Produits naturels

Se soigner avec les plantes

Utilisées dans la médecine chinoise depuis des millénaires, les plantes gagnent tranquillement en popularité ici, alors que deux nouvelles gammes de produits viennent d’apparaître sur les tablettes. Or, si les vertus de certaines plantes sont reconnues, ça ne veut pas dire que tous les produits qui les contiennent sont efficaces.

UN DOSSIER D’EVELYNE AUDET

De nouveaux produits québécois

Soulagement des douleurs musculaires, réduction du stress, gestion du poids : les vertus des produits à base de plantes sont nombreuses. Deux entreprises québécoises viennent de mettre en marché des produits élaborés à partir de plantes entières. 

Novalife a mis au monde une concoction qui soulage les douleurs musculaires et articulaires, ainsi qu’un produit qui améliore la qualité du sommeil. Les capsules antidouleur contiennent la prêle des champs, l’ortie dioïque, l’actée à grappes noires, le bulbe d’ail et le céleri.

Dans les capsules de sommeil, on retrouve de la valériane, de la passiflore et de la mélisse. Ce produit serait aussi le seul sur le marché à contenir du pavot de Californie.

« Il y a d’autres entreprises sur le marché qui travaillent avec des plantes, mais généralement, c’est seulement avec des extraits de plantes. Nous, on travaille avec la plante entière, par exemple, la racine, les feuilles, etc. C’est ce qui fait toute la différence, explique le président de Novalife, Daniel Labelle. On puise nos ingrédients directement de la nature. On prend une plante, on la sèche, on la met en poudre et on fait le mélange. »  Il ajoute que le choix des plantes employées dans un produit est aussi fait en fonction de l’interaction entre celles-ci, qu’on appelle la synergie. Selon l’entreprise, les ingrédients actifs de ses produits font en sorte qu’ils soulagent dès les premières journées d’utilisation.

L’entreprise Reeliv5, quant à elle, utilise les champignons dans quatre nouveaux produits, qui ont pour but de réduire le stress ou d’améliorer la gestion du poids, du sommeil ou de l’énergie. Selon le type de produit, des champignons comme le reishi, le cordyceps, le maitake et le chaga sont ajoutés à des plantes comme la valériane, le tilleul ou la rhodiole. 

Les produits de Reeliv5 sont présentés sous une forme liquide, ce qui les rendrait plus faciles à absorber et à digérer. Selon l’entreprise, ils contiendraient aussi une quantité plus importante d’ingrédients actifs par dose par rapport aux produits en comprimés. « C’était important pour nous de répondre aux besoins réels des gens. Veulent-ils un résultat rapide ? Un effet à court terme, à long terme ? Donc, on a jumelé les meilleurs ingrédients ensemble, toujours en cherchant la plus haute qualité pharmaceutique possible, afin d’atteindre ces résultats », explique Martin Lachaine, président et fondateur de Reeliv5.

Efficacité non garantie

L’herboriste-thérapeute Natacha Imbeault confirme les vertus attribuées aux plantes utilisées dans les produits Novalife et Reeliv5. Elle ajoute toutefois que ce n’est pas parce que certaines plantes ont des vertus que tous les produits qui les contiennent sont efficaces.

« Il faut toujours savoir que même lorsque des études scientifiques ont prouvé les vertus d’une plante, il y a toujours un léger pourcentage de la population pour qui ce ne sera pas efficace [environ 15 % des gens]. »

— Natacha Imbeault, herboriste-thérapeute

« Aussi, tout dépend de la qualité des plantes, du moment de leur récolte, de leur traitement, de la posologie et du dosage employé, etc. Toutes ces choses-là ont un impact sur l’efficacité. Il s’agit d’un grand savoir-faire. »

L’herboriste-thérapeute Caroline Gagnon croit elle aussi en l’efficacité des produits à base de plantes, mais elle souligne que les résultats font place à certaines nuances. « Avec une molécule standardisée comme un produit pharmaceutique synthétique, c’est beaucoup plus facile de s’assurer de son efficacité, car cela ne varie jamais et on en connaît le dosage thérapeutique exact. Avec les produits à base de plantes, c’est plus complexe, car il y a beaucoup plus de variables, comme le dosage thérapeutique, qui varie d’une saison à l’autre de la plante, le moment de la récolte, le séchage, etc. On doit donc faire confiance à notre producteur ou notre fabricant. »

Les produits de Novalife et de Reeliv5 sont offerts en vente libre et ont tous été approuvés par le département des produits de santé naturels de Santé Canada.

Selon Daniel Labelle, de Novalife, il est primordial de faire une différence entre des produits annoncés comme naturels et des produits à base de plantes à 100 %. « Sur le marché, on retrouve notamment des produits naturels pour la douleur ou le sommeil, qui contiennent respectivement du collagène et de la mélatonine. Il est vrai que le cerveau sécrète naturellement une hormone qui s’appelle la mélatonine. Mais les entreprises ont extrait les molécules et ont créé de la mélatonine synthétique. Même chose pour le collagène. Ce n’est jamais aussi puissant que ce qui est vraiment naturel. Se soigner par les plantes, c’est la plus vieille médecine du monde. Avec les produits à base de plantes, on vient travailler avec les ingrédients de la nature tels quels, non modifiés » nuance-t-il.

