Intelligence artificielle

Coveo franchit le milliard… à pleine vitesse

En à peine 18 mois, le spécialiste québécois de l’intelligence artificielle Coveo a quadruplé sa valeur, qui dépasse maintenant le milliard de dollars après l’injection de 227 millions de nouveaux capitaux provenant principalement du fonds ontarien OMERS.

Le fonds de retraite des employés municipaux ontariens est le principal bailleur de fonds d’une ronde de financement à laquelle participent également des actionnaires précédents de Coveo, dont le Fonds de solidarité FTQ, Investissement Québec et le fonds américain Evergreen. Coveo émet 15,5 % de nouvelles actions, ce qui signifie que la transaction porte sa valeur estimée à plus de 1,4 milliard de dollars.

Techniquement, cela suffit à la considérer comme une « licorne », épithète accolée aux entreprises privées à croissance très rapide dont la valeur dépasse le milliard de dollars. Le président de Coveo, Louis Têtu, toutefois, ne veut pas qu’on lui attribue ce titre.

« C’est de la bull… Une licorne, c’est un animal mythique. Moi, je suis dans le concret. »

Croissance accélérée

On savait Coveo sur le chemin du milliard de dollars depuis un moment déjà, mais le progrès a été plus rapide que prévu.

« Si Coveo continue sur sa lancée, elle va valoir 1 milliard dans trois ans », avançait M. Têtu, il y a… 18 mois.

« Nous avons dépassé toutes les prévisions que nous avions faites à nos investisseurs il y a 18 mois. Et ils sont bien contents. »

— Louis Têtu

Concrètement, les revenus récurrents de Coveo ont progressé de 55 % depuis ce temps, alors qu’on avait prévu une hausse de 40 %.

Chaque nouveau client « vaut très cher » pour Coveo, indique M. Têtu. L’entreprise utilise l’intelligence artificielle pour implanter des solutions qui vont accélérer la recherche d’information et la personnalisation au sein d’entreprises, de centres d’appels ou de sites de commerce électronique.

« Quand on s’implante, c’est très peu probable que le client [se débarrasse de nous] », continue M. Têtu, d’où la valeur élevée de chacun des clients, qui débourse entre 100 000 $ et plus de 5 millions par année, de façon récurrente, pour les services de l’entreprise.

Récemment, les efforts de Covéo se sont concentrés dans le créneau du commerce électronique.

« Brault & Martineau, son concurrent, ce n’est plus simplement Corbeil, c’est Wayfair, qui emploie 2200 personnes seulement en technologie et en analyse de données. Nous, on est là pour aider des entreprises comme Brault & Martineau à concurrencer les géants du web.

— Louis Têtu

« L’intelligence artificielle n’est pas nouvelle, les géants du web l’utilisent depuis 15 ans. Ce qui est nouveau, c’est la démocratisation de cette technologie-là. »

Pour maintenir son avance dans ce créneau, Coveo « doit investir massivement », affirme M. Têtu. C’est ce à quoi serviront principalement les nouveaux fonds. Quelques acquisitions pourraient aussi survenir, comme ç’a été le cas avec une entreprise italienne en juin dernier. « Ça nous intéresse, aller chercher des technologies. »

Pas de Bourse à l’horizon

Coveo avait chargé la Banque Royale au Canada et Merrill Lynch aux États-Unis de trouver des investisseurs. Le mandat a été lancé le 15 septembre et s’est donc conclu très rapidement, signe de l’appétit des investisseurs.

« Nous avons eu de l’intérêt aux États-Unis, mais j’ai été très impressionné par l’équipe d’OMERS, confie M. Têtu. Ils ont une présence importante et une équipe spécialisée pour les entreprises dans notre situation. »

Ce choix permet aussi à Coveo de rester à 75 % canadienne, dont 65 % québécoise, relève-t-il.

« Ce n’est pas une cachette qu’on cherche toujours à garder le plus possible les gains en capitaux ici », ajoute M. Têtu, qui a maintes fois pris le micro pour faire l’apologie des entreprises à propriété québécoise, au détriment des filiales de sociétés étrangères.

Une entrée en Bourse n’est pas dans les plans de Coveo à court terme.

« Pour moi, une entrée en Bourse, ce n’est pas une destination. Et en ce moment, les capitaux privés sont extrêmement concurrentiels avec les capitaux publics. »

« Actuellement, Coveo investit à un rythme très accéléré et le fait de ne pas avoir à l’expliquer à un paquet d’analystes, c’est un avantage. On verra comment sont les marchés dans un an ou deux. »

— Louis Têtu

L’entreprise pourrait probablement se permettre d’être patiente. Selon M. Têtu, elle n’a consommé qu’environ 15 des 100 millions amassés il y a 18 mois.

« Sur une base comptable, on n’est pas loin de la rentabilité. Si je voulais être rentable le mois prochain, ce ne serait pas compliqué, je ralentirais un peu les embauches. Mais pour une entreprise avec des revenus récurrents comme nous, on utilise davantage une base actuarielle. Sur une base financière, on est extrêmement rentables. »

Établie à Québec, Coveo compte actuellement environ 500 employés, dont 160 à son bureau de Montréal.

Une autre entreprise québécoise, Element AI, a elle aussi reçu récemment un financement important. La Caisse de dépôt et le gouvernement du Québec, entre autres, y ont injecté 200 millions de dollars en septembre dernier.

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