COVID-19

Une « excellente nouvelle » pour les autochtones du Québec

Ottawa a annoncé jeudi une aide de 75 millions destinée aux organismes communautaires en milieu urbain

Accusé de discriminer les communautés autochtones dans sa distribution de fonds publics, le gouvernement Trudeau injecte 75 millions de dollars pour répondre aux « besoins criants » des autochtones dans les villes. Une aide attendue avec impatience sur le terrain et qui permettra d’aider des communautés aux prises avec de l’insécurité alimentaire et des problèmes de santé mentale.

« C’est une excellente nouvelle », se réjouit Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec. « Ça vient répondre à la crise de la COVID-19, qui malheureusement, a accentué les différentes inégalités sociales qui existent chez les peuples autochtones en milieu urbain », explique-t-elle.

Aide alimentaire, services d’intervention psychosociale, accompagnement des aînés : ces nouveaux fonds serviront sur la « ligne de front » pour offrir des « services concrets et efficaces dans des villes du Québec », assure Tanya Sirois.

Les centres pourront également préparer des trousses pour les familles démunies et investir dans de l’hébergement temporaire. 

« Des personnes sont tombées dans des craques ; notre rôle, c’est que ces personnes ne soient pas à la rue. »

— Tanya Sirois

Les centres d’amitié autochtones du Québec ont pignon sur rue non seulement à Montréal et à Québec, mais aussi dans une dizaine de villes de la province, dont Roberval, Sept-Îles, Chibougamau et Joliette.

L’organisme Femmes autochtones du Québec accueille également de façon favorable ces nouveaux fonds du gouvernement fédéral. Selon sa présidente, Viviane Michel, les communautés qui vivent en milieu urbain ont « autant » besoin de services que celles vivant sur les réserves, même si elles n’ont plus accès à ces services après leur départ.

Elle déplore toutefois d’avoir essuyé un refus d’Ottawa pour le financement d’une campagne sur la violence conjugale. « On nous a dit qu’il n’y avait pas d’argent actuellement », dénonce Viviane Michel. Le confinement a accentué le problème de la violence conjugale, puisque les femmes sont maintenant prises au piège avec leur agresseur, dit-elle.

Une première aide « insuffisante »

Ottawa a alloué 305 millions de dollars à la mi-mars pour la création du Fonds de soutien aux communautés autochtones. Mais seuls 15 millions étaient réservés aux organisations autochtones dans les centres urbains et hors réserves. Un financement jugé « inadéquat et discriminatoire » par le Congrès des peuples autochtones (CPA), qui s’est alors tourné vers les tribunaux.

C’est dans ce contexte que Justin Trudeau a annoncé jeudi l’investissement de 75 millions supplémentaires pour que les organismes communautaires autochtones en milieu urbain puissent « combattre l’insécurité alimentaire, appuyer les aînés vulnérables, aider les jeunes à risque, fournir des services de santé mentale et prévenir la violence familiale ».

« On était très inquiets à la suite de la première annonce ; 15 millions pour l’ensemble du Canada, c’était très peu ! Ce fonds a rapidement été utilisé. Ils n’ont même pas pu répondre à toutes les demandes. »

— Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a d’ailleurs admis jeudi que cette enveloppe avait été « insuffisante » pour répondre aux « besoins criants » des communautés urbaines. « Nous avons agi très vite », s’est défendu le député montréalais.

L’action judiciaire du CPA ira tout de même de l’avant si on le juge nécessaire, a signalé en entrevue avec La Presse le chef national, Robert Bertrand. « On est prêts à aller en cour, dit-il. Si les 75 millions ne répondent pas aux besoins de nos affiliés et de nos membres, on ne pourrait pas arrêter. »

Il estime cependant que « c’est une nette amélioration si on compare à ce qui avait été annoncé avant », même s’il attend d’avoir davantage d’informations avant de réagir de façon plus particulière.

Pas de « crise » à Oka

Le bras de fer entre les Mohawks de Kanesatake et la Ville d’Oka est « en train de se résoudre », a assuré jeudi Marc Miller, ministre fédéral des Services aux Autochtones. Les Mohawks ont érigé mercredi un nouveau barrage à l’entrée du parc national d’Oka, fraîchement ouvert, pour empêcher le public de le visiter.

