collecte sélective

Une réforme à 30 millions pour 2025

Des cibles « ambitieuses » à atteindre sous peine d’amendes, des contenants et emballages « écoconçus », davantage de pédagogie ; Québec a confirmé, mardi, sa réforme de la collecte sélective. Une réforme à 30 millions de dollars. Pour 2025.

La réforme du système québécois de la collecte sélective coûtera 30,5 millions et sera pleinement opérationnelle après les prochaines élections, a annoncé mardi matin le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette.

Comme l’a révélé La Presse lundi, les entreprises qui mettent sur le marché les matières qui aboutissent dans les centres de tri « deviendront responsables de leurs produits du début à la fin du cycle de vie », a confirmé le ministre.

Il s’agit, aux yeux de Québec, de la meilleure façon de s’assurer que l’industrie conçoive des contenants et des emballages facilement récupérables, triables et recyclables.

« Si les producteurs sont responsables du cycle entier, ils n’auront pas intérêt à mettre des produits qu’ils ne pourront pas recycler, parce qu’ils seront pénalisés financièrement par des amendes », a illustré le ministre.

« Il y aura une obligation de résultat, sous peine de sanctions. »

— Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Québec prévoit consacrer un peu plus de deux ans aux « modifications législatives et réglementaires » nécessaires à la mise en place de sa réforme, qui entrera progressivement en vigueur dès l’automne 2022 et devrait être achevée en 2025.

Le ministre Charette promet par ailleurs de dévoiler « dans quelques semaines » sa stratégie de gestion des plastiques, le troisième « jalon » de l’action du gouvernement Legault en ce qui a trait aux matières résiduelles, après les réformes de la consigne et de la collecte sélective.

Pas de changement pour les citoyens

Concrètement, les centres de tri seront désormais redevables aux entreprises qui mettent en marché les matières qui y aboutissent, plutôt qu’aux municipalités, à travers un organisme qui devra être agréé par Recyc-Québec.

Tout indique que ce rôle incombera à Éco Entreprises Québec, qui gère déjà le financement du système par l’industrie.

« On va se transformer en fonction des besoins », a déclaré à La Presse la présidente-directrice générale de l’organisation, Maryse Vermette, qui voit dans cette annonce une « excellente nouvelle ».

« La responsabilité financière [seule] a ses limites », dit-elle.

La réforme ne changera pas les habitudes des citoyens, qui sont invités à continuer de placer leurs matières recyclables pêle-mêle dans leur bac de récupération, même si différents observateurs considèrent que cette façon de faire complique la tâche des centres de tri.

Le ministre estime que la pédagogie, l’écoconception des produits et la consigne élargie sont de meilleures solutions à cet enjeu.

« On ne veut pas changer la façon dont on collecte les matières. […] Ce n’est pas cette partie du cycle qui était le problème. »

– Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

La PDG d’Éco Entreprises Québec ouvre néanmoins la porte à des projets-pilotes pour tester d’autres méthodes de collecte.

« Ça fait 15 ans qu’on fait du pêle-mêle », dit-elle.

Comme la Colombie-Britannique

Le ministre Charette affirme s’inspirer de la Colombie-Britannique, dont la gestion des matières recyclables repose sur la responsabilité élargie des producteurs.

Le taux de recyclage des matières y était de 87 % en 2018, d’après son ministère, alors que seulement 52 % des matières recyclables des ménages québécois ont été « acheminées aux fins de recyclage », la même année, selon Recyc-Québec.

La Communauté métropolitaine de Montréal voit d’ailleurs dans cette réforme, ainsi que dans l’élargissement de la consigne, la clef pour atteindre son objectif de recycler 70 % de ses matières recyclables.

L’Union des municipalités du Québec y voit aussi l’occasion de rendre le système « plus résilient », a déclaré sa présidente intérimaire Suzanne Roy, également mairesse de Sainte-Julie.

Recyc-Québec se réjouit de la perspective d’avoir accès à des données probantes sur la qualité et la traçabilité des matières recyclables, a pour sa part indiqué la présidente-directrice générale de l’organisme, Sonia Gagné.

Recyc-Québec est évidemment heureuse de voir son rôle de chien de garde de la récupération maintenu dans la réforme.

Les centres de tri appartenant à des entreprises privées accueillent également « positivement » la réforme, a déclaré le directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec, Richard Mimeau.

