Opinion  Brise-glaces pour le Canada

Pas de temps à perdre

Tout juste rentré de l’Arctique à bord du NCSM Ville de Québec, j’ai pu constater de mes propres yeux la fonte des glaciers et l’évolution de la couverture des glaces. L’augmentation du trafic commercial et la course à la souveraineté dans l’Arctique convergeant avec une flotte de la Garde côtière fortement vieillissante signifient qu’il n’y a pas une minute à perdre pour remplacer la flotte canadienne des brise-glaces.

Ce problème est urgent tant sur le plan de la sécurité nationale et de l’économie que de la protection de l’environnement. Nous ne pouvons plus compter sur une flotte de brise-glaces datant des années 60 et 70 et comme la construction de navires prend du temps, il n’y a pas de temps à perdre.

Heureusement, cet été, le premier ministre Justin Trudeau a lancé un appel d’offres pour la sélection d’un troisième chantier naval national et la date limite pour le dépôt des soumissions est passée.

L’ajout de la capacité d’un troisième chantier naval à la Stratégie nationale de construction navale est une décision prudente, responsable et logique. Après huit ans et la livraison d’un seul navire, il est devenu évident que le programme avait grandement besoin d’une capacité supplémentaire. Et si nous avons appris une chose des huit dernières années, c’est que bâtir un chantier naval pour y construire des navires n’est une solution ni pratique, ni rapide, ni rentable.

Au cours des sept dernières années, nous avons assisté à une renaissance de la construction navale au Canada.

Grâce aux traversiers alimentés au GNL et à l’électricité, aux navires de construction sous-marine complexes, aux navires hauturiers de sciences halieutiques et à un navire de soutien naval, les constructeurs de navires canadiens ont remis notre industrie sur la carte et, dans plusieurs cas, ont récolté les éloges à l’international. Nous devons maintenant tirer profit de l’expérience, des compétences et de la capacité acquises afin d’offrir une nouvelle flotte de brise-glaces à la Garde côtière canadienne.

C’est particulièrement le cas pour les deux classes de navires qui seront construits par le troisième chantier du Canada. Six brise-glaces lourds de 8000 tonnes et un ou deux brise-glaces polaires de 23 000 tonnes. Ces navires très grands et complexes ne peuvent pas être construits par des chantiers inexpérimentés parce qu’ils seront soumis aux conditions les plus rudes de l’Arctique et de la région subarctique, pour préserver nos routes commerciales, protéger l’environnement et veiller à la sécurité et à la souveraineté du pays.

Nous devons aux hommes et aux femmes de la Garde côtière de notre pays de construire ces navires selon les normes les plus élevées et en temps opportun dès le départ.

Voilà pourquoi Sevices publics et Approvisionnement Canada a exigé que le troisième chantier sélectionné dans le cadre de la Stratégie respecte les mêmes exigences que celles qui avaient été établies lors du premier concours de la Stratégie nationale de construction navale en 2011. Notamment, pour être admissibles, les chantiers doivent avoir construit au moins un petit navire de seulement 1000 tonnes. Si un constructeur naval ne peut répondre à cette exigence de base, il n’est pas question qu’il soit prêt à construire les navires imposants dont la Garde côtière canadienne a si urgemment besoin.

La solution consiste en un chantier qui a l’expérience et la capacité de répondre aux besoins de la Garde côtière et de le faire rapidement et efficacement. Nous en avons besoin pour commencer le travail le plus rapidement possible, de sorte que le choix qui s’offre au gouvernement est effectivement très limité.

Le gouvernement est bien conscient que le Canada a besoin d’un troisième chantier naval qui saura trouver une solution rapide et de qualité, et nos membres, qui comprennent des constructeurs, des chantiers navals et des fournisseurs maritimes, sont prêts à construire et à entretenir la future flotte de la Garde côtière canadienne.

Passons à l’action. Les soumissions sont déposées et, bien qu’il ne soit pas surprenant de savoir qui sera vraisemblablement le gagnant, nous devons faire avancer ce processus afin que nos fournisseurs canadiens puissent redoubler d’efforts et relever le défi.

Après quatre ans, il est temps que le gouvernement agisse.

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