Ironman de Mont-Tremblant

Courir pour sa douce (et pour soi)

Assis devant sa télévision, Jean-François Desnoyers tombe sur un court reportage à propos de l’Ironman de Mont-Tremblant. En ce mois d’août 2012, le trentenaire se sait à un carrefour.

Deux mois plus tôt, son épouse, Yanely, a reçu un diagnostic de cancer du col de l’utérus et des ovaires. Son propre corps lui donne également des signes inquiétants. À 260 livres, il se voit suivre le même chemin que son père dont la première crise cardiaque est survenue à l’âge de 41 ans.

« C’est jeune et je ne voulais pas que ça m’arrive. Je me voyais sur la même pente. Je montais les marches et j’étais fatigué. L’exercice, c’était zéro. Je me suis dit : “Ce n’est pas vrai que je vais rester assis sur le sofa à écouter la télé et à jouer à la PlayStation.” »

Alors, c’est décidé. Comme l’intervenant qu’il voit à la télévision ce jour-là, lui aussi effectuera un premier Ironman pour ses 40 ans. Le fait d’avoir sa cible d’une année n’est qu’un détail dans une histoire qui a pris une belle tournure. 

Yanely est aujourd’hui en rémission tandis que Jean-François, qui pèse désormais 205 livres, participera à l’Ironman de Mont-Tremblant (3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,2 km de course à pied) ce dimanche.

« Ce n’est pas une question de victoire. C’est un défi qu’il s’est lancé quand je suis tombée malade. Je l’ai vu, au début, quand il n’était pas capable de courir plus de 10 minutes, avec la langue à terre, à disputer un Ironman maintenant. Ça me rend très fière. »

— Yanely, l’épouse de Jean-François Desnoyers

La maladie, les traitements, les entraînements, la perte de poids, les compétitions de plus en plus longues, tout ça s’imbrique dans la vie du couple et de la famille. Jean-François se lève et va chercher une casquette qu’il avait faite sur mesure pour son premier marathon, à Ottawa, en 2014. « I wear teal for my wife », peut-on lire en guise de référence à la couleur du symbole des cancers utérins. Les yeux de Yanely s’embuent lorsqu’elle repense à l’image de son amoureux s’approchant de la ligne d’arrivée ottavienne avec la casquette sur la tête. Elle n’était pas au courant de ce geste.

Jean-François la porte désormais à chacune de ses courses. Ce sera encore le cas dimanche lors des 42,2 km qui concluront sa longue journée.

« Quand je vois Yanely dans les zones de transition, je repense à mes premières courses, poursuit-il. À Lachine, en 2013, elle se tenait sur le bord de la piste cyclable avec les enfants hauts de même. Elle avait fini ses traitements au début de l’année et elle marchait avec une canne après une opération. Dimanche, je vais repenser à tout le cheminement, soit la nouvelle du cancer, les traitements et mon entraînement. »

Apprendre à nager

En voyant le fameux reportage, Jean-François a compris que le chemin vers un premier Ironman allait se faire de manière très progressive, sans brûler les étapes. « Il fallait que je m’habitue à courir, je ne savais pas vraiment nager et le vélo sur de longues distances, c’est quand même différent des balades avec les enfants », résume celui qui occupe le poste de superviseur de production dans une affinerie de cuivre.

Sa porte d’entrée vers le triathlon a donc été la course à pied avec un 10 km, puis un demi-marathon en 2013. L’année suivante, il participait à son premier marathon à Ottawa (4 h 16 min).

À ce moment-là, il a commencé à intégrer la natation à son entraînement, ce qui ne s’est pas fait sans heurt. Il n’a aucun souvenir de l’événement, mais on lui a raconté qu’il avait failli se noyer dans une rivière à l’âge de 3 ans. Dans l’eau, il savait donc flotter, nager pour le plaisir, mais sa technique était très basique. Il n’a jamais réellement suivi de cours.

« Au début, je partais du profond pour m’en aller dans le pas profond parce que je savais que je ne pouvais pas faire la distance au complet. Je regardais des vidéos sur YouTube afin de voir comment nager et apprendre des trucs. »

Et pour ne rien arranger, il s’est aperçu que sa capacité pulmonaire était en deçà de la moyenne. Après avoir ajusté sa respiration tous les deux coups de bras et apprivoisé la discipline, le plaisir est apparu petit à petit. « J’ai commencé à aimer ça parce que je trouvais ça relax. »

« Je veux juste finir »

Et le triathlon dans tout ça ? Son premier examen est survenu en 2015, à Montréal, dans le cadre d’une distance olympique (1,5 km de natation, 40 km de vélo et 10 km de course à pied). Pour le premier demi-Ironman, en 2016, c’est à Mont-Tremblant – déjà – qu’il faut se transporter.

« J’ai vraiment eu de la misère. Je ne m’étais pas bien alimenté lors de la portion à vélo et je ne m’étais pas mis de crème malgré le soleil fort. Ç’a été tough. Après ça, je me suis dit que c’était fini pour l’année. Je me suis même demandé si j’allais continuer à en faire. »

— Jean-François Desnoyers

Passé les doutes, il s’est remis à l’entraînement quelques semaines plus tard et a, depuis, disputé trois autres demi-Ironman avec un meilleur temps de 6 h 40 min à Old Orchard.

Pour ce saut dans l’inconnu, dimanche, Jean-François a une petite crainte de rater l’heure limite à l’issue de la portion à vélo. Il vise tout de même une arrivée après 15 ou 16 heures passées dans les eaux et sur les routes des Laurentides.

« Je veux juste finir et avoir ma médaille. Je sais que je ne gagnerai pas, que je ne serai pas le premier de ma catégorie et que je vais finir quand ce sera noir. »

De toute façon, Jean-François et Yanely ont déjà gagné. L’épreuve de dimanche n’est que le plus beau des rappels.

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