Gourmand

DONNEZ MAINTENANT, SAVOUREZ PLUS TARD

Les fleurs se fanent, la boîte de chocolats se vide, mais la bouteille de vin, elle, peut traverser les âges. Comme l’amour ! Parce qu’on veut croire au couple qui dure, voici des vins à mettre en cave et à ouvrir avec l’être aimé dans 5, 10 ou 20 ans. Pour l’occasion, on a demandé à des Québécois qui vinifient à l’étranger ce qu’ils possèdent dans leur cave. Sans surprise, leur réserve contient du vin français.

Grandiose pinot

La plupart des vins de garde ont un point en commun : ils possèdent des tannins massifs. Vinificateur sur plusieurs continents, Thomas Bachelder rappelle que le pinot noir fait exception à cette règle. Ce cépage donne des rouges souples, fruités, aux tannins plus discrets, mais dont les grands vins, particulièrement ceux de Bourgogne, vieillissent avec brio.

À trois heures en voiture au nord-ouest de Beaune, la région de Sancerre possède un sol similaire à celui de la Bourgogne. Cette appellation de la Loire est réputée pour son sauvignon, mais certains producteurs y vinifient également du pinot noir. C’est le cas de Jean-Max Roger. Le vigneron, qui a d’ailleurs étudié la viticulture à Beaune avant de revenir au domaine familial à Sancerre, magnifie le pinot noir. La vendange 2015 a été généreuse dans la Loire et ça se sent dans ce vin. Ne soyez pas surpris, sa robe est très pâle. Son bouquet, d’une grande complexité, s’ouvre sur des notes de cerise et d’un mélange d’épices qui rappelle le ras-el-hanout. En bouche, l’attaque franche fait place à d’étonnants tannins. Les arômes de noyaux de cerises et une pointe de sous-bois prolongent le plaisir. À revoir en 2025 et en 2030.

Sancerre Rouge « La Grande Dîmière » Jean-Max Roger 2015, 28,95 $ (13567647)

Étonnant gamay

Devant l’immense popularité et le coût en hausse des vins de Bourgogne, acheter des raisins en Côte-d’Or est devenu impossible pour certains vignerons. C’est pourquoi plusieurs investissent au sud, dans le Beaujolais. Cette région ne possède ni le même terroir ni la même variété de raisin rouge et pourtant, ses meilleurs vins à base de gamay développent avec l’âge des arômes similaires à ceux du pinot. On dit parfois qu’ils « pinotent ».

Thomas Bachelder est tombé sous le charme de la cuvée Morgon le Py (12693828) de la cave des Vignerons de Bel Air. Elle réunit les vieilles vignes d’une parcelle de six hectares cultivés dans le cru de Morgon. Pour 19,95 $, ça vaut le coup d’en mettre de côté pour 5 à 10 ans. Autre idée, le vigneron Jean-Claude Chanudet met souvent de côté sa cuvée La Madone. Sa trame poivrée et florale amènera vos papilles au septième ciel dans quelques années.

Domaine J. Chamonard Fleurie La Madone 2018, 38,25 $ (13108096)

Avec des bulles

Le vin mousseux n’a pas de tannin pour le protéger de l’oxydation. Il possède néanmoins un autre atout : du gaz carbonique. « Le gaz carbonique crée une couche protectrice naturelle entre le vin et l’oxygène présent dans la bouteille en raison de la différence de masse de ces deux gaz », explique le Québécois Jean-Benoît Deslauriers, qui vinifie en Nouvelle-Écosse. Selon lui, les mousseux issus de la méthode traditionnelle, comme le champagne, peuvent vieillir longtemps. Pour changer des grandes maisons, il suggère de découvrir les vins d’Alexandre Chartogne. Vigneron dans le nord de la Champagne, il est l’un des rares dans cette région à pratiquer l’agriculture biologique. Sa cuvée Sainte Anne réunit le chardonnay et le pinot noir. Son attaque saline met la table aux notes de fruits jaunes et de fleurs blanches qui perdurent longtemps en bouche. Comme cette cuvée n’est pas millésimée, on en profite pour écrire la date d’achat sur l’étiquette.

Champagne Chartogne-Taillet Cuvée Sainte Anne, 55,50 $ (12748673)

Ode au chablis

Installée au cœur de la Toscane, la Québécoise Paula Cook travaille autour du vin rouge et du sangiovese. Alors, quand vient le temps de changer d’univers, elle se tourne vers le chablis. Autour de la ville de Chablis, dans le nord de la Bourgogne, le sol est rempli de petits coquillages déposés par la mer il y a des millions d’années. On y produit un chardonnay inimitable. Le vin de la marque Les Champs Royaux de William Fèvre offre un bon rapport qualité-prix. Moins minéral qu’un premier cru, ce blanc possède une bonne dose d’acidité et beaucoup de fruits ; des atouts parfaits pour tenir en cave plusieurs années. Si vous voulez vous gâter, le Grand Cru Bougros de William Fèvre (14148727) vient tout juste d’arriver. Moins boisé que plusieurs grands crus, sa texture, ses parfums d’agrumes et ses notes iodées vont briller longtemps.

William Fèvre Chablis Les Champs Royaux 2017, Code SAQ : 276436, 28,60 $ (276436)

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.