Motel

EDM, électro-funk, hip-hop
C’est pas la qualité qui compte
Qualité Motel
Costume Records
Trois étoiles et demie

Reconvertis en beatmakers sans prétention comme ce fut le cas en 2012, les cinq membres de Valaire offrent à leurs fans un second squat de choix au Qualité Motel, expérience immersive où l’EDM, l’électro-funk ou le hip-hop (parfois teinté de trap) se déclinent en keb franco (sauf exception) et portent des slogans phares tels « c’pas du romarin c’est du basilic » ou « touche pas à ça c’est chaud ». L’exutoire nuitard, l’humour absurde et la secousse du popotin sont nourris par le propos que véhicule cette cohorte hétérogène d’invités au Qualité Motel. À la manière d’une grande fête de famille élargie sont conviés à s’exprimer Fanny Bloom, Marie-Élaine Thibert, blve, Eman, Fouki, Vendou, Jimmy Hunt, Odario, Len Bowen, Sarahmée, Lary Kidd, Les Louanges, Rednext Level, Karim Ouellet, Koriass, Curieux Bégin, Vinny Bombay, Simon Proulx. Avec grand plaisir, on a constaté l’ampleur des dégâts au Club Soda vendredi dernier : films d’animation, archives transmutées, feu roulant de beats et d’accroches, invités survoltés, et ce plancher de danse qui finit par déborder sur scène. Party !

— Alain Brunet, La Presse

Critique

Jazz moderne, Haïti plaisir

Jazz
Love Matters !
Jowee Omicil
Jazz Village/PIAS
Trois étoiles et demie

Saxophoniste, flûtiste, cornettiste, Jowee Omicil fait l’objet d’un véritable buzz en France, on l’a observé à Paris à la mi-octobre – plus précisément au New Morning. D’origine haïtienne, ce natif de Montréal mobilise les cousins jazzophiles car il s’applique à ramener le plaisir, la bonne franquette dans un genre que plusieurs voient désormais comme un genre musical exclusivement voué à la prise de tête. Son articulation n’est peut-être pas celle des supra-virtuoses, ses compositions ne sont peut-être pas les plus rigoureuses qui soient, ce fort bon musicien tire néanmoins son épingle du jeu faisant preuve d’un pouvoir attractif hors du commun. Ses compositions tirent leur originalité d’un mélange de jazz moderne des années 50 et 60, de jazz groove des années 70 et de diverses adaptations stylistiques créoles ou antillaises (rara, kompa, vaudou, gumbo, calypso, etc.), le tout malaxé en toute liberté par d’excellents sidemen pour la plupart installés en France. L’approche est parfois touffue, parfois hirsute, répétons-le, mais il s’en dégage invariablement un grand plaisir de jouer et de communiquer cette passion de l’expression jazzistique.

— Alain Brunet, La Presse

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