Témoignage

La dernière chemise de Ryma et Catherine

Pour les deux conseillères vestimentaires, la fermeture prolongée des magasins était une catastrophe. Il faut travailler avec application, se sont-elles dit. L’application vient d’arriver dans l’Apple Store.

Elles risquaient de perdre jusqu’à leur dernière chemise.

Quand la pandémie a fermé les magasins de vêtements, Hébert + Brixi Stylistes a perdu sa raison d’être.

Fondée il y a trois ans, la petite firme a pour but « d’accompagner les gens dans leur choix de vêtements ».

C’est Ryma Brixi, sa cofondatrice avec Catherine Hébert, qui raconte l’aventure.

« On achète pour les clientes, on s’active pour elles, on monte des garde-robes », décrit-elle au téléphone, d’une voix où l’on sent briller les yeux.

« Avant la COVID, on allait chez les clientes, on faisait des révisions de penderie, on intervenait. Une fois que c’est fait, les clientes viennent en essayage dans nos locaux et elles sont prises en charge de la tête aux pieds. »

Des clientes et des clients : professionnels, médecins, gens d’affaires, femmes enceintes…

Retour à l’école

La femme de 43 ans a commencé sa carrière comme enseignante dans une école primaire dont la vocation artistique avait semé en elle le germe de l’entrepreneuriat.

Lors d’un voyage, elle s’est éprise de bijoux de qualité. Elle en a fait l’importation, jusqu’à ce que la mode du clinquant à bas prix étouffe sa petite entreprise.

« Je suis retournée à l’école. »

Pas l’école primaire. L’école de stylisme. Elle reprenait ainsi contact avec une passion de longue date pour les vêtements. « Je faisais déjà du troc avec mes amis au secondaire », confie-t-elle.

Dans les années suivantes, elle s’est construit peu à peu une clientèle dans sa communauté. En 2017, Catherine Hébert et Ryma Brixi ont uni leurs forces et leurs clientèles pour fonder Hébert + Brixi Stylistes, à Saint-Lambert.

« Catherine est tombée là-dedans petite. On est deux intenses de vêtements. On est à la bonne place. »

— Ryma Brixi, cofondatrice de Hébert + Brixi Stylistes

Elles ont ensuite ouvert un point de service dans les Cours Mont-Royal, au centre-ville. Au début de l’année, l’entreprise était sur sa lancée.

« On avait déjà deux employées, on agrandissait notre équipe. On était en train d’arriver à quelque chose de magnifique ! »

Puis, aux portes du printemps, est survenu ce que vous savez.

« C’est notre gagne-pain qui se fait à ce moment-là, et tout s’est mis sur pause. On avait déjà des garde-robes qui étaient prêtes à être essayées. »

« Le 13 mars, on courait les magasins pour retourner ce qu’on avait acheté, et ça fermait les uns après les autres. »

— Ryma Brixi, cofondatrice de Hébert + Brixi Stylistes

Le centre de service du centre-ville a été déserté… et l’est encore. « C’est vide, il n’y a rien. Notre clientèle d’affaires s’est retrouvée en télétravail. »

Avec trois enfants, « je me retrouvais à faire l’école à la maison, et je remettais mon chapeau d’avant ». Un chapeau qui ne lui faisait plus, jugeait la styliste.

L’accompagnement vestimentaire n’est pas un service essentiel, on en convient. Mais lorsqu’une passion trouve une clientèle, donc un besoin, elle demande à survivre.

« Avec Catherine, on s’est mis à parler : ça ne peut pas finir, il faut qu’on se trouve un plan B », relate Ryma Brixi.

En avril, elles ont lancé sur Facebook le Club HB. « Un club privé, décrit Ryma. Pour dire qu’on est là, sans nécessairement vendre. »

Travailler avec application

Le pas suivant consistait à créer une application pour tablettes électroniques et cellulaires, question « d’avoir un outil pour suivre nos clients pendant la COVID-19, garder le contact, les accompagner là-dedans ».

Les deux femmes voulaient ainsi se préparer au prochain ressac : « S’il y a une autre phase de COVID, je ne veux pas me retrouver dans la même situation », exprime Ryma.

Bien que leurs revenus se soient taris, elles ont confié le mandat à un programmeur. « Je suis tombée sur une perle », constate en connaissance de cause l’ancienne importatrice de bijoux.

Acceptée par Apple Store, l’application a été lancée à la fin d’août. Le service fonctionne par abonnement mensuel.

Le client doit photographier les principaux éléments de sa garde-robe, qui sont détourés automatiquement sur un fond neutre.

« C’est super simple, assure Ryma Brixi. C’est comme quand on est enfant et qu’on habille une poupée, qu’on choisit le haut, qu’on le met avec un pantalon et qu’on choisit les chaussures. Sauf que c’est avec vos propres vêtements et qu’il y a quelqu’un qui vous guide. »

Si les stylistes trouvent en boutique un vêtement intéressant, elles peuvent l’ajouter à la garde-robe virtuelle du client pour en proposer l’achat.

« C’est ma façon à moi de continuer à travailler. Je suis dans mon salon, la cliente est dans son salon, je n’ai pas besoin de me déplacer, j’ai accès à ses vêtements, on fait le tri ensemble. »

— Ryma Brixi, cofondatrice de Hébert + Brixi Stylistes

La veille de l’entretien, le programmeur avait fait une mise à jour de l’application en intégrant les suggestions des clientes.

« Déjà, ça bouge ! C’est exponentiel. On pense déjà à des partenariats. C’est fou ! C’est comme : je suis partie, je suis ailleurs ! C’est… Voilà !, conclut-elle avec un enthousiasme bouillonnant. J’espère que je ne vous saoule pas trop ! »

Pas du tout. En ces temps maussades, qui se plaindrait d’un peu de pétillant ?

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