Canadien–Blues

Une autre fausse note

Malgré un soubresaut à Detroit mardi, le Tricolore manque à nouveau de rythme et s’incline pour la troisième fois en moins d’une semaine.

Analyse

Ils n’étaient pas prêts…

St. Louis — Après le match, Claude Julien a formulé un constat pour le moins intéressant sur ce qui venait d’arriver : ses joueurs n’étaient pas prêts.

Oui, c’est bien ça : ils n’étaient pas prêts.

Ça ne permet pas d’expliquer tout ce qui s’est passé lors de cette gênante défaite de 4-1 à St. Louis, mais ça peut tout de même nous mener à de très bonnes questions, dont celle-ci : comment un club comme celui-ci, impliqué dans une course pour une place en séries, peut-il ne pas être prêt ? Est-ce que certains joueurs du Canadien se croient déjà bien au-dessus de leurs affaires à ce point ? Parce que la réalité est tout autre…

En fait, pour être bien honnête, peut-on vraiment croire que le club que l’on a vu hier soir est un club digne des séries ?

Pourtant, les Blues ne sont pas à confondre avec les Oilers du milieu des années 80. Ils ne gagnent pas à la maison et, en plus, ils croupissent au bas du classement dans l’Association de l’Ouest. C’était un club « prenable », comme on aime le dire entre experts du milieu.

La fatigue ? Ça non plus, ça ne tient pas la route. Le Canadien en était à un troisième match en quatre soirs, les Blues aussi.

Alors le Canadien devra comprendre un peu l’urgence de la situation, même si on est seulement en janvier.

« Au moment où on en est dans la saison, chaque match va être important. Nous devons être prêts à amorcer un match lorsque la première mise en jeu est effectuée. Mais non, à la place, nous avons passé la soirée à essayer de les rattraper… »

— Brendan Gallagher

Tout cela n’augure rien de bon, on en conviendra.

Alors on peut bien avoir la meilleure « attitude » au monde et bourrer ce vestiaire de gars qui sont de meilleure humeur que ceux de la saison précédente, en fin de compte, ça ne va rien changer si la défense se transforme en machine à revirements comme hier soir, si les unités spéciales continuent de trébucher de cette façon, ou si les attaquants ne sont pas capables de fabriquer quelque chose qui se tient.

Pour vous donner une idée, c’est Karl Alzner qui a été le meilleur défenseur du Canadien, hier soir. Ce n’est probablement pas une bonne chose.

Enfin, on notera que le cliché voulant que « les meilleurs doivent être les meilleurs » est usé comme ce n’est pas permis, mais il y a aussi un fond de vérité quelque part là-dedans, et puis quand Shea Weber paraît aussi lent, ça devient difficile pour tout le monde. En attaque aussi, les gros noms devront commencer à se réveiller. Max Domi a connu une très difficile soirée au bureau, tout comme Jonathan Drouin, et ce n’est peut-être pas un hasard si Claude Julien a fini par séparer ces deux-là vers la fin du match.

Avec tout ça, le Canadien n’est plus dans le tableau des séries, et ça ne va pas être plus facile dans les jours qui viennent, puisque l’équipe devra disputer, à partir de demain, cinq matchs en huit jours.

On dit souvent que la saison de hockey est un marathon et pas un sprint. Reste à voir s’il y a encore un peu d’essence dans le réservoir de cette équipe.

Ils ont dit

« On était à plat »

« On était à plat, il n’y a pas d’excuses. C’est inacceptable. Ce n’est pas parce que les Blues ont si bien joué. On n’a pas été capables de réussir nos jeux. C’est difficile à avaler. »

— Phillip Danault

« Il va falloir oublier ce match-là et passer rapidement à autre chose, mais c’est difficile. On ne peut pas gagner un match, perdre un match. Ce ne sera pas suffisant. »

— Brendan Gallagher

« Ça sonne comme un disque de vinyle qui saute, mais on le dit toujours : il faut que nous soyons meilleurs que ça sur les unités spéciales. Il faut trouver une façon de faire le travail dans ces situations. »

— Shea Weber

« Les gars ont quand même essayé, leur gardien a fait de bons arrêts. Mais un match comme ça, c’est comme des points qu’on laisse sur la glace. »

— Michael Chaput

« On n’était pas prêts, tout simplement. C’est décevant, on avait une chance de gagner un match important. »

— Claude Julien

Propos recueillis par Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

Revoici Karl Alzner

Qui aurait cru revoir Karl Alzner dans la formation du Canadien cette saison ? Pas nous, et pourtant, le défenseur de 30 ans était bel et bien en uniforme hier soir. Il s’agissait de son premier match depuis le 24 novembre et de son neuvième seulement cette saison. Et le pire, c’est qu’Alzner a été le moins mauvais parmi les défenseurs du Canadien, qui ont passé la soirée à gaffer face aux Blues, surtout Jeff Petry et Shea Weber. En tout, Alzner a conclu sa soirée de travail avec 14 min 58 s de temps de jeu et un tir au but. En marge de ce retour, c’est Mike Reilly qui a été laissé de côté en défense. Chez les attaquants, Charles Hudon et Matthew Peca ont dû sauter leur tour.

Un 18e match pour Blais… et un but !

On peut présumer que les bonnes gens de Montmagny ont été nombreux à regarder le match d’hier soir, parce que l’un des leurs, l’attaquant Samuel Blais, prenait part à son 18e match de la saison dans le maillot des Blues. On connaît déjà l’histoire de ce joueur persévérant, retranché à deux reprises des rangs midgets AAA à Lévis, repêché tardivement dans la LHJMQ, puis repêché aussi tardivement par les Blues en 2014, lors du sixième tour. « Vers 16 ans, en étant retranché du AAA, j’étais sur le bord de penser que c’était fini pour moi, a-t-il raconté avant le match. Mais j’ai fini par avoir une chance et depuis que je suis ici, c’est un peu la même chose, je dois faire ma place. » Blais a profité de la visite du CH, le club de son enfance, pour marquer un magnifique but en milieu de troisième période, en échappée, après avoir battu de vitesse Jeff Petry et Karl Alzner. C’était son premier but de la saison et le deuxième de sa carrière.

Des ennuis aux cercles des mises en jeu

L’an passé, un ancien joueur du CH et ancien spécialiste des mises en jeu, Marc Bureau, affirmait dans cet espace qu’il serait en mesure d’aider les joueurs du Canadien dans cet aspect du jeu. On se demande bien pourquoi Bureau n’a pas reçu d’appel puisque le Canadien pourrait bien apprendre une chose ou deux. Ainsi donc, lors de la première période hier soir, le Canadien n’a gagné que quatre mises en jeu… et en a perdu 19 ! En fin de compte, le Canadien a terminé le match avec 20 mises en jeu remportées contre 39 qui ont été perdues, mais les ennuis aux cercles des mises en jeu ont fini par faire mal. Pendant ce temps, chez les Blues, le centre Ryan O’Reilly s’offrait une soirée de 22 mises en jeu remportées en 28 tentatives…

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