Rapport sur les femmes autochtones disparues et assassinées

« Il y a une force énorme en marche »

L’artiste abénakise Alanis Obomsawin note de grands changements pour les Premières Nations

« Je vois de grands changements à travers le pays et je pense que ça va devenir de plus en plus difficile de maltraiter des femmes autochtones et de s’en sauver. »

En marge de la conférence de presse organisée hier matin au Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de l’exposition Alanis Obomsawin, œuvres gravées, l’artiste abénakise s’est réjouie des conclusions du rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, rendu public cette semaine.

D’ailleurs, pour honorer ces femmes disparues et assassinées, l’artiste de 86 ans s’était vêtue entièrement de rouge pour la visite médiatique de l’exposition de ses gravures, présentées pour la première fois dans un musée des beaux-arts. Les murs qui accueillaient ces œuvres créées de 1990 à 2007 étaient aussi peints en rouge.

Mme Obomsawin a trouvé important que le premier ministre canadien, Justin Trudeau, ait entériné le terme « génocide » vis-à-vis des autochtones. « Je suis contente qu’il l’ait fait, a-t-elle dit à La Presse. Moi, dans ma jeunesse, c’était la même chose. C’est un miracle que je n’aie pas disparu à l’époque. Il n’y avait pas de respect. On m’appelait la sauvagesse. On te disait : “Moi, je peux faire ce que je veux, tu t’étends et ça finit là.” Automatiquement, l’homme pensait comme ça. C’était correct de maltraiter une femme et de la violer. On te disait : “Même, tu devrais être contente.” Il n’y avait de respect nulle part. »

Pour Alanis Obomsawin, si la situation des autochtones est en train de s’améliorer au Canada, c’est d’abord grâce à la lutte des autochtones. « Le gouvernement et l’Église étaient contre nous, mais on s’est battus, dit-elle. Il fallait y croire. »

« Moi, je n’ai jamais arrêté, car je n’ai jamais pensé que le fait d’être abénakise était une maladie. Jamais ! Ils ne m’ont jamais fait baisser la tête. Ils m’ont battue, mais je n’ai jamais baissé la tête. J’avais le droit de vivre comme les autres. »

— Alanis Obomsawin

La créatrice estime que l’éducation a permis à un grand nombre d’autochtones de prendre leur place dans la société canadienne et d’affirmer leurs spécificités.

« Beaucoup de jeunes [autochtones] ont eu des problèmes de drogue ou de boisson, mais ceux qui s’en sortent sont les plus forts, dit-elle. Et ceux-là ont beaucoup d’influence pour faire lever les autres, leur donner la force de se connaître. De plus en plus de jeunes disent non au suicide. Même s’il y a encore beaucoup de blessures, il y a une force énorme en marche. Et ça vient de l’intérieur de nous. C’est extraordinaire ce qui passe en ce moment. »

Même si la réalisatrice et plasticienne estime que l’ouverture aux autochtones est « plus lente » au Québec qu’ailleurs au Canada, compte tenu, dit-elle, de l’histoire propre aux francophones, elle est rassurée de voir combien les choses changent positivement pour les autochtones et l’harmonie sociale.

« C’est plus facile aujourd’hui d’être abénakise que dans les années 60, dit-elle. Les gens pensent différemment. On ne parle plus d’Indiens, on parle de Premières Nations et surtout de chaque nation à laquelle on appartient. »

L’exposition Alanis Obomsawin, œuvres gravées est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 25 août. Le compte rendu de notre visite sera publié la semaine prochaine.

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