Un fossé générationnel au PQ ?

La crise qui secoue le Parti québécois (PQ) a-t-elle des racines générationnelles ? En quittant le caucus péquiste, lundi, Catherine Fournier a dit que « l’incapacité [de son parti] à rejoindre la génération montante est éloquente ». La semaine dernière, une vice-présidente du Comité national des jeunes quittait aussi son poste pour les mêmes raisons. Réflexions.

Jusqu’à récemment, Melissa Nilsson, 26 ans, était vice-présidente au contenu au Comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ). Trois jours avant le départ de Catherine Fournier du caucus péquiste, elle a aussi mis fin à son engagement. Le PQ, elle n’y croit plus.

« Je me souviens que Paul St-Pierre Plamondon [ancien candidat péquiste mandaté à titre de conseiller spécial au renouvellement du PQ] a dit en 2017 que le parti était figé, conservateur, vieillissant, aux allures d’un club social. Je pense que dans une certaine mesure, c’est vrai. Ça limite l’innovation et c’est ce que les jeunes recherchent », dit-elle en entrevue avec La Presse.

Selon elle, il existe dans le parti de René Lévesque un fossé générationnel qui mine désormais son action. Premier constat : les militants plus âgés ont un attachement plus partisan au parti.

« En ce sens, ils sont aussi plus ancrés dans la partisanerie que les jeunes. Ce n’est pas ce qui est le plus rassembleur afin d’attirer des orphelins politiques qui ont des opinions plus nuancées et une vision d’ensemble », analyse-t-elle.

Choc des visions

En quittant le PQ, Catherine Fournier a fait un long plaidoyer à l’égard de sa génération. « Nous cherchons une nouvelle façon de faire les choses. Une vision d’avant-garde ancrée dans les enjeux qui jalonneront la société québécoise de demain, comme la lutte contre la crise climatique et la construction d’un meilleur vivre-ensemble », a-t-elle dit.

Son discours a fait bondir de nombreux souverainistes. Certains y ont vu un manque de solidarité envers le parti qui est, selon eux, le mieux outillé pour faire l’indépendance. D’autres ont souligné que les jeunes définissaient désormais leur identité québécoise différemment des autres générations.

« Les jeunes se croient politiquement libres et pensent qu’affirmer une identité religieuse, c’est bien, mais affirmer une identité nationale, c’est mal. Ils ont été superbement bien endoctrinés », a notamment écrit l’ancien ministre péquiste Joseph Facal dans les pages du Journal de Montréal.

L’historien Éric Bédard, qui était impliqué lors du référendum de 1995 dans la coalition Jeunes souverainistes, n’est pas surpris de l’écart qui se creuse. Il y a toujours eu, dit-il, deux clans d’indépendantistes : ceux qui veulent faire l’indépendance pour des raisons d’émancipation sociale (comme l’énonçait d’ailleurs Catherine Fournier) et les autres, pour qui le Québec doit d’abord protéger son destin national, sa culture et son identité.

« L’idée que l’indépendance soit associée à une émancipation plus globale, avec davantage de justice sociale, par exemple, a de l’attrait en général chez les plus jeunes. […] Mais l’important, c’est d’être ensemble. »

— Éric Bédard, historien

Un parti divisé

Mais cette coalition souverainiste de la gauche et de la droite bat de l’aile. Et ça ne date pas d’hier.

Stéfanie Tougas, 28 ans, est une ancienne du CNJPQ. Elle a aussi travaillé comme conseillère politique à l’époque du gouvernement Marois. Quand elle a appuyé Alexandre Cloutier dans la course à la direction du parti, elle a souvent été « sur la défensive ». Certains militants reprochaient alors à son clan de travailler contre les orientations identitaires du PQ.

« Notre démarche ne s’inscrivait pas dans le sens de la Charte des valeurs [de Bernard Drainville]. On nous traitait comme des nationalistes bas de gamme », se souvient celle qui fait aujourd’hui sa maîtrise en droit international.

Jérémi Lepage, 21 ans, témoigne aussi des divisions qui plombent le PQ. Étudiant en économie et en politique à l’Université de Sherbrooke, il juge qu’il est difficile pour son parti de « faire la promotion d’une cause tout en défendant [ses positions passées] sur la laïcité, l’immigration, la santé et l’éducation ».

« Demande aux péquistes s’ils sont pour l’indépendance, ils vont unanimement te dire oui. Mais demande-leur ensuite leur vision du nationalisme, l’échéancier à respecter avant de tenir un référendum, ou leur vision de la laïcité, et tu auras plein de visions différentes. »

— Jérémi Lepage, militant du Parti québécois

« Quand je mets mon épinglette du Parti québécois, on me regarde croche. C’est triste, mais c’est rendu la réalité », ajoute le jeune étudiant.

Ouvert aux autres

Étienne Parent, 21 ans, a longtemps milité pour Catherine Fournier. Il constate de son côté que les jeunes souverainistes et les militants des autres générations célèbrent le pays différemment.

« Parfois, on allait dans des soupers spaghettis et je les voyais déguisés en patriotes, avec des ceintures fléchées, comme s’ils vivaient dans le passé. On sentait parfois une logique de renfermement sur soi, alors que pour nous, l’indépendance, c’est axé sur la mondialisation. On veut s’ouvrir aux autres », se rappelle-t-il.

« Il faut donc revenir à la base avec le projet de pays », juge alors Jérémi Lepage. Mais comment ?

« Il faut commencer par travailler au PQ plutôt que de créer de nouvelles affaires », croit Frédérique St-Jean, présidente du CNJPQ.

La jeune militante, qui est aussi avocate, sera donc présente au conseil national du parti, le week-end prochain à Trois-Rivières.

« Si on voit qu’il y a de la résistance, on prendra les décisions nécessaires. Mais nous croyons que le parti souhaite [se réformer] », conclut-elle.

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