Inconduites sexuelles

Londres sévit, le Canada consulte

Alors qu’Ottawa procède à des consultations pour déterminer quels correctifs s’imposent au pays, le Royaume-Uni multiplie tous azimuts les mesures d’encadrement pour garantir que les organisations humanitaires britanniques sont correctement outillées pour lutter contre les inconduites sexuelles.

La secrétaire d’État au Développement international britannique, Penny Mordaunt, a indiqué en début de semaine, lors d’un sommet tenu à Londres, qu’il y avait « trop peu de preuves » que les organisations du milieu disposent de systèmes appropriés pour prévenir de tels cas, les prendre en charge au besoin et protéger les victimes.

Elle a précisé que l’approche suivie par chacune d’entre elles serait passée au crible par son ministère, qui établira des « standards sévères » à respecter.

« Ce seront [les standards] les plus sévères de la planète […]. Les organisations humanitaires qui ne sont pas préparées à les respecter ne devraient pas solliciter de nouveaux fonds publics. »

— Penny Mordaunt, secrétaire d’État au Développement international britannique

Prêchant par l’exemple en matière de transparence, le ministère britannique a fait savoir, à l’occasion du sommet, qu’une quinzaine de ses employés avaient été reconnus coupables d’inconduite sexuelle sur une période de 20 ans. Il s’agissait, dans la majorité des cas, de harcèlement entre employés, et des actions disciplinaires ont été prises au besoin.

La ministre a précisé que les 179 organisations humanitaires britanniques qui travaillent à l’étranger et qui reçoivent une aide gouvernementale avaient fait rapport au gouvernement, dans les dernières semaines, de leurs pratiques.

Une quarantaine font actuellement l’objet d’un suivi du Ministère qui cherche à éclaircir certains points potentiellement problématiques dans leurs réponses.

Au total, 26 organisations humanitaires ont rapporté des incidents d’inconduite graves recouvrant 80 cas distincts.

Cette mobilisation fait suite à la polémique déclenchée à la mi-février par la révélation qu’Oxfam-Grande-Bretagne a congédié, sans le dire clairement au public, plusieurs employés qui avaient fait appel à des prostituées en 2011 en Haïti.

Plusieurs grandes organisations humanitaires comme Médecins sans frontières et Care ont publié par la suite des bilans révélant des dizaines de cas d’inconduite sexuelle survenus au sein de leur personnel.

Toujours pas de mesures à Ottawa

Au Canada, peu d’organisations ont décidé de leur propre chef de divulguer ces cas.

La Presse a sollicité directement à ce sujet au cours des dernières semaines les 10 organisations humanitaires recevant les sommes les plus importantes du ministère du Développement international du Canada.

Quatre d’entre elles – Oxfam-Québec, Oxfam Canada, la Croix-Rouge canadienne, Médecins sans frontières Canada – ont affirmé avoir fait face à quelques cas d’inconduite sexuelle sur une période de 10 ans au sein de leur personnel. Care International a reconnu plusieurs dizaines de cas à l’échelle de la planète, mais il a été impossible de savoir si certains d’entre eux étaient liés au personnel de Care Canada.

Médecins du monde Canada, Développement et paix et la Canadian Foodgrains Bank, qui déploie peu de personnel à l’étranger, disent ne pas avoir enregistré de cas d’inconduite. La Coalition humanitaire, qui soutient plusieurs ONG pour la collecte de fonds en réaction à des crises humanitaires urgentes, n’a pas non plus recensé de cas de cette nature. Vision mondiale Canada, qui reçoit 4,4 millions de dollars du gouvernement, n’a pas répondu aux appels de La Presse.

La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, qui avait appelé son homologue britannique lorsque la crise a éclaté pour l’assurer de son soutien, n’a pas annoncé de nouvelles mesures d’encadrement à ce jour et mène des consultations pour trouver les « meilleures pratiques » du milieu.

Mme Bibeau a rencontré notamment à la mi-février les représentants d’une dizaine d’ONG canadiennes pour faire le point.

La directrice de Charity Intelligence, Kate Bahen, qui évalue la performance des organismes de bienfaisance au pays dont ceux du milieu humanitaire, pense qu’il est urgent de mettre en place au Ministère un véritable mécanisme de reddition de comptes pour empêcher de futurs cas d’inconduite sexuelle et assurer une prise en charge appropriée au besoin.

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