Taux d’intérêt

Les hausses de salaire pourraient bousculer la Banque du Canada

L’augmentation rapide des salaires des travailleurs canadiens pourrait forcer la Banque du Canada à augmenter ses taux à un rythme plus rapide que ce qu’elle prévoit, estiment les économistes de Desjardins.

La croissance des salaires n’est pas une mauvaise chose, c’est un phénomène normal dans une économie en santé où la main-d’œuvre se raréfie, explique Benoit Durocher, qui a examiné les données les plus récentes.

« Le problème, c’est que les hausses de salaire ne s’accompagnent pas d’une amélioration de la productivité, comme on pourrait s’y attendre. Ça pousse l’inflation à la hausse. »

Il y a une relation directe entre la croissance des salaires et l’augmentation de la productivité. La croissance des salaires se manifeste depuis la fin de 2017, et elle s’accélère, indiquent les plus récentes statistiques.

Sur une base annuelle, la hausse moyenne de la rémunération est d’environ 3 %, et elle est généralisée dans toutes les provinces et dans tous les secteurs d’activité, souligne Benoit Durocher. « Tous les secteurs sont au-dessus de 2 % », précise-t-il.

Au Canada, c’est la Colombie-Britannique qui mène le bal, avec une augmentation du salaire horaire moyen qui était supérieure à 6 % en juin. Suivent la Saskatchewan (4,4 %) et l’Ontario (4,3 %).

Le Québec affichait une hausse du salaire horaire moyen de 2,1 %, mais si l’on tient compte d’une autre série de données sur la rémunération hebdomadaire moyenne, « le Québec se démarque nettement des autres provinces avec une augmentation largement supérieure à la moyenne nationale [de 3 %] », dit Benoit Durocher. Bref, les salaires augmentent de façon notable partout au Canada.

Moins productifs

En même temps, loin de s’améliorer, la productivité des travailleurs canadiens se détériore.

« La productivité du travail a plutôt perdu du terrain au cours des derniers trimestres et sa variation annuelle était légèrement négative au début de 2018. »

— Benoit Durocher, économiste chez Desjardins

Selon lui, ce découplage entre la productivité et la hausse des salaires soulève d’importantes préoccupations. « L’inflation pourrait connaître une croissance importante et forcer la Banque du Canada à revoir la vitesse et l’ampleur des hausses de taux d’intérêt qu’elle prévoyait », précise-t-il.

Chez Desjardins, l’équipe d’économistes croit maintenant que la prochaine augmentation des taux d’intérêt au Canada aura lieu dès octobre, plutôt qu’au début de l’an prochain.

Benoit Durocher fait remarquer que les pénuries de main-d’œuvre continueront de pousser les salaires à la hausse et d’alimenter l’inflation. D’autres facteurs, comme les tarifs douaniers imposés par les États-Unis sur plusieurs produits, pourraient aussi faire augmenter certains prix à la consommation. La menace inflationniste est de retour, conclut-il, et la Banque du Canada doit demeurer vigilante.

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