Industrie aéronautique

Tout au long de la journée d’hier, CAE a fait la manchette avec l’annonce d’un investissement de 1 milliard sur cinq ans pour le développement de l’intelligence numérique. Même les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard ont tenu à participer à l’annonce de ce plus important investissement de l’histoire de l’entreprise.

CHRONIQUE

CAE réalise le plus gros investissement de son histoire

Le chiffre de 1 milliard frappe, et bien que cet investissement va s’étaler sur une période de cinq années, cette initiative dans l’innovation reste colossale et place CAE loin devant ses concurrents.

Pourtant elle s’inscrit dans l’ADN de CAE qui a toujours investi massivement dans l’innovation pour développer ses simulateurs de vol qu’elle vend partout dans le monde et où elle contrôle 70 % du marché mondial.

Beaucoup l’ignorent, mais au cours des 10 dernières années, l’entreprise de Saint-Laurent a investi 1,5 milliard dans l’innovation. Depuis cinq ans, ce sont ses activités dans le domaine de la formation des pilotes qui ont généré l’essentiel de la croissance de l’entreprise et cette tendance va rester forte pour des années encore.

En entrevue hier, Marc Parent, le PDG de CAE, m’a rappelé qu’avec sa soixantaine de centres de formation établis partout dans le monde, CAE assurait la formation de plus de 120 000 pilotes de ligne, de jets d’affaires et des forces de défense par année.

« On a 25 % du marché mondial de la formation de pilotes et il y a encore beaucoup de lignes aériennes qui ont leurs propres centres de formation, mais qui vont vouloir un jour ou l’autre impartir cette activité. »

— Marc Parent, PDG de CAE

« Nous, c’est notre core business et on est les meilleurs. On pourrait être en mesure d’entraîner plus de 300 000 pilotes par année », ajoute le PDG.

C’est la raison pour laquelle l’entreprise a décidé d’investir de façon systématique dans le développement de l’intelligence numérique de façon à maximiser son utilisation dans ses différents processus industriels et pédagogiques.

« On va investir dans l’internet des objets, dans les mégadonnées, dans la réalité augmentée. On va apporter une valeur ajoutée à nos clients partout dans le monde », précise M. Parent.

Ces investissements se traduiront par la création d’un campus de l’innovation à l’usine de Saint-Laurent et l’embauche sur cinq ans de 400 nouveaux spécialistes du numérique.

Déjà, CAE est un partenaire fondateur de l’Institut de valorisation des données (IVADO). L’entreprise va intensifier ses relations avec ses chercheurs et ceux de l’Institut de l’intelligence artificielle de Montréal (MILA).

Des emplois et du soutien gouvernemental

L’ensemble des 18 sites de CAE vont participer à cette initiative transformationnelle, mais c’est le siège social de Montréal qui va profiter de l’essentiel du milliard d’investissements.

C’est ici que travaillent 3200 des 4000 employés canadiens du groupe et c’est ici que sont concentrées les activités de recherche et développement.

CAE prévoit former 1700 de ses employés montréalais aux nouvelles applications numériques et d’intelligence artificielle.

L’an dernier au Salon de l’aéronautique du Bourget, Marc Parent m’avait expliqué que CAE avait 330 postes à pourvoir à son siège social montréalais, des postes d’ingénieurs en aéronautique et en logiciels.

Hier, le PDG m’a confirmé que ces postes avaient été finalement pourvus, mais a ajouté que l’entreprise avait en ce moment besoin de 300 ingénieurs additionnels, et c’est sans compter les 400 postes qui vont s’ouvrir au cours des cinq prochaines années.

« On est un leader de la technologie numérique, mais on va renforcer notre position et celle du Canada comme leaders mondiaux des nouvelles technologies. »

— Marc Parent, PDG de CAE

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Ottawa et Québec ont apporté un soutien financier important pour permettre la réalisation de l’initiative de CAE.

Ottawa accorde un prêt remboursable de 140 millions à CAE et une subvention de 10 millions, alors que Québec accorde un prêt de 42,5 millions, par l’entremise d’Investissement Québec, et une subvention non remboursable de 5 millions.

