L’été en mode COVID

À quoi nos vacances ressembleront-elles ?

Cela fait plus de deux mois qu’on traîne tous en pyjama (ne mentez pas), à étirer les cafés, en se couchant à heures plus ou moins fixes, au gré des rendez-vous matinaux sur Zoom et de la dernière série nocturne à dévorer. Et personne n’est dupe : ce quotidien confiné à différents degrés devrait nous accompagner pour plusieurs mois encore. D’où la question : de quoi diable auront l’air nos vacances cet été ? Réflexions et suggestions, pour tirer profit de ce congé si particulier (et s’éviter de vivre le jour de la marmotte !), en quatre temps.

Acceptation

Les Anglais ont une expression qui résume parfaitement ce qui nous attend : staycation (une contraction qui se passe d’explications). Hormis quelques virées ici et là, les vacances hors Canada sont à oublier jusqu’à nouvel ordre. Quant à savoir si l’on pourra sortir du Québec, ou simplement de nos régions, c’est le mystère le plus complet. Une seule certitude : l’incertitude. Si vous aviez prévu partir dans le Sud, en road trip dans l’Ouest, en Italie ou en Asie, vos vacances sont certainement à l’eau. De là à tout annuler pour reporter vos journées chômées à plus tard, il y a un pas que les experts ne vous conseillent pas, mais pas du tout, de faire. « Ce ne serait pas une bonne idée, signale d’emblée la psychologue Marie-Ève Brabant, spécialiste de la famille. La situation est très exigeante pour tous, entre le télétravail, les enfants à temps plein et l’insécurité financière. »

« Je pense au contraire que c’est une bonne idée de prendre une pause et de prendre ces vacances ! »

— Marie-Ève Brabant, psychologue

Pour ce faire, un conseil (psycho) : cessez de ruminer, digérez vos déceptions, puis travaillez sur « l’acceptation » de la situation, poursuit-elle. Objectif : « avoir du contrôle et être dans la proactivité ». Proactif comment ? Dans votre quotidien, ce sur quoi vous avez un certain contrôle. De nouveau, restons réalistes, pas question de créer ici de fausses attentes. L’idée : composer avec cette nouvelle réalité, laquelle nous fera peut-être réaliser que les vacances ne doivent pas forcément être une course contre la montre et une enfilade d’activités, toutes plus instagrammables les unes que les autres. « Ce serait bien que les parents réalisent que les vacances, ce peut être plus calme. Il y en a, des enfants qui sont bien juste à la maison. On voit beaucoup de cas de troubles anxieux chez les enfants. S’ils peuvent se déposer un peu, ça risque d’être bénéfique. » Un conseil qui ne tient pas que pour les parents, soit dit en passant.

Détachement

C’est noté : on arrête de ruminer, on tourne la page sur ses dernières semaines confinées à télétravailler, et on se met en mode vacances ? Plus simple à dire qu’à faire, vous en conviendrez. On s’entend : plus facile de se sentir en vacances sur une plage de sable blanc que dans un quatre et demi en ville, dans lequel on est encabané depuis des semaines en prime. N’empêche, c’est un coup à donner, indispensable si l’on veut bel et bien profiter de ce congé. Car c’est prouvé : « le détachement psychologique est l’un des ingrédients actifs d’une récupération efficace », signale Jacques Forest, professeur au département d’organisation et de ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Et pas que l’été, d’ailleurs : les soirs et les fins de semaine aussi. Le psychologue aime ici faire l’analogie des « comptes en banque », comme il dit. « Vous avez un compte en énergie physique, en énergie émotionnelle, en énergie psychologique. Dépenser de l’argent dans ces comptes n’est pas un problème, tant que vous pouvez rembourser. Les vacances, c’est un moment pour être moins dans le rouge. » En bref, pour faire le plein de ces différents « comptes ».