La Dre Élissa Francoeur, médecin de famille à Trois-Pistoles, ne s’oppose pas aux produits à base de plantes, sans toutefois les recommander pour autant. « Je n’émets pas de réserves contre des produits faits à 100 % de plantes. Par contre, pour que je recommande un produit de santé naturelle, son efficacité doit avoir été prouvée et son profil d’effets indésirables et d’interactions médicamenteuses doit être connu hors de tout doute, et cela, par des études sérieuses. Malheureusement, c’est peu souvent le cas, ce qui fait que je ne les prescris généralement pas. »

Elle ajoute avoir confiance dans le processus mené par Santé Canada pour l’approbation de ce type de produits.

« Si le produit est approuvé par Santé Canada, je m’attends à ce que des études aient été menées sur la tolérabilité du produit, ainsi que sa non-dangerosité. Mais de là à dire qu’il est efficace… Il y a trop peu d’évidences basées sur la médecine. »

— La Dre Élissa Francoeur

L’herboriste-thérapeute Natacha Imbeault croit pour sa part que l’idéal reste d’essayer des formules de plantes pour voir si c’est efficace avec la biochimie de son corps, mais avec certaines restrictions. « Les plantes médicinales sont une médecine traditionnelle millénaire. Mais leur usage fait en même temps que la médication est quelque chose de plutôt récent dans notre histoire. Donc, c’est important que les gens qui prennent une médication ou qui sont sous supervision médicale vérifient les interactions qu’il peut y avoir avec les produits naturels. Nous, on croit beaucoup à la médecine complémentaire, et non pas à la médecine alternative. »

que garantit l’ approbation de santé canada ?

Les produits naturels pullulent sur les tablettes des magasins et des pharmacies. Certains sont approuvés par Santé Canada, d’autres pas. Mais que veut dire exactement cette approbation ? Garantit-elle vraiment l’efficacité des produits ? Le tour du sujet en cinq questions.

Sur quoi se basent les herboristes pour attribuer des vertus aux plantes médicinales ? 

Pour affirmer qu’une plante possède une vertu certaine, les herboristes s’appuient à la fois sur les connaissances transmises par la tradition qui ont fait leurs preuves et sur la recherche scientifique. « On arrime les deux pour atteindre notre objectif qui est d’élargir nos connaissances et de comprendre encore mieux les mécanismes de fonctionnement des plantes et de pouvoir aller plus loin. C’est en travaillant ces deux volets-là ensemble qu’on va chercher le meilleur de chacun », explique Natacha Imbeault, herboriste-thérapeute.

Est-ce que Santé Canada considère autant la tradition que les recherches scientifiques dans le processus d’approbation des produits ? 

Oui. Les entreprises artisanales dont les produits sont faits avec des méthodes plus traditionnelles de transformation peuvent s’appuyer sur les connaissances empiriques qui viennent de la tradition. Pour cela, elles doivent cumuler et soumettre plusieurs écrits qui ont plus de 50 ans, qui concordent et qui en viennent aux mêmes conclusions. D’autres entreprises peuvent simplement suivre le processus d’approbation des nouveaux produits. Par ailleurs, Santé Canada a approuvé une certaine littérature, en plus d’avoir mis au monde une monographie sur lesquelles les entreprises peuvent s’appuyer pour fabriquer leur produit et tenter par la suite de le faire approuver.

Est-ce vraiment difficile pour une entreprise de faire approuver son produit par Santé Canada ? 

Afin de recevoir une licence, les entreprises de produits naturels (incluant ceux à base de plantes) doivent fournir les ingrédients de leurs produits, leur source, la dose, l’activité, l’usage recommandé et les prétentions quant à leur utilité. Santé Canada évalue ensuite le produit et convient de son innocuité, de son efficacité et de sa haute qualité puis, le cas échéant, délivre une licence de mise en marché. Le processus peut prendre entre un et six mois en fonction de la rareté des ingrédients utilisés. Dans les cinq dernières années, Santé Canada a reçu 8974 demandes et en a approuvé 8551, tandis que 423 ont été refusées. En 2015, l’équipe de Marketplace, de CBC, a réussi à faire approuver par Santé Canada un faux produit naturel, censé soulager la fièvre, la douleur et l’inflammation chez les enfants.

Comment s’assurer qu’un produit a été approuvé par Santé Canada ? 

Une fois que Santé Canada a approuvé un produit, il délivre une licence de mise en marché. Cette licence comporte un numéro de produit naturel (NPN) ou de remède homéopathique (DIN-HM) de huit chiffres. Conformément au Règlement sur les produits de santé naturels, ce numéro doit figurer sur l’étiquette d’emballage du produit avant d’être vendu au Canada.

Est-ce qu’un produit naturel qui a été approuvé par Santé Canada est nécessairement efficace ? 

Selon l’herboriste-thérapeute Caroline Gagnon, la réponse est non, mais au même titre que bien d’autres remèdes, naturels ou non. « Quand on a une toux, on prend un sirop, et cela ne règle pas pour autant notre toux. Pourtant, il se retrouve en tablettes. Même chose pour les gens qui font de l’eczéma et qui mettent une crème de cortisone, ils font quand même de l’eczéma. Il y a donc la limite thérapeutique des remèdes qui est à considérer, autant pour un médicament que pour un produit naturel. On s’attend souvent à une efficacité presque miraculeuse des plantes, quand on ne s’attend même pas à ça de certains médicaments ! » Elle ajoute toutefois que le processus de Santé Canada offre une traçabilité du produit, donc nous permet de savoir ce qu’il contient réellement et de s’assurer qu’il est d’une certaine qualité, ce qui n’est pas négligeable.

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