Analyse démographique de la Ville

Les jeunes de moins en moins intéressés par Montréal ?

Montréal a perdu l’an dernier près de 28 000 citoyens, surtout au profit des banlieues. Un sommet depuis 1992, selon une nouvelle analyse démographique de la Ville parue la semaine dernière. Cet exode record est certes causé par le départ de familles, mais aussi parce qu’il y a de moins en moins de jeunes et d’étudiants qui choisissent de s’installer dans l’île.

« Les jeunes dans la vingtaine qui s’établissent à Montréal viennent beaucoup des régions adjacentes. Mais on remarque que la métropole fait aujourd’hui des gains très faibles chez ces mêmes jeunes dans les régions éloignées. Au Saguenay, dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, en Abitibi, ça a vraiment diminué », note la démographe Martine St-Amour, de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

En 2019, parmi tous les jeunes de 20 à 24 ans qui ont déménagé au Québec, seuls 29 % d’entre eux ont choisi Montréal. Il y a 10 ans, ce chiffre frisait les 34 %. Depuis 2015, cette perte représente trois milliers d’étudiants en moins, pour la région.

Pour Mme St-Amour, cette tendance peut entre autres s’expliquer par le fait que la manière de poursuivre ses études postsecondaires change beaucoup. « L’offre de formation en dehors des grandes villes s’est vraiment accrue dans les dernières années, notamment avec la formation à distance. On peut penser que ça a modifié les habitudes », plaide-t-elle.

« La délocalisation et la multiplication des campus en régions ne sont pas étrangères à tout cela. C’est certain que ça a pu jouer. »

— Martine St-Amour, démographe de l’Institut de la statistique du Québec

Un déficit qui se creuse

Selon les données de la Ville, 32 000 personnes ont choisi de s’installer à Montréal en 2019, ce qui représente le plus faible nombre depuis plus de 30 ans. À l’inverse, la quantité de personnes qui ont quitté l’île demeure stable, autour de 60 000.

« On peut également penser à des changements concernant les conditions de vie, le marché de l’emploi et les technologies de l’information, de même que les préférences et les modes de vie en général », illustre Mme St-Amour.

D’après la ville-centre, ce déficit de 28 000 personnes est en grande partie attribuable à une diminution « significative » du nombre d’immigrants reçus, passés de 35 900 en 2016-2017 à 28 786 en 2018-2019. « Il s’agit d’un rappel supplémentaire de l’importance de l’immigration pour soutenir l’économie et la croissance montréalaises », indique l’attachée de presse au cabinet de la mairesse, Catherine Cadotte.

Mais au final, la population de Montréal ne diminue pas pour autant. L’an dernier, la métropole a accueilli pas moins de 33 600 résidents non permanents – un chiffre qui n’est pas pris en compte par les autorités –, en plus d’enregistrer 7500 naissances de plus que les décès. Résultat : la croissance est encore au rendez-vous. Soulignons toutefois que ces chiffres datent d’avant la pandémie de COVID-19.

Depuis 2018, l’agglomération de Montréal surpasse les 2 millions d’habitants. L’an dernier, on comptait 2 052 910 personnes sur le territoire, une hausse de près de 240 000 en 20 ans.

La crise du logement n’aide pas

La forte pression exercée sur le prix des logements dans les dernières années à Montréal est aussi responsable de la baisse du nombre de familles et de jeunes qui s’y établissent, croit le professeur au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Mario Polèse.

« Depuis cinq ans, la croissance à Montréal est impressionnante. C’est même plus fort qu’à Toronto pour la première fois depuis presque 30 ans. Avec le logement social sous-financé, ce n’est pas étonnant que des étudiants recherchent ailleurs. »

— Mario Polèse, professeur au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique

Un constat que partage le spécialiste en géographie économique Cédric Brunelle. « Le fait que les promoteurs aient moins de contraintes pour développer en dehors de Montréal joue pour beaucoup, observe-t-il. Même au niveau locatif, les prix ne se stabilisent pas à Montréal. La demande est là, mais ça coûte cher d’y vivre, ce qui a certainement un impact sur les chiffres qu’on voit aujourd’hui. »

Le chef de l’opposition officielle, Lionel Perez, affirme pour sa part que les récentes politiques de l’administration Plante sont responsables de ce déficit migratoire. Il réclame que le Règlement pour une métropole mixte, qui oblige les promoteurs à inclure 20 % de logements sociaux et abordables dans tout projet immobilier, soit revu en profondeur.

« Le 20-20-20, comme on l’appelle, va empirer la situation, dit-il. Ça va réduire l’attractivité de la métropole. Il faut vraiment revoir tout ça. Sinon, on fera bande à part avec le reste du Grand Montréal. Et on encouragera plus de monde à aller en banlieue. On doit prévenir cet étalement urbain. »

M. Perez presse l’administration d’agir rapidement, alors que la COVID-19 pourrait empirer la situation d’exode encore davantage, selon lui. « Si la pandémie nous a appris quelque chose, c’est que les gens sont prêts à changer leur mode de vie. Ils voient les attraits et les avantages de quitter la ville, surtout avec le télétravail. On doit prendre ça en compte », plaide le conseiller municipal.

La Ville de Montréal, elle, refuse cette perspective. « Certains ménages sont exclus de l’accès à la propriété en raison de dynamiques de marché, et c’est précisément un enjeu auquel répondra le Règlement pour une métropole mixte, qui permettra plus de logements abordables, familiaux et sociaux au bénéfice de tous », affirme Catherine Cadotte.

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