ARTS VISUELS

Un mécène ontarien encense le MBAM

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) accueille, jusqu’au 29 mars, quelque 80 œuvres d’art de la collection du grand mécène ontarien Bruce C. Bailey, un esthète au parcours personnel singulier et un bienfaiteur du musée montréalais qu’il considère comme étant le plus prestigieux au Canada.

Quand Bruce C. Bailey a étudié à l’Université Queen’s de Toronto, dans les années 70, il a partagé un appartement avec un étudiant québécois. De cette rencontre est né un intérêt pour le Québec qui ne s’est jamais démenti depuis. Après avoir visité l’exposition consacrée à Jake et Dinos Chapman au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) en 2001, il est un inconditionnel du musée montréalais. 

Depuis, il est devenu membre d’un comité d’acquisition du MBAM, a donné maintes œuvres à son musée préféré et facilité l’organisation de plusieurs expositions. Il a même créé un précédent au Canada en 2018 quand il a organisé une grande fête champêtre dans sa ferme ontarienne dans le but de récolter des fonds pour le MBAM. Une initiative qui a fait grincer des dents en Ontario et a permis de récolter 433 000 $ pour le musée.

Pourquoi tant d’amour ? Parce qu’il estime que le MBAM mérite d’être appuyé. « J’ai été au conseil d’administration du Whitney Museum de New York pendant quatre ans, j’ai été conseiller pour le Tate de Londres et pour le Louvre, mais je peux vous dire, sans sourciller, que le Musée des beaux-arts de Montréal est de loin le premier musée canadien et certainement dans les dix premiers au monde, dit-il en entrevue. La directrice Nathalie Bondil et la commissaire Mary-Dailey Desmarais sont des conservatrices de niveau international, parmi les meilleures au monde. » 

Financier reconnu

Défenseur d’une vision du Canada qui va au-delà des « deux solitudes », Bruce C. Bailey est devenu dans les années 90 un financier reconnu en Amérique. Il a fait fortune après avoir pris des risques qui se sont avérés judicieux. Des choix qu’il attribue à une « intelligence émotionnelle ». « Je pense que je peux être une inspiration pour des gens qu’on a traités de perdants », dit-il.

Dandy et homme de culture, il s’est forgé une identité à la force du poignet. « Quand j’étais au secondaire, on a dit que j’étais un attardé parce que j’avais tout raté », dit-il, ajoutant avoir dû vivre avec une mère alcoolique au sein d’une famille conservatrice et très religieuse. Son oncle était le chef de l’Église presbytérienne du Canada. 

L’art, un refuge

« L’art est devenu un refuge pour moi, car il a représenté un monde parallèle pour m’échapper de la réalité d’une certaine répression religieuse », dit le collectionneur, aujourd’hui dans la soixantaine. 

Marié jeune, par conformisme, il a par la suite vécu ouvertement son homosexualité, mais cela n’a pas été facile. Dans The Last Salonnier, un court métrage réalisé par Paul Johnston et actuellement programmé au Cinéma du musée, Bruce C. Bailey explique comment il a dû lutter pour retrouver le goût de vivre. L’aide de plusieurs personnes l’a tiré d’affaire, ce qui le conduit aujourd’hui à vouloir faire de même en aidant notamment les artistes, pour améliorer leur sort et les aider à se frayer un chemin dans les dédales des marchés et des institutions de l’art. 

Bruce C. Bailey possède plus de 500 œuvres d’art, empreintes à la fois d’humour et de gravité. Celles qui sont exposées au MBAM ont été choisies par Mary-Dailey Desmarais. Un grand nombre émane d’artistes canadiens : Michael Snow, Paterson Ewen, Norval Morrisseau, Kent Monkman, Kim Dorland, Shary Boyle, Tyler Bright Hilton, Rodney Graham ou encore Beau Dick. 

Les œuvres ont été accrochées par thèmes. Un mur est consacré à l’amour, au toucher et au corps humain. Avec des créations sensuelles telle que Nouveau photogramme no 6, de Richard Avedon, une litho d’Elizabeth Peyton montrant Oscar Wilde et son Bosie (le poète Alfred Douglas), une photo de Ryan McGinley de l’artiste new-yorkais Dan Colen avec son ami Éric au lit, la très explicite photo de Richard Avedon montrant le danseur Noureïev flambant nu en 1961, et la première oeuvre que Bruce C. Bailey a achetée, Projection, de Michael Snow, acquise alors qu’il étudiait le droit à Halifax. 

Une section est consacrée à des œuvres, dont des estampes, reliées aux tragédies. Avec des pièces de Goya, Rembrandt, Marlene Dumas, Andrea Mantegna, Jacques Callot, Tamara de Lempicka ou Dürer. Du beau stock que l’on ne peut approcher que rarement… Profitons-en.

Enfin, un espace comprend des œuvres plus paysagées, avec des réalisations de Kim Dorland, Thomas Demand, Miquel Barcelo ou encore Kawrence Paul Yuxweluptun et Paterson Ewen, qu’il adore et qui a fait indirectement son portrait avec Arbre à angle droit. « Il était comme moi un homme brisé, mais il était aussi un survivant qui captait la lumière », dit-il. 

Bruce C. Bailey est heureux d’admirer ce déploiement de ses œuvres qu’il n’a jamais vues dans un tel contexte. Et même parfois jamais vues depuis qu’il les a achetées, comme la grande Lune (1997) de Kiki Smith, de plus de 3 m de hauteur, qu’il n’avait jamais installée dans sa ferme. 

Habitué aux expositions du MBAM, le mécène considère qu’elles témoignent d’une qualité exceptionnelle. Il ajoute, à regret, que le Musée des beaux-arts de l’Ontario n’a pas la même philosophie et importe le plus souvent qu’autrement des expositions de l’étranger. 

« Le MBAM mérite d’être encouragé pour son excellence, mais aussi pour son implication avec la communauté, dit-il. Actuellement, c’est véritablement un âge d’or pour le Musée des beaux-arts de Montréal. » 

Tant le moindre de mes atomes t’appartient intimement, Œuvres choisies de la collection Bailey, jusqu’au 29 mars. 

Info : mbam.qc.ca

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