Essai routier Aston Martin DB11 V8

L’art d’émerveiller

Aston Martin est à la croisée des chemins. Ragaillardie par un groupe d’investisseurs chapeauté par le Québécois Lawrence Stroll, la légendaire marque anglaise fera un retour en Formule 1 l’année prochaine. Cela coïncide avec la commercialisation du DBX, son tout premier VUS chargé de tracter le constructeur vers la rentabilité. Il n’en demeure pas moins que l’émerveillement, le vrai, demeure personnifié par la DB11, le majestueux porte-étendard de sa gamme. Nous en avons fait l’essai.

Le design

Lorsque vient le temps d’analyser une œuvre d’art de référence, on ne peut qu’être à la fois intimidé et empli d’admiration devant sa stature. Digne héritier de la légendaire lignée des DB, le coupé étale un panache hors du commun. Fidèle à des proportions de coupé quasi parfaites, il reprend aussi l’ADN stylistique de la marque dont le point de référence demeure la calandre décrivant cette forme organique qu’on pourrait qualifier d’ovale à deux parties concaves. Les branchies latérales traversées d’un trait sont aussi présentes, mais intégrées aux passages de roue avant, donnant une impression de mouvement perpétuel. La ligne de toit est d’une immense pureté. L’air est catalysé par des ouvertures sur les piliers arrière pour être évacué par une fente découpée derrière le coffre arrière, créant ainsi de l’appui aérodynamique.

À bord

Alors que bien des rivales étalent leurs chiffres de performance pour s’attirer des regards et des louanges, la DB11 joue dans un registre bien différent, celui du grand tourisme. Le seuil de porte sur lequel est inscrit « Hand built in England » peut sembler pompeux, mais donne un avant-goût du formidable raffinement de l’habitacle. Les cuirs fins aux exaltants effluves, perforés d’un nombre incalculable de surpiqûres, revêtent pratiquement tout, un véritable travail d’orfèvre d’une rare qualité. Le dessin est aussi épuré, ce qui permet d’apprécier les nuances de cette haute couture personnalisable presque à l’infini. La seule réelle fausse note se situe sur le plan des touches tactiles qui ne réagissent pas toujours bien aux commandes. Sans surprise, les places arrière ne sont présentes que par esprit et le coffre n’a que 270 L de volume.

Sous le capot

L’immense capot à charnière frontale (clamshell en anglais) fait d’une pièce d’aluminium s’ouvre pour dénuder pratiquement toute la partie avant de cette DB11. Bien reculé vers l’habitacle, un petit V8 de 4 L y bat, gavé par deux turbocompresseurs. Il est conçu et assemblé par AMG, la division de haute performance de Mercedes-Benz. Certes moins exotique que le V12 optionnel, il diminue toutefois le prix de départ de plus de 46 000 $ et le poids, d’une masse de 115 kg. Aston Martin précise que sa cartographie et sa sonorité ont été personnalisées pour mieux s’agencer au tempérament de la DB11. Il interagit avec une boîte automatique ZF à huit rapports, toujours aussi exceptionnelle. Ce moteur peut grimper jusqu’à 7200 tr/min, conférant ainsi de la latitude pour s’exprimer, ce qui permet un 0-100 km/h en 4 s.

Derrière le volant

Dans sa forme originelle, le coupé de grand tourisme cherchait essentiellement à accompagner les riches Européens dans leurs voyages transeuropéens. La DB11 réinterprète cette idée. Tablant sur une répartition des masses quasi parfaite (49 : 51) entre les essieux avant et arrière en raison du positionnement de la transmission en poupe, le coupé est construit sur un châssis entièrement composé d’alliage d’aluminium. Son poids est ainsi assez contenu, à 1760 kg. Cela lui confère une agilité impressionnante, obtenue à la fois d’une direction très fine dans sa précision, mais aussi de l’amortissement adaptatif qui minimise énormément les sources de déséquilibre. Certes, à 236 440 $ comme prix de départ, il est essentiel que cette DB11 excelle, mais les voitures qui arrivent à cet équilibre si près de la perfection sont rares.

