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À louer : Station spatiale internationale

C’est pratiquement une grosse pancarte « À louer » qui a été posée hier sur la Station spatiale internationale. La NASA a annoncé que des touristes de l’espace pourraient y séjourner dès l’an prochain, et que des entreprises pourraient y louer des modules pour mener toutes sortes d’activités. L’objectif de l’agence américaine : se désengager financièrement de la station pour concentrer ses efforts sur la Lune.

Touristes bienvenus

Vous trouvez que tous les hôtels se ressemblent ? Celui-ci risque de vous dépayser. Filant à 27 000 km/h autour de la Terre, on y flotte mieux que dans un spa et on peut y voir le Soleil se lever 16 fois par jour. Ouverture prévue : 2020. Des nombreux volets de l’annonce faite hier par la NASA, c’est sans doute celui qui frappe le plus l’imaginaire : la Station spatiale internationale sera bientôt ouverte aux « astronautes privés ». Prévoyez toutefois un budget plus élevé que pour une escapade à Old Orchard. Le transport sera assumé par les entreprises américaines SpaceX et Boeing, qui travaillent respectivement sur les capsules Crew Dragon et Starliner pour amener des êtres humains dans l’espace.

Le prix sera fixé par ces entreprises, mais la NASA l’a estimé hier à 58 millions US par personne. Une fois là-haut, les astronautes devront payer environ 35 000 $US par nuit à la NASA pour la nourriture, l’eau et, surtout, les systèmes qui les gardent en vie. « Ça ne viendra pas avec des points de récompense Hilton ou Marriott », a blagué en conférence de presse Jeff DeWit, chef de la direction financière de la NASA. L’agence songe à accueillir jusqu’à six astronautes privés à la fois dans la Station spatiale internationale, deux fois par année, pour des séjours qui pourraient durer jusqu’à 30 jours.

« Ouverte aux affaires »

De façon plus générale, c’est un vaste appel au privé qu’a lancé hier la NASA. Détail qui ne ment pas, la conférence de presse s’est tenue au siège social de la Bourse NASDAQ, à New York, en présence des représentants de 20 entreprises. « La NASA ouvre la Station spatiale internationale aux occasions commerciales et fait la promotion de ces occasions comme nous ne l’avons jamais fait auparavant », a lancé d’emblée Jeff DeWit. Une nouvelle directive permettra de manufacturer des biens à bord et d’y mener des activités de marketing. L’objectif : créer une « nouvelle économie » de l’espace.

John Logsdon, professeur au Space Policy Institute de l’Université George Washington, prévoit qu’un grand nombre d’entreprises voudront utiliser la Station spatiale internationale comme base pour lancer des microsatellites ou y mener des expériences en l’absence de gravité. « Il y a toutes sortes d’usages de la microgravité qui ont des impacts commerciaux », a-t-il dit à La Presse. Une cinquantaine d’entreprises ont déjà mené des activités à bord de la Station spatiale internationale, mais jamais on n’avait ouvert son potentiel commercial de cette façon.

Objectif Lune

La NASA ne l’a pas caché : le but de ce virage vers le privé est de se délester du fardeau financier que fait peser l’entretien de la Station spatiale internationale.

« La commercialisation de la basse orbite nous permettra de concentrer nos ressources pour amener la première femme et le prochain homme sur la Lune en 2024. Ce sera la première phase vers une présence durable sur la Lune et des missions vers Mars », a dit Bill Gerstenmaier, un haut administrateur de la NASA.

Selon l’expert John Logsdon, ce virage commercial était largement anticipé. « L’administration Trump met un accent croissant sur les activités du secteur privé dans l’espace et a signalé son intention de cesser le soutien direct de la Station spatiale internationale. Cela fait partie d’une transition qui vise à créer une station privée qui fournirait des services tant aux utilisateurs privés qu’à la NASA », dit-il, jugeant ce virage « positif ».

Impacts au Canada ?

Difficile de dire quels seront les impacts de la décision américaine sur le Canada, partenaire de la Station spatiale internationale. Alors qu’on lui demandait si les entreprises canadiennes étaient aussi invitées à brasser des affaires dans la Station spatiale internationale, Gary Jordan, porte-parole de la NASA, a répondu que « les opportunités commerciales sont ouvertes aux entreprises des États-Unis ».

Il faut savoir que les partenaires internationaux se partagent le temps à bord de la Station spatiale internationale selon les ressources qu’ils y injectent. L’Agence spatiale canadienne a ainsi tenu à préciser que c’est le temps des États-Unis qui sera offert en partie par la NASA à ses partenaires commerciaux, et non celui des autres pays.

« Les partenaires de la Station spatiale internationale travaillent de façon collaborative pour atteindre les objectifs de la station en matière de sciences et de technologie. Les partenaires gèrent le temps qui leur est alloué dans la station en fonction des besoins de leur pays », s’est-on borné à dire.

Selon l’expert John Logsdon, de l’Université George Washington, les partenaires des États-Unis ont été consultés au sujet de la nouvelle direction prise par la NASA.

« Le Bras canadien va certainement rester crucial pour ravitailler la station spatiale et accomplir les tâches qu’il a traditionnellement accomplies », a-t-il précisé.

Surprise cosmique signée Trump

À la surprise de nombreux internautes, le président des États-Unis, Donald Trump, a fustigé hier la NASA sur Twitter pour avoir évoqué un retour sur la Lune. « Nous avons fait ça il y a 50 ans. Ils devraient se concentrer sur les choses beaucoup plus grandes que nous faisons, y compris Mars (dont fait partie la Lune) […] », a-t-il écrit. Le 13 mai dernier, M. Trump avait pourtant affirmé sur Twitter que ce retour sur la Lune et une éventuelle mission vers Mars étaient des signes que son administration avait restauré la « grandeur » de la NASA.

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