Thaïlande

« Aujourd’hui est le grand jour »

La périlleuse évacuation des jeunes piégés dans une grotte depuis le 23 juin est en cours

MAE SAI — L’opération d’évacuation des 12 enfants et de leur entraîneur de football coincés dans une grotte inondée en Thaïlande depuis 15 jours a finalement débuté aujourd’hui, après des jours de report en raison des risques trop importants, avec de longues portions de plongée.

« Aujourd’hui est le grand jour […] Les garçons sont prêts à affronter tous les défis », a déclaré Narongsak Osottanakorn, le chef de la cellule de crise, lors d’une conférence de presse organisée à distance du site de la grotte.

« Le premier devrait sortir vers 21 h » (10 h, heure de Montréal), a précisé ce responsable, qui est aussi le gouverneur de la province de Chiang Rai, annonçant le départ vers les enfants de « 13 spécialistes de niveau mondial venant de pays ayant une expertise » en spéléologie.

Jusqu’ici, il fallait 11 heures à un plongeur aguerri pour faire l’aller-retour jusqu’aux enfants : 6 heures à l’aller, 5 heures au retour grâce au courant.

Faisant plusieurs kilomètres de long dans des boyaux accidentés, le parcours pour sortir de la grotte comprend de difficiles passages sous l’eau. Signe du péril de l’entreprise, un ancien plongeur de la marine thaïlandaise a péri vendredi lors d’une opération de ravitaillement des enfants.

Or, une bonne partie des enfants, âgés de 11 à 16 ans, ne savent pas nager, et aucun n’a fait de plongée.

« Conditions parfaites »

Actuellement, les conditions pour une évacuation sont jugées « parfaites » par la cellule de crise, notamment en ce qui concerne le niveau d’eau dans la grotte.

Les sauveteurs ont fait évacuer ce matin le site de la grotte thaïlandaise où les enfants et leur entraîneur sont pris au piège afin de faire de la place pour « aider les victimes ».

« Tous ceux qui ne sont pas impliqués dans l’opération doivent sortir de la zone immédiatement », a annoncé la police par haut-parleur sur le site, où se trouvent des centaines de journalistes.

« Nous devons utiliser la zone pour aider les victimes », ajoutait la police dans le haut-parleur. Aucune précision n’a pu être obtenue dans un premier temps quant à l’imminence de l’extraction des enfants.

L’annonce de la police a été suivie par un branle-bas de combat dans le campement monté par les journalistes, avec des caméras partout et des lits de camp pour être aux meilleures places pour filmer l’évacuation des enfants.

Le chef de la cellule de crise avait prévenu vendredi soir que l’afflux de médias dans cette zone montagneuse de forêt tropicale posait problème. « Nous avons de plus en plus de médias qui arrivent et s’installent partout », avait-il critiqué.

« Les équipes médicales se sont plaintes auprès de moi que cela devient un problème », avait-il dit, évoquant des mesures à venir.

Face à l’afflux de journalistes pataugeant dans la boue depuis des jours, les autorités avaient posé des barrières métalliques pour les tenir à distance et permettre aux secouristes de travailler sans caméras autour.

Les enfants s’étaient retrouvés piégés le 23 juin par la montée des eaux dans cette grotte au fin fond du nord de la Thaïlande, à la frontière avec la Birmanie et le Laos.

Les secours s’interrogeaient depuis des jours sur l’opportunité de déclencher une évacuation périlleuse, des pluies de mousson attendues prochainement risquant de ruiner les efforts continus depuis plusieurs jours pour drainer l’eau de la grotte.

Course contre la pluie

Les secours avaient réussi à insérer un tuyau de plusieurs kilomètres pour acheminer de l’oxygène dans la poche où le groupe s’est réfugié et le niveau d’oxygène s’est stabilisé dans la grotte.

Mais des pluies attendues prochainement pourraient réduire une bonne partie du rebord boueux sur lequel le groupe a trouvé refuge.

Hier soir, une grosse averse de mousson est tombée pendant une demi-heure, rappelant l’urgence d’évacuer les enfants.

C’est déjà à cause des pluies de mousson que les enfants s’étaient retrouvés piégés après avoir décidé, pour une raison encore non élucidée, de se rendre dans la grotte après leur entraînement de foot, avec leur jeune coach de 25 ans.

En parallèle, la cellule de crise a continué à faire des forages dans la montagne, pour une possible évacuation par le haut, et plus de 100 forages ont été réalisés à la verticale dans la montagne. Certains sont peu profonds, mais l’un d’entre eux fait 400 m de long. Ce matin, aucune percée de ce côté-là n’avait été annoncée.

Thaïlande

« Ne vous inquiétez pas »

Depuis leur promontoire entouré d’eau au fond de la grotte où ils sont prisonniers depuis deux semaines, les enfants ont écrit d’émouvantes lettres à leurs parents. Extraits. 

« Je vous aime, papa, maman et ma sœur. Pas la peine de vous inquiéter pour moi. »

— Pheeraphat, signant de son surnom Night. « Papa et maman t’attendent pour fêter ton anniversaire. Remets-toi vite. Je sais que tu peux le faire », lui avaient écrit ses parents. Le gardien de but de l’équipe a fêté ses 16 ans sous terre le 23 juin. Sa mère a gardé son gâteau d’anniversaire intact, au frigo.

« Ne vous inquiétez pas, papa et maman. Cela fait deux semaines que je suis parti, mais je vais revenir vous aider à la boutique. »

— Ekkarat, signant de son surnom Bew. Ses parents tiennent une petite épicerie.

« Je vais bien, mais il fait un peu froid ici. Ne vous inquiétez pas pour moi. N’oubliez pas de me préparer une fête d’anniversaire. »

— Duangphet, signant de son surnom Dom

« Si je sors, s’il vous plaît, emmenez-moi manger du moo krata [un plat thaïlandais à base de porc grillé et de légumes]. »

— Piphat, signant de son surnom Nick

« Merci pour tout le soutien moral. Je demande pardon à tous les parents. »

— Le jeune entraîneur de 25 ans, Ekkapol Chantawong. « Mes chères tante et grand-mère, je vais bien, ne vous inquiétez pas trop pour moi. Prenez soin de vous », ajoute-t-il dans une lettre à ses proches. « Je t’attends devant la grotte », lui avait écrit sa tante Een.

(D’après l’Agence France-Presse)

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