Soit, mais comment faire sans changer d’air ? « Si on est dans nos affaires, est-ce que ça va rendre ça plus difficile ? Peut-être qu’il y aura des défis supplémentaires », concède-t-il. La clé pour détacher : choisir des activités qui nous plaisent, qui sont réalisables dans le contexte, et ne pas rester enfermés. « Ce qui nous sauve, c’est le vélo », dit-il. Avec femme et enfants, « on prend nos vélos et on pédale pour aller n’importe où en ville ». Ce faisant, il ne pense à rien, en tout cas pas à ses dossiers, et passe du temps de qualité à jaser. « Cet été, on va pédaler le plus possible ! »

Activités

Si le vélo, ce n’est pas votre truc, ou que vous avez de jeunes enfants qui ne pédalent pas longtemps, les activités simples à faire à la maison sont légion. L’idée : « colorer les journées différemment », résume Francine Ferland, ergothérapeute et professeure émérite à la faculté de médecine de l’Université de Montréal. L’auteure de Et si on jouait ?, publié aux éditions du CHU Sainte-Justine, cite une foule d’activités : de l’analyse des fourmis à l’observation des oiseaux, en passant par la confection de bulles de savon, le pique-nique dans la cour ou, pourquoi pas, carrément le camping (si cour il y a). Le mot-clé : « magie ». « Faire des découvertes, ce peut être aussi intéressant que visiter un musée », dit-elle. Si les journées sont ponctuées de petites nouveautés, d’un brin de stimulation, et bien sûr de moments de repos, « ce sera vraiment des vacances quand même », croit-elle. Des vacances qui ne coûteront (presque) rien, faut-il le souligner. « Et c’est une valeur qu’on enseigne aux enfants : pour avoir du plaisir, pas besoin d’aller acheter quelque chose au magasin. »

« Il faudrait peut-être arrêter de penser que pour avoir de bonnes vacances, il faut louer, acheter ou payer pour s’amuser », renchérit France Paradis, orthopédagogue et conférencière. Elle espère que cet été permettra enfin aux familles de « sortir de la boîte ». « Les vacances sont devenues un espace de performance pour les parents. Or, cette année, il n’y aura pas cette lourdeur-là de ‟réussir” ses vacances », dit-elle. Certes, il n’y aura pas « grand-chose » au programme. Mais peut-être une foule de plus petites choses qu’on ne fait jamais, faute de temps, justement : pourquoi pas faire un projet de jardin en famille, impliquer toute la fratrie, une pièce de théâtre, une construction ? L’idée : faire les choses « ensemble », sans trop d’attentes. Être et non organiser. « Créer un espace pour ce qu’on ne fait pas d’habitude. »

Créativité

Parlant de ce qu’on ne fait pas d’habitude, Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM, est persuadé que cette crise inédite (à la fois « sanitaire, économique et sociale ») va entraîner une offre en matière de loisirs insoupçonnée. Une affirmation qui devrait plaire aux vacanciers. « Je suis convaincu que les Québécois vont être inondés de choses qu’ils n’ont jamais soupçonnées, dit-il. Il le faut. C’est une obligation. Même pas un luxe. Pour sauver les meubles, il va y avoir une réappropriation de l’espace public. C’est sûr, sûr, sûr. » Bien au-delà de ce qui se fait déjà. « Les corridors pour faire de la bicyclette, c’est bien, encore faut-il y avoir des destinations d’intérêt ! », illustre-t-il. 

L’idée : donner une raison de sortir aux gens ! Il pense à des activités « ludiques », en mode distanciation, bien évidemment. Pourquoi pas une offre bonifiée en matière de bouffe de rue, des terrasses agrandies et chauffées, ou encore des mini-serres comme à Amsterdam, pour les clients des restaurants ? Le professeur de marketing, directeur du Réseau de veille en tourisme, qui vient justement d’acheter, pour lui, sa conjointe et son fils, des vélos électriques pour profiter de l’été, envisage toutes sortes de scénarios, nécessitant, il en est conscient, une certaine « flexibilité sur la législation ». « Je vois ça comme un immense projet pilote ! s’enthousiasme-t-il. Il y aura une offre différente, parcimonieuse, inventive. Des gens vont travailler très fort pour que ce soit chouette. Et on n’a pas le choix ! Il va falloir faire rêver les Québécois ! » Car de toute évidence, besoin de rêves il y a…

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