Le courrier du hockey mineur

Le dilemme entre droit et responsabilités

Notre chroniqueur LNH Mathias Brunet a été tour à tour entraîneur de hockey mineur aux niveaux novice, atome et pee-wee, président d’association et fondateur d’une organisation de hockey de printemps regroupant une quinzaine d’équipes de jeunes joueurs âgés de 6 à 14 ans. Envoyez-lui vos questions sur le hockey mineur à mbrunet@lapresse.ca. Tous les mardis, il répond à une sélection de celles-ci.

Bonjour à tous,

La chronique suscite un vif intérêt. N’hésitez pas à m’envoyer vos questions !

« Où tracer la ligne entre le DROIT d’un temps de jeu égal et les RESPONSABILITÉS auxquelles le joueur est tenu par respect pour ses coéquipiers ? Nonobstant la recherche omniprésente de la victoire pour la plupart des entraîneurs, gardons cette réflexion au niveau des valeurs pour les besoins de ce propos. Si je néglige de me présenter à la partie dans de bonnes dispositions (physiques, psychologiques ou autres), devrais-je avoir un temps de jeu égal à celui de mes coéquipiers ? Émettons l’hypothèse suivante : j’ai 12 ans et je joue dans le pee-wee A. La veille du match, je décide de poursuivre ma partie de Fortnite tard dans la nuit. Le lendemain, je ne suis évidemment pas à mon mieux. Comment l’entraîneur doit-il se positionner dans une telle situation ? Dans ce dilemme, la culture actuelle de notre hockey mineur nous permet-elle de clairement nous positionner dans l’intérêt de l’enfant ? »

– Marc Jazienicki

J’adore votre question, Marc ! C’est un dilemme constant pour moi derrière un banc. Je dois avouer que je suis un peu permissif à ce chapitre « au nom du temps d’utilisation égal », du moins quand je dirige des jeunes de 12 ans et moins, mais ça me pose chaque fois un cas de conscience. C’est parfois difficile de savoir ce qu’un jeune a fait à la maison. Par contre, on peut facilement observer son comportement dans un vestiaire, et il y a un lien de cause à effet direct entre le niveau de concentration dans le vestiaire avant une rencontre et les performances sur la glace. Quand un enfant est trop dissipé dans le vestiaire, il peut nous arriver de lui faire sauter quelques tours pendant le match si son niveau de concentration n’est pas adéquat pendant la rencontre. Le problème, c’est l’abus. Les entraîneurs doivent être conséquents et intègres : ne pas utiliser cette façon de procéder pour raccourcir son banc volontairement, ou encore utiliser des sanctions à deux vitesses en pardonnant les frasques à leurs meilleurs joueurs tout en se montrant intransigeants à l’égard des moins bons.

« Comment intervenir auprès de parents qui dénigrent un joueur en le traitant de manière cavalière dans les gradins durant un match ? Ils parlent fort pour que tout le monde les entende. Seul leur enfant est bon. Le danger pour moi est ce qui se dit à la maison contre les joueurs qui ne sont pas bons d’après eux… »

— Louise Corriveau

Ne me pompez pas, Louise, ne me pompez pas… Des parents comme ça, il y en a malheureusement trop ! Le plus grand avantage au titre d’entraîneur, c’est de se trouver loin des gradins la plupart du temps, et évidemment de ces vilains commentaires. Au soccer, je n’ai pas cette chance. C’est drôle, il y a deux semaines à peine, je suis intervenu directement auprès d’un père de l’équipe adverse qui dénigrait à haute voix mon fils de 12 ans, de façon à le déconcentrer (il est gardien de but). Je suis intervenu auprès de l’homme. Je lui ai rappelé que c’était un jeu et que mon fils, à 12 ans, n’avait pas à se faire intimider de la sorte par un adulte. À ma grande surprise, les parents de l’équipe adverse, qui connaissaient bien le bonhomme de toute évidence, l’ont ramené à l’ordre. J’ai apprécié. Il ne faut pas garder le silence. Ces gens ont besoin d’être ramenés à l’ordre, sans toutefois tomber dans l’agressivité. Il y a aussi ces parents qui dénigrent les enfants de leur propre équipe. Il faut un gérant fort qui impose des règles à ce chapitre et les fait respecter. Ce sont des enfants, c’est un jeu. Il faut dialoguer, ne pas rester coi.

« Bonjour ! Comment se fait-il que certains parents ne comprennent pas que leurs enfants ont plus de chances de devenir astronautes que joueurs dans LNH ? »

— Joseph Tyan

La formule a fait grand bruit il y a quelques années. Par contre, seulement 558 astronautes ont fait un voyage dans l’espace au fil du temps. La LNH compte 713 joueurs réguliers par année. Évidemment, ils ne sont pas remplacés chaque année, puisque plusieurs ont de longues carrières, mais au fil des décennies, des dizaines de milliers de joueurs ont atteint la LNH. Les postes d’astronaute sont donc beaucoup plus rarissimes, mais les chances d’atteindre la Ligue nationale demeurent très minces. Selon un texte publié par le confrère Martin Leclerc en novembre 2017, des 14 538 jeunes joueurs québécois de la cohorte 2001-2002, seulement 22 ont été repêchés par un club de la LNH, soit un taux de… 0,15 %. Et seulement 8 de ces 22 joueurs avaient disputé au moins 82 matchs dans la LNH. Aussi bien miser d’abord sur le plan A, les études, et ensuite analyser ses options si le jeune cogne à la porte des ligues majeures à la fin de l’adolescence.

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