Scheer veut créer « des liens plus solides » avec l’Inde

OTTAWA — Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, croit avoir réussi à jeter les bases d’un dégel diplomatique entre le Canada et l’Inde après le froid qui s’était installé entre les deux pays dans la foulée de la visite désastreuse du premier ministre Justin Trudeau en février dernier.

M. Scheer, qui vient de conclure une visite de plus d’une semaine dans ce pays incontournable de l’Asie du Sud, a pu rencontrer le premier ministre indien Narendra Modi, dès le début de son voyage, afin de faire le point sur les relations bilatérales entre les deux pays et les dossiers auxquels on devrait accorder la priorité au cours des prochains mois.

Entre autres dossiers, M. Scheer a affirmé que le Canada pourrait tout à fait combler une partie des besoins pétroliers de l’Inde si le gouvernement canadien parvient à construire les infrastructures nécessaires pour faciliter l’exportation du pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta vers de nouveaux marchés internationaux.

« L’Inde doit acheter plus de 80 % de son pétrole à l’étranger. Voilà une très bonne occasion pour le Canada d’avoir de nouveaux marchés en Inde, si on peut éliminer les obstacles qui nous limitent quant à notre capacité de bâtir les infrastructures pour transporter cette ressource vers l’Inde », a affirmé M. Scheer dans une entrevue accordée à La Presse.

« Avec une classe moyenne qui croît rapidement, les besoins de l’Inde en matière d’énergie vont augmenter aussi très rapidement », a-t-il ajouté.

« Si on ne peut pas régler notre problème concernant la construction de nouvelles infrastructures pour exporter nos ressources naturelles, on va rater une occasion en or. »

— Andrew Scheer

En entrevue, le chef conservateur n’a toutefois pas voulu dire si le premier ministre indien avait évoqué le séjour difficile de Justin Trudeau en Inde durant la rencontre de quelque 30 minutes qu’il a eue avec lui à New Delhi.

« Je dois être très prudent, parce que c’était une conversation privée. Je ne veux pas mettre des mots dans la bouche de M. Modi. Mais je peux vous dire que nous avons eu une très bonne discussion de plus de 30 minutes et que nous avons abordé beaucoup d’enjeux. Je peux vous dire qu’à mon avis, M. Modi a bien apprécié les signaux que j’ai envoyés, à savoir qu’un gouvernement conservateur va prioriser nos relations avec l’Inde, dans cette région du monde », a dit M. Scheer.

Mais les faux pas diplomatiques de Justin Trudeau ont été soulevés durant les rencontres avec des gens d’affaires.

« Les conséquences de son voyage ont été bien documentées, en Inde et au Canada. C’est clair que ce n’était pas une très bonne situation. Mais le signal que je veux envoyer, c’est que mon voyage est très sérieux et vise à obtenir des résultats concrets à long terme. Je veux envoyer un signal à la communauté des affaires et au gouvernement de l’Inde qu’un gouvernement conservateur va travailler très, très fort pour créer des liens plus solides que ceux que nous avons aujourd’hui. »

Relations étroites

La visite de M. Scheer a fait l’objet de quelques reportages dans les médias indiens. Le quotidien The Times of India a rapporté que M. Modi avait salué les efforts pour resserrer les relations entre les deux pays durant sa visite au Canada en 2015, alors que Stephen Harper était au pouvoir. Selon nos informations, M. Harper continue d’entretenir des relations étroites avec M. Modi trois ans après avoir perdu les élections fédérales aux mains des libéraux de Justin Trudeau.

« Heureux de rencontrer l’honorable Andrew Scheer, le chef de l’opposition officielle du Canada. Mis l’accent sur l’importance d’avoir des relations étroites entre l’Inde et le Canada et lui ai souhaité un séjour plaisant en Inde. »

— Le premier ministre Modi, sur son compte Twitter après la rencontre

M. Scheer, qui était accompagné durant le voyage de sa femme Jill Scheer ainsi que du député conservateur de Markham-Unionville, Bob Saroya, a aussi rencontré le ministre des Affaires étrangères de l’Inde, Sushma Swaraj, et le ministre des Finances, Arun Jaitley, durant son séjour de deux jours à New Delhi.

Le chef conservateur a également participé à une table ronde avec des gens d’affaires. Il a visité le temple doré à Amritsar et il s’est ensuite rendu à Bangalore pour visiter des entreprises de haute technologie. Il a conclu sa visite à Bombay, où il a eu une série de rencontres avec des gens d’affaires et visité des entreprises.

Faux pas

Rappelons que la visite officielle de M. Trudeau en Inde, en février, avait été marquée par de nombreux faux pas. Le choix de porter des vêtements indiens haut de gamme tout en visitant des sites historiques et religieux avec sa famille avait suscité de vives réactions.

Le véritable coup dur est venu lorsqu’un sikh canadien, Jaspal Atwal, reconnu coupable en 1986 d’avoir tenté d’assassiner un politicien indien dans l’île de Vancouver, s’est retrouvé sur la liste des invités à deux réceptions officielles à Bombay et à New Delhi. 

Le froid diplomatique a atteint de nouveaux sommets lorsqu’un proche conseiller de Justin Trudeau, Daniel Jean, a laissé entendre que la présence de M. Atwal était peut-être l’œuvre de factions du gouvernement indien convaincues que les séparatistes sikhs menacent l’unité de leur pays.

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