Les technologies embarquées

C’est ici que le portrait se fait nettement moins reluisant. Dans son partenariat avec Mercedes-Benz, Aston Martin a choisi de mettre la main sur un système d’infodivertissement de quelques générations antérieures conçu par la marque allemande. La présentation date énormément avec une définition de l’image décevante. Les fonctionnalités sont limitées et la navigation est tout sauf intuitive. Cela occasionne énormément de frustrations en plus de ne pouvoir s’arrimer à Apple CarPlay et Android Auto. C’est difficilement acceptable pour un tel véhicule. On se reprend un peu avec l’instrumentation numérique bien lisible et élégante, mais, encore là, les configurations sont limitées. Oubliez également une quelconque assistance active de la conduite. En somme, si vous êtes friand de technologie, cette DB11 n’est pas faite pour vous.

Le verdict

Dans un univers où l’automobile cherche à devenir le prolongement, voire un complément des appareils technologiques du quotidien, la DB11 peut paraître quelque peu anachronique. Il serait cependant inéquitable de résumer sa prestation à l’unique fait technologique. La DB11 est foncièrement une voiture exceptionnelle dans sa sensibilité artistique et extrêmement raffinée d’aborder le grand luxe. Elle étale également une grâce dans ses aptitudes dynamiques sans verser dans une surenchère inutile de puissance. L’harmonie entre cette plateforme et ce moteur est sans conteste digne de son statut. Elle y a aussi l’aura de cette marque. Souhaitons maintenant que ce patrimoine soit préservé par les nouveaux propriétaires, tout en continuant à évoluer de manière concurrentielle, pour assurer sa survie.

Carnet de notes

V8 ou V12 ?

Certes, la différence de puissance entre le V8 et le V12 biturbo est notable (503 ch comparativement à 630 ch), mais la différence de couple est mineure (513 lb-pi comparativement à 516 lb-pi), ce qui rend les chiffres d’accélération très proches en 0-100 km/h (4 s comparativement à 3,7 s).

Une transmission de pointe

Utilisée dans de nombreuses applications, la boîte ZF employée dans toutes les versions de la DB11 est particulièrement efficace en mode manuelle en raison de sa rapidité, mais aussi grâce à l’utilisation de palettes fixées sur la colonne de direction, ce qui permet d’avoir les mains constamment bien positionnées.

Pourquoi DB ?

Les initiales DB viennent tout simplement de David Brown, un entrepreneur anglais qui a pris les rênes d’Aston Martin de 1947 à 1972, l’âge d’or de la marque.

Des portières bien spéciales

D’apparence somme toute conventionnelle, les longues portières de la DB11 s’ouvrent au moyen de poignées dissimulées et se soulèvent progressivement pour éviter d’accrocher par inadvertance la bordure de trottoir.

Une petite sœur qui vient jouer dans ses plates-bandes

Retranchant plus de 60 000 $ à la facture de base de la DB11 V8, la Vantage bénéficie d’un poids réduit qui s’agence avec la même mécanique que cette dernière, mais l’approche demeure plus axée sur la sportivité.

Fiche technique

Version à l’essai

Aston Martin DB11 V8

Moteur

V8 DACT 4 L biturbo

Puissance

503 ch à 6000 tr/min

Couple

513 lb-pi de 2000 à 5000 tr/min

Transmission

Automatique à huit rapports avec mode manuel

Architecture motrice

Moteur longitudinal central avant, propulsion

Consommation (ÉnerGuide)

11,5 L/100 km (super)

Prix (avec options, transport et préparation)

276 351 $

Concurrents

Bentley Continental GT, Ferrari Roma, Polestar 1

Du nouveau en 2020 ?

Aucun changement majeur

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