Covid-19

11 morts parmi les 13 500 travailleurs de la santé infectés

Québec — Près de 13 500 travailleurs de la santé ont été atteints de la COVID-19 le printemps dernier, ce qui représente le quart de tous les cas confirmés au Québec. Onze sont morts.

C’est ce que révèle une enquête épidémiologique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) réalisée sur les travailleurs de la santé ayant eu la COVID-19 le printemps dernier. Un peu plus de 5000 d’entre eux ont accepté de participer à cette étude.

Le risque de contracter la COVID-19 chez les travailleurs de la santé a été environ 10 fois plus élevé que pour le reste de la population, conclut l’INSPQ.

Près de la moitié des participants (48 %) travaillent en CHSLD, 34 % à l’hôpital et 10 % en résidence privée pour aînés. Ce sont principalement des préposés aux bénéficiaires (36 %) et des infirmières ou infirmières auxiliaires (34 %) – les médecins représentent 3 % des malades. Ils pensent avoir été infectés au travail dans 83 % des cas – par des patients (33 %) ou des collègues (10 %), alors que les autres (40 %) n’ont pu identifier la source exacte. Ils ont ramené le coronavirus à la maison : près d’un tiers des membres de la famille des travailleurs l’ont contracté.

Parmi les participants à l’étude, 2,5 % ont été hospitalisés à cause de la COVID-19.

Entre 20 % et 30 % des répondants ont travaillé dans plus d’un établissement le printemps dernier. Un sur dix s’est même déplacé dans trois installations différentes ou plus.

Le mouvement de personnel explique en partie l’hécatombe survenue dans les CHSLD.

« Lors de soins à des patients suspectés ou confirmés COVID-19, 40 % d’entre eux n’ont pas toujours porté l’équipement de protection individuelle », comme le masque, durant les premières semaines de la pandémie, rapporte l’INSPQ. C’était soit parce qu’il en manquait, soit parce qu’il était de piètre qualité. À la fin du printemps, la proportion a diminué à 10 %.

Différents problèmes

Au début de la pandémie, 20 % des travailleurs respectaient systématiquement la distanciation physique avec les collègues durant les repas et les pauses, et 10 % portaient toujours un masque quand ils ne pouvaient rester à deux mètres ou plus. Cette proportion a augmenté au fil du temps, mais elle est tout de même demeurée en bas de 60 %.

Nombre de travailleurs (44 %) n’ont reçu aucune formation sur la prévention et le contrôle des infections ou ont reçu uniquement de l’information écrite. « De nombreux participants ont signalé […] avoir reçu des recommandations incohérentes et confuses » sur le sujet, précise l’INSPQ.

Il ajoute que « les participants ont relevé des problèmes d’accès aux tests diagnostiques, de manque de fiabilité des résultats et des délais de réponses ayant, selon eux, contribué à la transmission du virus ». De nombreux travailleurs ont déploré des « problèmes de leadership et de gestion locale de la pandémie » causés par « un manque de transparence, de communication, d’écoute, de soutien ».

Dans un communiqué, le ministère de la Santé et des Services sociaux a réagi en indiquant que « d’importantes leçons ont été tirées de la première vague de la pandémie » et que des mesures ont été mises en place pour corriger les lacunes.

Le Québec toujours sur un plateau, pas en baisse

Un « réajustement » de données dans les nouveaux cas confirmés de COVID-19 est venu effacer la tendance à la baisse observée depuis quelques jours au Québec, mettant plutôt en lumière le fait que la province se trouve toujours sur un plateau.

Le bilan provincial s’est élevé mercredi à 88 994 cas confirmés, soit 1203 de plus que la veille. Officiellement, le ministère de la Santé et des Services sociaux évoquait dans son bilan quotidien 844 nouveaux cas confirmés, mais celui-ci précisait du même souffle que les données des derniers jours avaient été sous-évaluées en raison d’un problème informatique : « 359 cas ont été ajoutés entre le 10 et le 12 octobre, en raison d’un problème technique qui s’est produit lors d’une mise à jour du système informatique, et qui a causé une erreur de transmission pour certains des cas », a indiqué le Ministère.

Ce problème a d’ailleurs empêché l’INSPQ de mettre à jour pendant 24 heures ses données permettant de suivre l’évolution de la COVID-19.

Ainsi, alors que les bilans des derniers jours tendaient à la baisse, l’ajout de ces 359 cas a plutôt démontré que leur nombre était relativement stable, soit tout près de 1000 nouveaux cas par jour.

Le réajustement de données a touché principalement la Montérégie, qui a vu 308 cas s’ajouter à son bilan régional. Du nombre, 181 dataient de mercredi, les autres remontant aux jours précédents. L’île de Montréal a aussi été touchée, puisque seulement 189 des 243 cas supplémentaires remontaient réellement à la veille.

En plus des 1203 nouveaux cas supplémentaires, le Québec a rapporté mercredi six nouveaux décès. Cinq sont survenus dans le Grand Montréal, principalement en banlieue. La Montérégie a ainsi déploré deux décès, tandis que les régions de Lanaudière, Laval et Montréal en ont rapporté chacune un. Le sixième décès a quant à lui été rapporté à Québec.

À noter, l’INSPQ a évoqué un septième décès en date de mercredi, mais celui-ci n’était pas inclus dans le bilan provincial. On attendait une « validation supplémentaire » avant d’établir que la COVID-19 était bien la cause du décès.

Bien que le nombre de cas confirmés demeure stable depuis plus d’une semaine, le nombre de personnes hospitalisées continue à augmenter. Mercredi, on comptait ainsi 20 personnes de plus à l’hôpital que la veille, soit 488 en tout. On note toutefois que le nombre de personnes aux soins intensifs a baissé de cinq, passant à 80.

Le nombre de tests de dépistage réalisés a légèrement diminué dernièrement. La semaine dernière, Québec a rapporté avoir fait en moyenne 26 500 analyses par jour, soit moins que les 28 400 réalisées une semaine auparavant.

Le nombre de nouveaux cas confirmés tend à être relativement stable, mais le nombre de tests ayant diminué, la part des tests ayant mené à un résultat positif a légèrement augmenté. Elle s’est établie à 3,8 % la semaine dernière, soit 0,3 point de plus que la précédente.

Les données personnelles de 37 408 personnes partagées par erreur

Les données personnelles de 37 408 personnes ont été envoyées par erreur à 59 employés du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, le 18 septembre dernier. Les victimes sont des usagers et des employés qui ont subi un test de dépistage de la COVID-19 entre le 19 juillet et le 17 septembre dernier. Les informations se trouvaient dans une base de données dont le fichier a été malencontreusement envoyé par courriel. « L’erreur a immédiatement été déclarée et prise en charge par la direction afin qu’une enquête soit réalisée et que les correctifs nécessaires soient apportés », a indiqué le CIUSSS par communiqué. Les victimes ont déjà reçu ou recevront bientôt une lettre du CIUSSS les informant de la faille. « Tous les employés ayant eu accès à ces informations sont liés par une obligation de confidentialité et ont reçu des consignes claires quant à la destruction sécuritaire de ce fichier. Nous comptons sur leur professionnalisme », a ajouté le CIUSSS.

— Audrey Ruel-Manseau, La Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.