Opinion Jean-Pierre Aubry

Nos gouvernements en font-ils trop ou pas assez ?

En temps d’élections, certains politiciens disent haut et fort que les gouvernements dépensent trop, qu’ils sont inefficaces et qu’on serait mieux avec un gouvernement plus petit et des baisses de taxes et d’impôts. 

D’autres politiciens disent le contraire, à savoir que les gouvernements doivent en faire plus, principalement pour les moins riches, que le laisser-faire entraîne une concentration de la richesse dans un petit groupe de privilégiés et que les gouvernements doivent à la fois taxer les plus riches et offrir davantage de services gratuits à l’ensemble de la population. 

Plus on approche de la date des élections, plus le débat public devient un affrontement entre les tenants de ces deux positions « extrêmes », un peu comme une lutte entre deux « religions » ou deux doctrines.

Dans les lignes qui suivent, je n’essaierai pas de dire laquelle de ces deux « doctrines » est la meilleure. Je vais plutôt tenter de suggérer que les débats politiques s’orientent vers une approche différente. 

Ne devrions-nous pas chercher à évoluer vers un environnement où il y a un maximum de complémentarité entre les activités du secteur privé et celles du secteur gouvernemental, plutôt que chercher à substituer les activités de l’un à celles de l’autre ?

Environnement

Prenons le cas de la protection de l’environnement qui doit être planifiée sur un long horizon couvrant plusieurs générations. Le travail qui consiste à planifier ce qui doit être fait dans ce domaine, à définir les règles que la population et les entreprises doivent suivre et à s’assurer du suivi de celles-ci revient aux gouvernements. 

Cependant, le secteur privé (travailleurs autonomes et entreprises) peut participer à ce travail en accomplissant de très nombreuses tâches, sous la supervision générale des gouvernements. Le degré de la répartition des tâches entre ces deux secteurs est une question d’efficience et d’efficacité. 

La gestion de plusieurs domaines d’activité doit être abordée de cette façon. Pensons, entre autres choses, à la défense nationale, au système de justice, à l’aide sociale et à la redistribution des revenus, aux règles entourant le déplacement de populations (immigration et émigration), aux échanges internationaux, aux règles du commerce et du secteur financier…

Si les grands services publics dont la santé, l’éducation et les transports doivent être planifiés, intégrés et gérés par les gouvernements au niveau de ses grandes composantes, la gestion et la production de divers services dans ces domaines peuvent être partagées entre diverses entités du secteur public (gestion interne) ou du secteur privé. 

Grands principes

Le débat politique doit donc se faire sur la façon de répartir la production de ces services entre ces deux secteurs. Il me semble important que cette répartition soit faite en tenant compte de certains principes. En voici quelques-uns : 

> Les gouvernements doivent avoir à l’interne l’expertise pour faire la gestion générale, pour allouer la production de services à des entités externes et pour s’assurer qu’elles font un bon travail.

> Si des gouvernements décident de produire eux-mêmes des services spécifiques, ils doivent avoir les ressources pour faire un travail de qualité.

> Il faut éviter de confier à un monopole privé (ou à un oligopole) la production de services essentiels de façon à ne pas favoriser l’émergence d’une rente (profits excessifs) pour cette entreprise ou d’une trop grande dépendance envers celle-ci.

> Les gouvernements qui ont le monopole de la production de divers services doivent rendre des comptes sur l’efficacité et l’efficience de leur gestion. Cette reddition doit être validée par des entités de contrôle indépendantes de façon à éviter tout conflit d’intérêts. Finalement, il faut éviter que les groupes d’employés ou de fournisseurs profitent d’une position monopolistique pour tirer une rente d’une telle situation.

En somme, il est tout à fait normal qu’il y ait durant une campagne électorale des débats sur les services que les gouvernements devraient produire ou ne pas produire ainsi que sur la taille des gouvernements. Ce débat est même souhaitable. 

Il est également souhaitable de débattre de l’efficacité des services gouvernementaux présentement offerts et de la façon d’améliorer celle-ci. 

Cependant, tous ces débats doivent se faire en se référant à des services précis et en évitant de se cantonner dans des positions doctrinaires. 

La présentation par chaque parti politique d’un cadre financier sur une période d’au moins cinq ans, qui inclut l’ensemble de ses promesses électorales et les effets du mode de gestion qu’il utilisera, est fort souhaitable. Finalement, les électeurs doivent tenir compte du fait que certains intervenants dans ces débats sont sujets à des conflits d’intérêts entre la maximisation de leur bien-être par opposition à celui de l’ensemble de la population.

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