Le soutien financier d’Ottawa va se réaliser par l’entremise du Fonds stratégique pour l’innovation qui a été mis sur pied par le gouvernement Trudeau et qui a été doté de 1,26 milliard pour appuyer la recherche et le développement.

Il s’agit, et de loin, de la plus importante initiative financière réalisée à ce jour par le Fonds stratégique pour l’innovation. À elle seule, CAE va accaparer plus de 10 % de toutes les initiatives fédérales en matière d’innovation, ce qui confirme la place incontestée de leader que CAE occupe en matière d’innovation au Canada.

Une annonce bien accueillie en Bourse

Les investisseurs boursiers de CAE ont bien accueilli son annonce d’un projet de recherche et développement (R et D) évalué à 1 milliard en cinq ans, appuyé de 197,5 millions en fonds publics du provincial et du fédéral.

À une semaine de ses prochains résultats trimestriels, encore attendus en croissance, les investisseurs ont poussé les actions de CAE en hausse de 2,2 % au fil de la séance d’hier sur la Bourse de Toronto.

Cette remontée à 27,31 $ par action en clôture a aussi ramené la cote boursière de CAE tout juste sous son niveau record atteint le 12 juin dernier, soit 28 $ par action, ou 7,49 milliards en valeur totale.

« Les perspectives d’affaires de CAE demeurent solides, favorisées notamment par la pénurie croissante de pilotes en aviation commerciale alors que les carnets de commandes et de livraisons d’avions commerciaux sont remplis pour les prochaines années », a commenté Tim James, analyste en transport et aviation chez Valeurs mobilières TD à Toronto, dans une note distribuée hier à ses clients-investisseurs.

Pour sa part, l’analyste Benoit Poirier, spécialiste de l’industrie et des transports chez Desjardins Marché des capitaux, a réitéré hier sa recommandation d’achat en ce qui concerne les actions de CAE, avec un prix cible de 30 $ d’ici un an.

Dans ses prévisions de résultats de l’exercice 2019 chez CAE (amorcé le 1er avril 2018), l’analyste de Desjardins anticipe une croissance des revenus de 7 % au seuil des 3 milliards, assortie d’une hausse de 16 % du bénéfice par action.

Évidemment, ces prévisions de résultats ne considèrent pas encore l’impact éventuel de l’ambitieux projet quinquennal de R et D annoncé hier au siège social de CAE près de l’aéroport Montréal-Trudeau, en présence des premiers ministres du Québec et du Canada.

Dans le cadre de ce projet de R et D, CAE établira notamment à son établissement principal de Montréal un « campus d’innovation » avec l’objectif d’y faciliter la collaboration entre « 150 nouveaux fournisseurs novateurs au pays » et « plus de 50 institutions d’enseignement postsecondaire et de centres de recherche ».

CAE EN BREF

Activités : développement et gestion de systèmes de formation par simulateurs en aviation, en sécurité et en médecine. Emploie 9000 personnes réparties entre 160 emplacements dans 35 pays, dont 4000 employés dans 18 sites au Canada.

Siège social : Montréal

Exercice terminé le 31 mars 2018

Revenus : 2,83 milliards (+ 4,6 % sur un an)

Bénéfice d’exploitation : 461 millions (+ 26 % sur un an)

Bénéfice net : 347 millions (+ 38 % sur un an)

Bénéfice net par action : 1,29 $ (+ 38 % sur un an)

Rendement du capital investi : 8,5 % (+ 1,9 % sur un an)

EN BOURSE

(cotée aux Bourses de Toronto et de New York)

Cote du jour : 27,31 $ (+ 60 cents ou 2,2 % hier)

Valeur boursière : 7,3 milliards

Rendement total des actions (prix + dividende) : + 27 % sur 1 an, + 85 % sur 3 ans, + 151 % sur 5 ans

Principaux actionnaires : Jarislowsky Fraser (4,6 %, Montréal), Connor Clark & Lunn (3,9 %, Vancouver), Mackenzie Financial (3,2 %, Toronto), Mondrian Investment (3 %, Londres), etc.

Sources : CAE, Thomson Reuters

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