Portfolio Abitibi-Témiscamingue

Main-d’œuvre
Forte demande dans les mines et les forêts

Après la création de 2000 emplois en 2017, l’Abitibi-Témiscamingue entreprend l’année 2018 en lion. Forte de plusieurs investissements majeurs, spécialement dans le secteur minier, la région du Nord-Ouest québécois affiche un taux de chômage de 4,3 %, performance qui la place au quatrième rang des régions du Québec.

Depuis des décennies, l’industrie minière, qui génère plus de 8300 emplois directs, soit plus de 11 % de la main-d’œuvre régionale, occupe le haut des manchettes en Abitibi-Témiscamingue.

À Rouyn-Noranda, le projet Horne 5, estimé à 802 millions US, générera près de 1000 emplois durant la phase de construction, qui est sur le point de commencer, et 525 emplois durant la production. La mise en service est prévue en 2021. Dans le coin de Val-d’Or, le projet Lamac Sud d’Eldorado Gold emploiera quant à lui 425 travailleurs dès sa mise en service, en 2019.

Ces bonnes nouvelles économiques viennent aussi avec un lot de préoccupations quant à l’accueil de ces nombreux travailleurs.

« Comme on vient de vivre une crise du logement qui est en train de se résorber, avec un marché immobilier davantage en équilibre, les grands projets amènent les élus municipaux à se préoccuper de la construction résidentielle. » 

— Mariella Collini, agente de recherche à l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue

« On veut être un lieu de vie où les gens s’établissent pour ne pas recommencer sans cesse à les attirer », ajoute-t-elle.

Son témoignage fait écho à l’importante pénurie de main-d’œuvre qui n’épargne pas les employeurs de la région. Année après année, ces derniers peinent à trouver tant des machinistes que des ingénieurs ou du personnel de bureau. « Toute la chaîne est touchée, affirme Jean-Maurice Matte, maire de Senneterre. Les gens qui travaillent dans les commerces de détail et les restaurants acceptent des emplois dans les minières, qui offrent de gros salaires que les autres employeurs ne peuvent pas concurrencer. Le McDo de Val-d’Or a temporairement fermé ses portes, faute de personnel. »

À plein régime en forêt

Une pénurie touche tous les secteurs, de l’agriculture à l’éducation en passant par l’industrie forestière, qui génère un produit intérieur brut (PIB) deux fois plus important que dans les autres régions. « Le milieu forestier a été fragilisé au cours des dernières années, avec les crises du bois d’œuvre, mais plusieurs entreprises ont quand même du mal à trouver une main-d’œuvre qualifiée », atteste Mme Collini.

Il faut dire que les choses vont relativement mieux dans le milieu forestier, selon M. Matte. « La reprise de l’économie américaine et les catastrophes naturelles aux États-Unis durant les dernières années ont généré une grande demande de bois pour la construction de maisons, précise-t-il. Leurs besoins sont si importants qu’ils achètent notre bois de grande qualité et celui de qualité inférieure. »

Incertitude liée à l’ALENA

Cela dit, les acteurs de l’industrie demeurent inquiets devant les volontés protectionnistes du gouvernement américain, qui impose des droits compensatoires majeurs. Sans oublier l’incertitude qui enveloppe les négociations sur l’avenir de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). « Toutes les régions exportatrices, comme l’Abitibi, sont touchées par ces négociations, dit Chantal Routhier, économiste au Mouvement Desjardins. Quand l’incertitude plane, les entreprises sont plus frileuses à investir. C’est donc plus difficile pour une économie régionale d’atteindre son plein potentiel dans un tel contexte. »

6500 

Nombre d’emplois à pourvoir dans plusieurs secteurs de la région, au cours des trois prochaines années

Source : Mouvement Desjardins

Malgré une certaine prudence du côté des investissements, les intervenants socio-économiques travaillent encore à relever les grands défis de recrutement. « À la fin de 2017, une mission a été organisée pour amener plusieurs immigrants en région et leur présenter des entreprises, explique Mme Routhier. Certains sont revenus avec quatre offres d’emplois ! »

Par ailleurs, des stratégies sont réalisées conjointement par les MRC, les carrefours jeunesse-emplois, les chambres de commerce et Emploi Québec. Des actions sont également menées à l’étranger, comme ce sera le cas avec la présence d’intervenants régionaux aux Journées du Québec à Paris, en mai prochain.

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