La société des poètes disparus

De l’écran à la scène !

L’adaptation théâtrale du mythique Dead Poets Society, signée par le scénariste du film Tom Schulman, a été confiée au metteur en scène Sébastien David. Voici quatre scènes clés qui, selon lui, traduisent bien l’essentiel de cette œuvre dramatique.

La première rencontre dans la grotte

C’est le lieu dans lequel les garçons découvrent la poésie. « C’est à la fois une métaphore et quelque chose de très littéral, nous dit Sébastien David, parce qu’il y a ce contact avec la nature prôné par les romantiques. C’est un lieu dans lequel on peut être ce qu’on veut. Il y a une notion de danger, de liberté d’expression. » Sébastien David a ajouté au scénario un extrait du poème de Walt Whitman Chanson des joies.

« Ça devient un moment théâtral où on voit la poésie qui leur rentre dans le corps. Whitman dit : “Je chante le corps électrique”, et c’est ce que j’ai essayé de faire : montrer l’électrification du corps adolescent par la poésie. »

Le suicide de Neil Perry

On s’en souvient, Neil est l’élève le plus doué de Welton et le leader du groupe. C’est lui qui entraîne ses camarades dans le cercle de la « Société des poètes disparus » et qui, interdit de faire ce qu’il veut (du théâtre), se suicidera.

« C’est difficile, nous confie Sébastien David. Ce n’est pas une scène romantique, mais elle est quand même belle. Quand Keating explique aux jeunes ce qu’est la Société des poètes disparus, il leur dit que pour être membre, il faut être mort, qu’ils ne sont que des disciples. Donc, c’est sûr qu’en mourant, il entre réellement dans ce cercle. Ce n’est pas juste la mort pour la mort. »

Le « Yawp » de Todd Anderson

C’est le plus timide du groupe. Dans une scène mémorable, le professeur Keating lui demande de lire son poème, mais Todd lui répond qu’il n’a rien préparé. « Son professeur l’encourage à crier, il appelle ça un “Yawp barbare”, c’est une de mes scènes préférées. Pour moi, c’est le personnage principal du spectacle, parce que c’est lui qui change le plus. C’est lui qui passe d’un individu réaliste à un individu romantique. Moi, je pense que Todd va réaliser le rêve de Neil [qui est cochambreur] après la pièce. Pour moi, c’est la même personne. Donc pour moi, la mort de Neil est métaphorique. Ils sont les deux parties d’un même personnage. »

Le départ de John Keating

C’est la scène finale du scénario. Le professeur Keating, tenu responsable du suicide de Neil, est expulsé de Welton. « Il entre dans la classe une dernière fois pour récupérer ses affaires et les jeunes montent sur leurs bureaux en disant : “Ô Capitaine, mon capitaine !” C’est pour moi la perfection dramaturgique : 1 h 45 de discours qui, par un geste, démontre tout. C’est très théâtral », nous dit Sébastien David, qui ne voulait ni de chaises ni de pupitres. « Ma scénographie, c’est un escalier de 48 pi de large. Je ne voulais pas créer de lieux. Les marches représentent l’institution, ça ressemble à une bibliothèque, donc c’est multifonctionnel. »

La société des poètes disparus

Traduction : Maryse Warda.

Avec : Patrice Dubois, Jean-François Casabonne, Mustapha Aramis, Gérald Gagnon, Maxime Genoix, Simon Landry-Désy, Étienne Lou, Anglesh Major, Alice Moreault et Émile Schneider.

Au Théâtre Denise-Pelletier du 20 mars au 26 avril.

La poésie des transcendentalistes

C’est Schulman lui-même qui a fait l’adaptation théâtrale de son scénario de film, plus de 25 ans après sa sortie en 1989. Les 80 scènes ont été réduites à 25 et l’histoire s’est centrée sur les 6 personnages des garçons. « J’ai voulu décoder le scénario de Schulman », nous dit Sébastien David, qui s’est intéressé aux origines de la création. « La première version se passait dans une troupe de théâtre où Keating était un metteur en scène », a-t-il appris. Puis, il a transposé ça dans un établissement en s’inspirant de son professeur d’anglais. Mais le théâtre est resté dans le désir du personnage de Neil, qui rêve de jouer dans Le songe d’une nuit d’été. Sébastien David s’est aussi intéressé aux poètes romantiques américains du XIXe siècle comme Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson ou Walt Whitman, évoqués dans le scénario. « Ils faisaient partie du mouvement transcendentaliste, qui s’inspirait du romantisme anglais et de l’idéalisme allemand et qui est à l’origine de la Beat Generation et du mouvement hippie. Ils voulaient donner à la culture américaine un côté lettré, ils voulaient créer l’intellectuel américain, prônaient l’amour de la nature, l’action individuelle. »

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