Élections américaines de mi-mandat

La grande percée féminine n’a pas eu lieu

Même si un nombre sans précédent de femmes briguaient les suffrages pour des postes de gouverneur, au Sénat et à la Chambre des représentants, la grande vague rose n’a pas eu lieu. C’est l’une des tendances qui se dégagent du scrutin d’hier. Tour d’horizon.

Pourquoi la vague féminine ne s’est pas concrétisée ?

Au total, 237 femmes briguaient un poste à la Chambre des représentants, 23 tentaient de se faire élire au Sénat et 16 aspiraient à un poste de gouverneur – dans tous les cas, c’est un engagement politique sans précédent.

Mais il y a loin de la course à la victoire. Au Sénat, la tendance était à une baisse de la représentation féminine, au moment d’écrire ce texte. Des gains paraissaient assurés du côté de la Chambre des représentants, qui comptait 19 % de députées avant le vote, mais où rien n’indiquait cependant une percée majeure dans la représentation féminine, selon Andréanne Bissonnette, de la chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

Celle-ci souligne quelques gains marquants, comme celui de la démocrate Laura Kelly, élue gouverneure du Kansas, un État qui n’avait encore jamais eu de femme gouverneure. Sa lieutenante-gouverneure est également une femme, fait valoir Andréanne Bissonnette, selon qui ce ticket féminin aux plus hauts postes de l’État peut avoir un impact dans un Kansas qui cherche notamment à réduire l’accès à l’avortement.

Si la grande vague féminine ne s’est pas matérialisée, c’est que les trois quarts des candidates se présentaient contre des candidats républicains pratiquement indélogeables.

Le fait qu’autant de femmes se soient lancées dans les différentes courses reste un signe très encourageant, note Andréanne Bissonnette. « On sent une mobilisation féminine, les femmes s’engagent politiquement autour d’une grande variété d’enjeux, et déjà des noms de candidates apparaissent pour 2020. » Phénomène à suivre, donc.

Quelles victoires constituent des premières ?

Deux femmes musulmanes, Rashida Tlaib, élue au Michigan, et Ilhan Omar, élue au Minnesota, toutes deux candidates démocrates, siégeront désormais à la Chambre des représentants. Avant le vote, celle-ci comptait deux hommes musulmans, mais aucune femme de cette confession n’y avait siégé jusqu’à maintenant. Rachida Tlaib est née aux États-Unis de parents palestiniens, tandis qu’Ilhan Omar, qui porte le hijab, est une ancienne réfugiée de Somalie.

Autre coup double : Sharice Davids (Kansas) et Deb Haaland (Nouveau-Mexique) sont devenues hier les premières femmes autochtones à être élues à la Chambre des représentants.

Quelques autres premières ont été marquées hier. Ayanna Pressley est devenue la première Afro-Américaine élue députée dans un État de la Nouvelle-Angleterre. Gina Ortiz Jones est la première Américaine d’origine philippine à accéder à la Chambre des représentants. Et Jared Polis, élu gouverneur du Colorado, est le premier homosexuel déclaré à occuper un tel poste aux États-Unis.

Stacey Abrams a toutefois échoué à établir un précédent, ne réussissant pas à se faire élire comme première femme noire gouverneure. Et Christine Hallquist, qui aurait pu devenir la première gouverneure trans, a mordu la poussière au Vermont.

Les démocrates progressistes ont-ils marqué des gains ?

Certains candidats vedettes de l’aile gauche démocrate ont perdu le vote, hier. C’est le cas d’Andrew Gillum, que les sondages donnaient pourtant gagnant au poste de gouverneur de Floride. Mais la Floride élit rarement des gouverneurs démocrates, et le simple fait qu’il soit passé à un cheveu d’accéder à ce poste est significatif, selon Christophe Cloutier-Roy, de l’Observatoire des États-Unis à l’UQAM.

Ce dernier souligne aussi le résultat étonnant de Beto O’Rourke, candidat démocrate au Sénat qui a donné du fil à retordre à son adversaire Ted Cruz, hier.

Les défaites de Stacey Abrams, candidate au poste de gouverneur en Géorgie, et d’Andrew Gillum en Floride montrent que « des candidats progressistes et noirs peuvent difficilement être élus dans le sud des États-Unis », ajoute Christophe Cloutier-Roy. Mais les résultats de Beto O’Rourke « sont une bonne surprise pour les démocrates », selon le chercheur.

Cela confirme que les plaques tectoniques sont en train de bouger au Texas, État traditionnellement républicain qui est en train de changer de couleur politique, résultat de l’augmentation de sa population latino-américaine, traditionnellement démocrate.

Graham Dodds, spécialiste de la politique américaine à l’Université Concordia, souligne aussi les gains démocrates dans un autre État traditionnellement « rouge » : le Kansas.

En misant sur la peur des migrants, Donald Trump a-t-il contribué à freiner l’éventuelle « vague bleue » aux élections d’hier ?

Donald Trump a misé sur la caravane de migrants pour « fouetter » sa base électorale et inciter les électeurs républicains à aller voter, note Graham Dodds. En ce sens, sa stratégie a fonctionné. Certains de ses messages trop radicaux ont pu lui aliéner des électeurs de la banlieue, souligne Graham Dodds.

Mais globalement, les résultats d’hier montrent que Donald Trump peut compter sur la fidélité du vote républicain, souligne pour sa part Christophe Cloutier-Roy.

Qu’est-ce qui va changer maintenant que les démocrates ont la majorité à la Chambre des représentants ?

Même si on n’a pas assisté au déferlement d’une grande vague bleue, la moitié de la législature est maintenant entre les mains de l’opposition, souligne Graham Dodds. « C’est un blâme adressé au président. »

Cela compliquera la vie de Donald Trump, qui risque de devoir composer avec plus de résistance face à ses politiques. Mais la nouvelle majorité à la Chambre basse permettra aussi aux démocrates de lancer des enquêtes sur Donald Trump, de lui demander de produire ses déclarations de revenus, par exemple, ou de lancer une procédure de destitution, énumère l’analyste.

« Ce n’est pas un tremblement de terre, mais le contrôle de la Chambre des représentants, ça compte. »

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