100 génies

La valorisation du savoir

Fábio de Carvalho avait 5 ans lors de la diffusion du dernier épisode de Génies en herbe, une compétition pédagogique entre écoles secondaires qui a été diffusée pendant 25 ans à Radio-Canada, de 1972 à 1997.

Ça ne l’a pas empêché de s’inscrire à l’activité Génies en herbe de son collège et de concourir contre d’autres écoles secondaires, bien que ces joutes intellectuelles – chapeautées par le Mouvement provincial Génies en herbe/Pantologie – ne soient pas télédiffusées.

« À l’époque, il n’y avait pas d’émission comme Génies en herbe à la télévision, se souvient Fábio, qui est toujours actif au sein du Mouvement Génies en herbe. Ça n’aidait pas à ce que les gens s’intéressent à l’activité ou se disent : "Ah, c’est cool de faire ça." » Et c’était cool, participer à Génies en herbe à votre école ? « Absolument pas ! », dit l’enseignant de 27 ans en riant.

Plus de 20 ans après le retrait des ondes de Génies en herbe, Radio-Canada renouera cette semaine avec la tradition des génies lors la diffusion de la première de 100 génies, jeu-questionnaire destiné aux 14-17 ans.

« Ça nous fait plaisir. On le voit un peu comme un retour de Génies en herbe à la télévision », confie Fábio de Carvalho, qui a été consultant pour l’émission. Des herbogénistes (ainsi appelle-t-on les joueurs de Génies en herbe) font d’ailleurs partie des 100 génies.

Un « grand spectacle »

Joint plus tôt cette semaine, Pierre-Yves Lord, à la barre de 100 génies, a répondu promptement à notre demande d’entrevue, visiblement enthousiasmé par le projet. Les 13 émissions ont été tournées cet été, pendant trois week-ends.

« On est dans le même arbre généalogique que Génies en herbe… mais on est complètement ailleurs en même temps », résume l’animateur. Alors que le format de Génies en herbe était très statique, 100 génies fait un « grand spectacle » avec le savoir, la connaissance et l’intelligence, dit-il.

Les émissions sont divisées par thèmes. Les six joueurs qui réussissent à se qualifier sont séparés en deux équipes et s’affrontent, tandis que le reste des 100 génies forme l’auditoire. Le jeu dépasse celui des simples connaissances générales : écran géant, performances musicales durant lesquelles la mémoire des jeunes est mise à l’épreuve, résolution d’énigmes dans une salle d’évasion…

Pierre-Yves Lord espère que l’émission inspirera des jeunes en cette époque où le contenu esthétique et la mise en scène sont très valorisés sur les médias sociaux.

« Plus jeune, quand je voyais les ados à Génies en herbe, je m’imaginais assis à leur côté, j’en rêvais [il a lui-même participé à l’activité en première secondaire]. C’est ce que j’ai envie de planter comme graine dans la tête des jeunes qui nous écoutent, explique-t-il. Qu’on ne ridiculise pas le savoir. Au contraire, qu’on le mette de l’avant. »

Fábio de Carvalho est d’accord. « En plus, dit-il, le savoir est tellement le meilleur moyen de se protéger contre la fausse information qui circule sur les médias sociaux… »

Une expérience marquante

Génies en herbe a vu passer des milliers de jeunes, dont des visages connus. Radio-Canada évoque la participation des futurs politiciens Mario Dumont et Line Beauchamp, animateur Gregory Charles, comédien Denis Savard, chroniqueur Hugo Dumas…

L’ex-politicien Stéphane Gendron, aujourd’hui documentariste et agriculteur, parle avec bonheur de son époque Génies en herbe. Il a représenté le collège Jean de la Mennais, à La Prairie, au milieu des années 80.

« J’allais à l’école privée et on me traitait d’habitant parce que je venais de la campagne. Alors Radio-Canada, c’était le paradis ! C’était LA sortie du siècle ! »

En préparation du tournoi, il allait tous les soirs à la bibliothèque avec ses amis et étudiait des listes de questions. Un exercice formateur, dit-il.

« Ça m’a développé une mémoire photographique. Quand je suis arrivé à l’université, je regardais une page et je la retenais. »

— Stéphane Gendron

Il n’aurait peut-être pas eu la carrière qu’il a menée sans ce « bodybuilding du cerveau », opine-t-il. « Ç’a été salutaire, ça, c’est clair. »

Député néo-démocrate dans le Bas-Saint-Laurent, Guy Caron a défendu les couleurs de l’école Paul-Hubert, à Rimouski, lui aussi au milieu des années 80. En 1984, son équipe s’est inclinée en demi-finale contre la polyvalente Mathieu-Martin de Dieppe, au Nouveau-Brunswick.

Il se souvient avec précision de cette défaite crève-cœur, qu’il raconte avec humour : « C’était une question d’identification de pays en Europe. On n’avait pas le droit de répondre avant que la carte n’apparaisse, mais Dieppe l’a fait. Aussitôt qu’ils ont cliqué, l’image est apparue. Ils ont ainsi eu droit à quatre questions supplémentaires… »

« Dans mon esprit, ils n’auraient pas dû gagner », dit-il en riant.

Selon Guy Caron, Génies en herbe valorisait une compétition positive, le dépassement de soi, la découverte de l’autre et une plus grande connaissance de soi. « Une belle expérience de vie », résume-t-il.

Pierre-Yves Lord pense que les participants de 100 génies ont beaucoup retiré de leur expérience, à en juger par l’émotion qui régnait sur le plateau à la fin des tournages. « Je pense qu’ils se sont soudés et qu’ils ont vécu l’expérience à fond la caisse. »

100 génies sera diffusé les jeudis à 20 h sur ICI Radio-Canada Télé à partir du 12 septembre.

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