ÉDITORIAL ARIANE KROL

ENTENTE AVEC LES MÉDECINS SPÉCIALISTES La petite récupération

À en croire les partis qui étaient dans l’opposition lorsque l’entente avec les médecins spécialistes a été signée au printemps dernier, il y a une fortune à aller chercher là.

On peut trouver que ce contrat n’est pas à l’avantage des contribuables et que les libéraux auraient dû mieux négocier avant de signer – nous en sommes ! Mais compter là-dessus pour récupérer des sommes considérables, comme tous ont promis de le faire en campagne électorale ? Plus facile à dire qu’à faire, comme le gouvernement Legault a dû le reconnaître cette semaine.

Un milliard par an, récurrent. C’est la somme que François Legault, en campagne électorale, estimait pouvoir récupérer dans l’entente de rémunération des médecins spécialistes.

Le chiffre fait rêver. Mais les rêves, on le sait, passent rarement le test de la réalité. C’est ce qui est arrivé au pécule convoité par la CAQ.

Rappelons que cette somme de près d’un milliard (998 530 500 $ pour être précis) se basait sur des données montrant que le médecin spécialiste québécois moyen gagnait davantage que son confrère ontarien, alors que le coût de la vie est moins élevé au Québec. La CAQ avait fait ses calculs avec les chiffres de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) alors disponibles, ceux de 2015-2016. Cette année-là, les spécialistes québécois ont touché en moyenne presque 10 % de plus que leurs homologues ontariens, un paiement brut moyen de plus de 36 000 $.

Sauf que depuis, le fossé Québec-Ontario s’est beaucoup rétréci. L’avantage des spécialistes québécois est descendu en bas de 24 000 $, soit à peine plus de 6 %, montrent les données 2016-2017 publiées cette semaine par l’ICIS.

La somme présumément versée en trop aux médecins québécois serait donc beaucoup moins juteuse que prévu. De combien ?

Le gouvernement Legault ne veut plus avancer de chiffre. Ce serait prématuré, a indiqué le président du Conseil du trésor, Christian Dubé. Le test de la réalité, disions-nous.

Le rapport de l’ICIS est d’autant plus embêtant qu’il porte sur la même année que l’étude commandée au même organisme pour servir de base à la renégociation. Cette recherche faite sur mesure sera évidemment plus précise et englobera beaucoup d’autres données, mais il semble maintenant peu probable qu’on y retrouve le milliard convoité.

On vous parle de dollars, parce que c’est le développement le plus récent. Mais il ne faudrait pas oublier le plus gros os de l’entente avec le syndicat des spécialistes : l’étude commandée à l’ICIS peut seulement servir à corriger un écart à la hausse (donc en faveur des médecins) et non à la baisse (en faveur du Trésor public et des contribuables).

C’est un obstacle majeur à quelque tentative de récupération que ce soit et il était connu de tous depuis le printemps. Ça n’a pas empêché la CAQ, le PQ et QS de promettre, en campagne électorale, d’aller chercher de l’argent dans cette entente. 

Que des partis considérés comme sérieux, qui ont des députés à l’Assemblée nationale, fassent encore miroiter de telles promesses sans tenir compte de leur faisabilité, en comptant sur la crédulité des électeurs, est vraiment lamentable.

La CAQ, au moins, a eu la décence de ne pas inclure son hypothétique milliard récurrent dans son cadre financier. Et de ne pas promettre de financer des services précis avec cet argent – ceux qui les espèrent auraient risqué d’attendre longtemps !

Christian Dubé préfère maintenant attendre les résultats de l’étude préliminaire de l’ICIS, prévue sous peu, et peut-être même ceux de la version finale, attendue au plus tard le 1er septembre, pour se prononcer.

Ce sera à suivre. Officiellement, les parties se sont engagées à garder ces rapports confidentiels jusqu’à la fin « du processus de négociation, de médiation ou d’arbitrage », mais il serait étonnant que personne n’y fasse allusion. La FMSQ a beau avoir une clause qui la protège contre l’obligation de renégocier à la baisse, cette position deviendra difficile à défendre si les chiffres montrent que ses membres ont non seulement rattrapé, mais encore dépassé la moyenne canadienne ou ontarienne, depuis plusieurs années. Si les données vont dans ce sens, ça va finir par se savoir.

La présidente de la FMSQ affiche d’ailleurs une attitude plus ouverte que défensive. « Ce qui est prévu, c’est qu’on va s’asseoir et qu’on va regarder des résultats, alors c’est ce que nous ferons », nous a indiqué Diane Francoeur.

Discussions il y aura assurément, négociation aussi sans doute, mais pour ce qui est de la récupération, c’est loin d’être certain.

Si nous avions quelques dollars à gager là-dessus, nous parierions davantage sur une réorganisation du travail permettant d’offrir plus de services à la population au même coût – un gain pas mal plus facile à aller chercher qu’une grosse somme dans la poche des médecins.

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