Aéronautique

Airbus supprimera 14 000 emplois, le Québec épargné

L’avionneur français Airbus a annoncé mardi qu’il avait l’intention d’éliminer 14 000 emplois, soit 11 % de ses effectifs, au cours de la prochaine année, surtout en Europe, alors qu’il doit s’ajuster aux répercussions financières de la pandémie de COVID-19.

L’installation d’Airbus à Mirabel ne sera toutefois pas touchée par cette nouvelle vague de compressions.

« Puisque le trafic aérien ne devrait pas retrouver les niveaux d’avant la COVID avant 2023, et potentiellement aussi tard qu’en 2025, Airbus doit prendre des mesures additionnelles dès maintenant », a expliqué l’entreprise dans une déclaration.

Airbus prévoit éliminer 5000 emplois en France, 5100 en Allemagne, 1700 au Royaume-Uni, 900 en Espagne et 1300 dans d’autres installations ailleurs dans le monde.

Airbus dit vouloir commencer à effectuer ses licenciements d’ici quelques mois, à partir de l’automne. La société entend privilégier les départs volontaires et les retraites hâtives, mais a précisé que des licenciements imposés ne pouvaient pas être exclus.

« Airbus est confrontée à la crise la plus grave que cette industrie a jamais connue », a affirmé le chef de la direction de l’entreprise, Guillaume Faury, dans la déclaration. « Les mesures que nous avons mises en place jusqu’à maintenant nous ont permis d’absorber le choc initial de cette pandémie. Maintenant, nous devons nous assurer que nous pouvons soutenir notre entreprise et émerger de la crise en tant que leader mondial de l’aéronautique, en bonne santé. »

L’usine de Mirabel ne verra cependant pas de coupes supplémentaires, a confirmé à La Presse canadienne la porte-parole d’Airbus Canada, Marcella Cortellazzi.

Airbus avait annoncé, au début du mois de mai, la mise à pied de 350 employés à Mirabel, alors qu’elle avait suspendu temporairement la production de son avion A220 – l’ex-C Series de Bombardier –, lorsque le gouvernement Legault a mis l’économie sur pause dans le but de limiter la propagation du nouveau coronavirus.

L’installation de Mirabel a commencé à reprendre ses activités le 11 mai, et l’avionneur a déjà rappelé 120 des travailleurs mis à pied.

Un plan jugé « excessif » en France

Le plan d’Airbus est jugé « excessif » par le gouvernement français qui dit avoir pris des mesures pour aider l’industrie. « Le secteur de l’aéronautique fait face à un choc massif, brutal et durable. Il est fort probable que la reprise sera progressive. Nous ne l’avons jamais caché », a réagi le ministère français de l’Économie.

« Nous l’avons même anticipé avec la mise en œuvre d’un plan de 15 milliards d’euros [23 milliards de dollars] pour soutenir le secteur. Néanmoins, le chiffre de suppressions d’emplois annoncé par Airbus est excessif. »

— Le ministère français de l’Économie

Le ministère français a demandé de « réduire au maximum les départs contraints ».

De leur côté, les syndicats Force Ouvrière (FO) d’Airbus ont affirmé leur opposition à tout « licenciement contraint » et appelé à des négociations face à une crise jugée « conjoncturelle ».

« Pour FO, la ligne rouge est de diminuer ce chiffre qui nous paraît excessif, et de mettre en place toutes les mesures possibles pour ne pas avoir à déplorer le moindre licenciement contraint », a réagi Dominique Delbouis, coordinateur FO du groupe Airbus, lors d’un point de presse devant le siège de l’avionneur.

Interrogé lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes sur la réaction du gouvernement français, M. Faury a concédé ne pas s’attendre « à beaucoup de soutien dans ce type de situation même si [l’entreprise travaille] étroitement » avec les gouvernements concernés.

Le grand rival d’Airbus, l’américain Boeing, a lui annoncé fin avril son intention de supprimer 10 % de ses effectifs, soit 16 000 personnes, par des départs volontaires et des licenciements.

Aéronautique

Airbus en chiffres

70,5 milliards

Le groupe, né de la fusion en 2000 du français Aérospatiale-Matra, de l’allemand Dasa et de l’espagnol Casa, a enregistré un chiffre d’affaires de 70,5 milliards d’euros en 2019. Les trois quarts de son activité (77 % du chiffre d’affaires) proviennent de sa branche Aviation commerciale (54,8 milliards), suivie de sa division Défense et espace, Airbus Defense and Space (15 %, à 10,9 milliards), et enfin d’Airbus Helicopters (8 %, à 6 milliards). Le groupe a environ 24 000 fournisseurs issus de plus de 100 pays.

135 000 employés

Ses principaux pays d’implantation sont la France, avec 49 000 salariés* (36 % du total), l’Allemagne (45 500, 34 %), l’Espagne (12 500, 9 %), le Royaume-Uni (11 000, 8 %), le Canada (4000, dont 2500 au Québec, 3 %) et les États-Unis (3000 salariés, 2 %). Six salariés sur dix, soit 81 000 personnes, travaillent dans la branche Aviation commerciale, 34 000 dans les activités spatiales et de défense (25 %) et 20 000 pour les hélicoptères (15 %). * Chiffres avant la restructuration

13 chaînes d’assemblage

À Toulouse, siège social du groupe, se trouvent une chaîne d’assemblage pour chacun des gros-porteurs (A380, A350 et A330), ainsi que deux autres pour la famille A320. Hambourg compte quatre chaînes d’assemblage pour la famille A320. Une chaîne A320 a été ouverte en Chine en 2008 et une autre en 2015 à Mobile (États-Unis). L’usine américaine doit inaugurer cette année une autre chaîne d’assemblage dédiée à l’A220 (ex-C Series), déjà assemblé à Mirabel (Canada).

471,5 milliards en commandes

Fin 2019, la valeur totale du carnet de commandes du groupe s’établissait à 471,5 milliards de dollars américains, à 90 % provenant des avions commerciaux. Pour l’activité principale d’Airbus, le carnet de commandes s’établissait au 31 mai à 7621 appareils : 527 A220 (ex-C Series), 6199 A320, 322 A330, 564 A350 et 9 A380. Le groupe, a enregistré 768 commandes et livré 863 appareils en 2019.

— Agence France-Presse

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