Musique

Le voir pour le croire

Le nouvel album de Black Tiger Sex Machine a pour titre New Worlds. Le trio montréalais évolue justement dans un monde musical à part. BTSM connaît un succès monstre, tout comme sa maison de disques Kannibalen Records. Or, BTSM est trop peu connu ici, et le parcours de ses membres – trois anciens étudiants de Brébeuf – est impressionnant, à la fois comme musiciens et comme entrepreneurs.

Julien Maranda, Marc-André Chagnon et Patrick Barry nous accueillent dans leurs bureaux flambant neufs de l’édifice situé à l’intersection de l’avenue De Gaspé et de la rue Saint-Viateur, un important repaire d’artistes et de créateurs montréalais.

Ils sont fiers de nous montrer leur studio à l’acoustique avancée. Les membres du trio Black Tiger Sex Machine – qui gèrent la maison de disques Kannibalen – ont bien raison de l’être.

« Le fait d’avoir notre studio a vraiment été pratique pour compléter l’album », souligne Patrick Barry.

À sa sortie, le 2 mars dernier, New Worlds, deuxième chapitre musical de Black Tiger Sex Machine, a pris le premier rang des ventes sur le palmarès dance d’iTunes.

Rares sont les groupes qui ont un réseau aussi puissant que Black Tiger Sex Machine. Plus de 237 000 personnes aiment la page Facebook du trio. C’est énorme : cinq fois plus que 2Frères et trois fois plus que Charlotte Cardin.

Igloofest a par ailleurs appelé BTSM à la rescousse en janvier dernier pour faire mousser une soirée, à moins d’une semaine d’avis.

Électriser les foules

Trois jours avant notre entrevue, BTSM s’était produit à Denver en première partie d’Excision devant 7000 personnes.

Or, BTSM gagne à être plus connu ici, à la fois du public et de ses pairs. « Quand on montre des photos de nos spectacles, les gens n’en reviennent pas, lance Marc-André Chagnon. On a encore des portes à débloquer ici, mais tout va bien et le groupe grandit. »

« Il faudrait peut-être mettre des affiches dans le métro », blague Patrick Barry.

La Presse peut néanmoins annoncer en primeur que BTSM se produira cet été au parc Jean-Drapeau dans le cadre du festival îleSoniq.

Black Tiger Sex Machine a de fervents admirateurs et il donne près de 80 spectacles par année. Ici, mais surtout aux États-Unis et en Europe. Ce soir, le groupe se produit à Detroit, et il poursuivra sa route à Columbus, St. Louis, et ainsi de suite jusqu’à La Nouvelle-Orléans. En mai prochain, le trio retournera dans le désert au renommé festival de musique électronique Electric Daisy Carnival, à Las Vegas.

« On va faire nos premiers spectacles en Asie », ajoute Julien Maranda.

Un monde à reconstruire

En spectacle, Julien Maranda, Marc-André Chagnon et Patrick Barry portent des casques de tigre. Des éclairages et des projections plongent leur public dans une atmosphère post-apocalyptique. Avec la musique EDM intense et furieuse de Black Tiger Sex Machine, la tension est à son comble.

Voici un extrait du spectacle que BTSM a donné au festival Lost Lands, dans l’État de l’Ohio, en septembre dernier.

« Notre album New Worlds porte sur le changement à travers le prisme de la science-fiction. Il y a beaucoup d’incertitude et de bouleversements dans le monde avec les fake news, la politique, la technologie, la cryptomonnaie », explique Patrick Barry.

Sans prendre position politiquement, BTSM y décrit un monde à reconstruire et une quête pour retrouver la « BTSM Church » (clin d’œil au premier album). « C’est une façon d’incorporer nos fans », souligne Julien Maranda.

On croirait entendre Kendrick Lamar dans l’extrait Zombie, mais c’est plutôt la voix du rappeur montréalais Panther.

Les chansons de New Worlds font référence à l’intelligence artificielle, à la rébellion et même aux Réplicants (en sorte d’hommage à Blade Runner). Y ont collaboré Kai Wachi, Apashe, LeKtriQue, YOOKiE et Sullivan King. « On ne veut pas transmettre un message, mais des émotions », précise Patrick Barry.

Kannibalen Records

En marge de Black Tiger Sex Machine, ses trois membres gèrent la maison de disques Kannibalen Records, qui compte dans ses rangs Dabin, Apashe, Karluv Klub, Kai Wachi et Snails. Ils peuvent compter sur quatre employés et de nombreux pigistes.

« Nous avons créé une compagnie de publishing [édition musicale] à l’interne. Nous ne voulions pas céder notre catalogue, car la musique de Kannibalen est cinématographique, souligne Julien Maranda. Apashe fait la plupart de ses revenus avec des trailers [bandes-annonces] pour Netflix, des films comme Kingsman 2 et des pubs de Budweiser, Adidas et de la NBA. »

Apashe a aussi partagé la scène avec The Chainsmokers, Diplo et Adventure Club. Il vient de lancer le EP Requiem, inspiré par Mozart, et cumule des millions d’écoutes sur Spotify.

« Dabin a obtenu une nomination au gala des Juno dans la catégorie du meilleur album électronique », ajoute Marc-André Chagnon.

Sur Twitter, Dabin s’est réjoui d’être nommé pour un album « fait dans sa chambre » et paru sous « un label indépendant fondé par [s]es amis ».

Depuis ses débuts, Kannibalen Records fonctionne sans subvention. « Mais on vient de faire une demande à FACTOR [un programme de soutien financier aux artistes et entreprises du disque] », souligne Patrick Barry.

« Mais notre compagnie a grandi hors des structures et sans les vieilles habitudes… à l’ère nouvelle de la musique avec les réseaux sociaux avec la distribution en ligne, poursuit-il. Les réseaux sociaux, c’est notre force. Nous avons le contrôle de notre message et nous rejoignons nos fans directement, sans intermédiaire. Nous suivons vraiment les habitudes de consommation. »

« Il n’y a pas d’école. Tu apprends sur le tas », ajoute Julien Maranda.

« En tout cas, Kannibalen est une famille », conclut-il.

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