Une amende record de 5 milliards pour Facebook

WASHINGTON — Facebook devra verser une amende record de 5 milliards infligée par un régulateur américain pour les manquements du réseau social, premier au monde, en matière de protection des données personnelles, ont affirmé plusieurs médias, hier.

L’accord à l’amiable, dont aucun détail n’a filtré, devrait aussi comporter des restrictions sur la façon dont Facebook utilise les données personnelles, indique le Wall Street Journal, premier a avoir fait état de la décision du régulateur.

Le département de la Justice doit encore donner son feu vert à cet accord, adopté par les commissaires de l’agence de régulation fédérale (FTC) par trois voix contre deux, indique le quotidien des affaires, en citant une source proche du dossier.

La Bourse a chaudement applaudi la situation : l’action a atteint son plus haut de l’année hier, pour finir la journée à près de 205 $.

Les investisseurs estiment sans doute que les restrictions ne seront pas trop sévères, comme semble l’indiquer l’opposition de deux commissaires démocrates à la décision, alors que les trois républicains ont voté pour l’accord.

C’est en tout cas l’interprétation de l’association de défense des consommateurs Public Knowledge.

« Nous ne connaissons pas encore les aspects essentiels du règlement à l’amiable : Facebook doit-il procéder à des changements dans son modèle d’affaires ou dans sa façon de faire des affaires ? »

— Charlotte Slaiman, responsable de la concurrence au sein de l'association de défense des consommateurs Public Knowledge

Le ton était plus positif du côté du Center for Democracy and Technology. « Cette amende record montre l’importance de la régulation des données à l’ère du numérique. La FTC a ainsi averti toutes les entreprises qu’elles devaient protéger l’information privée », a souligné Nuala O’Connor, présidente de cette ONG de défense des libertés en ligne.

Bien précieux

Les données personnelles des plus de 2,7 milliards utilisateurs actifs de Facebook chaque mois sont le bien le plus précieux du réseau social, qui les collecte et les exploite pour en tirer d’immenses revenus publicitaires grâce à un ciblage très affiné.

Mais c’est à cause de la façon dont ces données sont utilisées que le réseau social se trouve depuis deux ans dans la tourmente et fait face à une grave crise de confiance.

L’enquête de la FTC visait à déterminer si Facebook avait enfreint un accord à l’amiable de 2011 dans lequel il s’engageait déjà à respecter les données personnelles et à se montrer transparent quant à leur utilisation.

Elle a été ouverte après l’éclatement en mars 2018 du scandale des fuites de données vers Cambridge Analytica, firme britannique.

Facebook s’attendait à une amende de cet ordre et avait annoncé à la fin d’avril avoir fait des provisions de 3 milliards de dollars, tout en précisant qu’il pourrait devoir payer jusqu’à 5 milliards.

Cette amende égratignerait à peine la santé financière de l’entreprise cofondée par Mark Zuckerberg.

Pour son exercice 2018, Facebook a affiché une santé de fer avec 22 milliards de bénéfice, pour un chiffre d’affaires de 55 milliards. Et, même amputé des provisions, le bénéfice net a atteint 2,43 milliards au premier trimestre.

Démanteler

Mais l’accord avec la FTC ne devrait donner qu’un bref répit à Facebook. Élus ou régulateurs tirent à boulets rouges sur l’entreprise, qui fait l’objet de poursuites et d’enquêtes tous azimuts dans de nombreux pays.

Face à ces assauts, Facebook tente de reprendre l’initiative. Nick Clegg, responsable des affaires internationales et de la communication, a appelé le 24 juin les gouvernements à en faire davantage en matière de régulation des géants du numérique, dont les pratiques sont souvent mises en cause, notamment en ce qui touche la protection des données et la diffusion de fausses informations.

« Ce n’est pas aux sociétés privées, grandes ou petites, de proposer ces règles. C’est aux responsables politiques élus démocratiquement dans le monde démocratique de le faire », a affirmé M. Clegg.

Mais les voix appelant au démantèlement de ces géants devenus surpuissants se multiplient.

Chris Hughes, l’un des cofondateurs de Facebook avec Mark Zuckerberg il y a 15 ans dans un dortoir de l’Université Harvard, s’en est même fait le porte-voix.

« Il est temps de démanteler Facebook » en séparant le réseau social, son activité originelle, des applications Instagram et WhatsApp, a-t-il écrit sans ambages dans le New York Times au début de mai, en accusant M. Zuckerberg d’avoir sacrifié la protection de la vie privée des utilisateurs au profit du « clic » et d’avoir éliminé la concurrence sans état d’âme.

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