« Je veux que le gouvernement reporte l’ouverture du parc […] au 5 juin pour nous donner le temps de nous préparer et de nous protéger », a expliqué mercredi à La Presse le grand chef Serge Otsi Simon.

« On parle de points de sécurité routiers. Ce ne sont pas des barricades. Il y a un différend entre le maire d’Oka et le grand chef sur la façon d’exécuter ces points de sécurité », a relativisé le ministre fédéral des Services aux Autochtones.

« On ne parle pas de barricades, on ne parle pas de crise », a martelé le ministre Marc Miller, qui dit être en communication avec son homologue provincial et le grand chef.

Marc Miller a refusé de se prononcer sur la légitimité du geste des Mohawks. « C’est difficile de juger des gens qui essaient de protéger leur communauté d’une potentielle éclosion de COVID-19. […] Loin de moi vraiment de juger la façon dont la communauté choisit de mettre en place ses protocoles sanitaires », a répété le ministre.

EN BREF

Mauricie–Centre- du-Québec
Les opérations chirurgicales en vitesse supérieure

Le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec reprendra graduellement ses activités chirurgicales au cours des prochains jours, avec la bénédiction de Québec. Alors que les opérations avaient chuté à près de 30 % des activités normales depuis le début de la pandémie, la reprise autorisée jeudi permettra de passer à un niveau pouvant aller jusqu’à 70 % des activités normales. Toutefois, pour certains types d’opération, le retard pourrait mettre des mois à être rattrapé, prévient-on. Au cours des prochains jours, on s’attend ainsi à pouvoir reprendre graduellement les activités de radiologie, d’endoscopie, de cliniques externes et spécialisées de même que d’oncologie. « Ce ne sera peut-être pas égal d’un établissement à l’autre, en fonction des types d’interventions offertes », précise la Dre Anne-Marie Grenier, directrice des services professionnels et de la pertinence clinique au CIUSSS.

— Paule Vermot-Desroches, Le Nouvelliste

Estrie

Québec veut accélérer le déploiement de l’internet à haut débit

Alors que des millions de Canadiens ont dû s’adapter au télétravail ce printemps, Québec a annoncé jeudi que l’arrivée de l’internet à haut débit dans les régions mal desservies allait s’accélérer au cours des prochains mois. Quelque 60 000 foyers québécois auront accès à ce type de service, dont 4800 en Estrie, où le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en a fait l’annonce. Pour passer à la vitesse supérieure, le gouvernement provincial bonifie l’enveloppe initiale de 100 millions de dollars pour la porter à 150 millions. Au total, 11 régions sont visées par ces améliorations, parmi lesquelles on retrouve la Capitale-Nationale, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Mauricie, la Montérégie et le Centre-du-Québec. En négociant cette entente avec les géants des télécommunications, M. Fitzgibbon a dit vouloir s’assurer de pouvoir « remplir le gruyère » dans le cas des foyers qui se retrouvent dans « un trou » par rapport à leurs voisins.

— Alain Goupil, La Tribune

Sherbrooke

Les soins intensifs exempts de COVID-19

Les lits de soins intensifs des hôpitaux de Sherbrooke réservés aux patients atteints de la COVID-19 sont maintenant vides : aucun patient estrien ne nécessite ces soins critiques. Les lits d’hospitalisation ordinaires sont aussi en train de se vider : il ne reste plus que 10 personnes infectées par la COVID-19 dans les deux hôpitaux sherbrookois. Jeudi, 10 nouvelles personnes ont toutefois eu un test positif au nouveau coronavirus en Estrie. Le bilan des morts demeure à 25 personnes depuis le 24 avril. Les villes les plus atteintes en Estrie sont, jusqu’ici, Sherbrooke avec 298 malades, Granby avec 140 personnes, Magog avec 67, Bromont avec 30, Racine avec 28, Cowansville avec 27 et Farnham avec 25. 

— Marie-Christine Bouchard, La Tribune

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