Les centres de tri gérés par des organisations à but non lucratif tels que VIA et Tricentris n’ont pas réagi à l’annonce de la réforme.

Modernisation, débouchés locaux, réduction

Cinq programmes de soutien sont prévus pour « accompagner » les acteurs de l’industrie dans la réforme de la collecte sélective.

Québec accordera ainsi près de 17 millions de dollars en mesures de soutien, de modernisation et de développement des centres de tri, des sommes qui s’ajoutent aux 40 millions investis depuis 10 ans par les gouvernements qui se sont succédé à Québec.

Près de 10 millions seront aussi investis dans le développement de débouchés locaux et d’innovations technologiques.

Finalement, près de 4 millions seront consacrés à des appels de propositions pour la transition vers l’économie circulaire et la réduction des articles de plastique à usage unique.

Matières recyclables

Des conteneurs contaminés renvoyés à Sherbrooke

Des conteneurs de matières recyclables provenant du centre de tri de la Régie de récupération de l’Estrie ont été retournés à l’expéditeur, il y a un peu plus de deux semaines, en raison de la contamination de leur contenu. Six conteneurs, qui transportaient du papier mixte en direction de l’Inde, sont ainsi revenus au port de Montréal le 24 janvier dernier après avoir été interceptés en Belgique. « Oui, c’est nous », a confirmé à La Presse la directrice générale de l’organisation, Taraneh Sépahsalari. « La raison qu’on nous donnée, c’est qu’on avait plus que 5 % de contamination », essentiellement par des matières plastiques, a-t-elle expliqué. Le courtier qui a acheté ce papier pour le revendre à l’étranger était pleinement au courant de son taux de contamination, assure Mme Sépahsalari. Ces six conteneurs s’ajoutent aux 19 autres provenant des centres de tri de Tricentris de Terrebonne et de Gatineau, dont La Presse a révélé le renvoi récent, mardi.

— Jean-Thomas Léveillé, La Presse

Accueil positif, attentes élevées

Logique

Rendre les entreprises responsables de la totalité du cycle de vie de leurs produits est « tout à fait logique, car les municipalités n’ont pas le contrôle sur les produits qui sont mis en marché », a réagi le président du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Denis Blaquière. L’organisme considère que la responsabilité élargie des producteurs, qu’il appelle de ses vœux depuis sa création en 1991, est une « pierre angulaire » d’une gestion écologique des déchets.

S’attaquer à la cause profonde

Rendre les entreprises responsables du recyclage de leurs produits est « nécessaire, mais ne résout pas le problème de base », affirme Équiterre, qui appelle à revoir nos habitudes de consommation pour réduire à la source. Car fabriquer des emballages et des contenants mieux recyclables ne tient pas compte de « l’impact de toutes les ressources de production, de distribution et de récupération », a déclaré la directrice générale de l’organisation, Colleen Thorpe.

Surveillance indépendante

Il serait « plus que pertinent [qu’un] comité de vigilance multipartite indépendant » soit créé pour s’assurer du succès de la réforme annoncée, a déclaré la vice-présidente du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Priscilla Gareau. Ce comité pourrait notamment surveiller l’atteinte des objectifs de recyclage, en plus de ceux de récupération. Équiterre appelle pour sa part à ce que les informations sur la quantité, la traçabilité et le type de matières soient accessibles à toute la population.

Après les prochaines élections

Affirmant que la réforme est un « pas de plus dans la bonne direction », la responsable en matière d’environnement de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a toutefois déploré que sa mise en application soit prévue après les prochaines élections. « Ça a pris une nuit au gouvernement pour abolir les commissions scolaires, mais quand on parle d’environnement, là, le ministre Charette ne semble pas y avoir de problème à faire preuve de proCAQstination et à repousser une réforme pourtant urgente aux calendes grecques ! »

Et quid du verre ?

La réforme devrait « inclure davantage » les centres de conditionnement du verre, croit la Fédération des chambres de commerce du Québec. « À la sortie des centres de tri, près des deux tiers du verre trié servent de recouvrement pour les lieux d’enfouissement, alors que les entreprises valorisant le verre fonctionnent à 15 % de leur capacité », a déploré le président-directeur général de l’organisation, Charles Milliard. Il appelle aussi à « intensifier les efforts » pour améliorer le comportement des citoyens et entreprises en amont des centres de tri.

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