Parlons guenilles

Sylvie est so stylish !

« Je fais tout cela par plaisir et pour rendre concret le flot incessant d’idées. »

Sylvie Caya est maquilleuse de plateau. C’est sa job de jour, mais Sylvie est surtout une embellisseuse compulsive, une artiste multidisciplinaire qui se lève un beau matin pour s’improviser, avec talent, chapelière, joaillière, créatrice de sacs, couturière, tricoteuse, bref c’est une gosseuse d’élite qui porte fièrement ses créations, offrant ainsi un moment de ravissement à ceux qui la croisent.

Au moment de notre jasette, elle est encore une fois vêtue d’une tenue presque entièrement réalisée de ses blanches mains : une longue robe fourreau tricotée avec un mélange étonnant de textures et de couleurs (une palette Wes Anderson) et, posé sur les épaules, un chandail débardeur en suède à col bateau pour mettre en valeur son cou de cygne.

Oh, j’allais oublier son manteau (elle a fait son manteau ; ça fait suer, non ?) oversize, en peau de mouton retournée, on jurerait une création scandinave d’avant-garde.

Sylvie laisse tomber : « Si je pouvais, je ferais aussi des chaussures. »

Mettre ses idées et ses visions en chantier jusqu’à les réaliser de A à Z est pour elle une seconde nature et un trait héréditaire ; un papa décorateur industriel, « un grand bizouneur », se rappelle Sylvie, qui rapportait des chutes de matériaux comme du feutre, de la colle et des tissus du travail pour laisser sa fille expérimenter. C’était même encouragé : « Pas de problème, on pouvait cochonner la maison », se souvient-elle.

Voilà pour le côté technique. Pour ce qui est de l’amour du style et de la mode, Sylvie a d’autres réminiscences : « J’avais une tante, Marcelle, très coquette, qui m’inspirait beaucoup, j’aimais son jardin, l’univers de sa maison, ses vêtements, son odeur… » Sylvie se revoit, à 7 ans, assise à côté de Marcelle qui lui confectionne une pochette de satin rose et lui donne l’envie de coudre elle-même. 

Même à un très jeune âge, Sylvie sait exactement ce qu’elle veut porter. Elle a un vif souvenir d’un ensemble short et petit haut à volant en vichy rose qu’elle portait avec des bottes à gogo blanches. Sa voisine et petite amie Danielle avait le même.

C’est à cette époque que la petite Sylvie commence à découper des images choisies dans les magazines et les catalogues de mode, une sorte de Pinterest première vague, que je lui fais remarquer. « Oui, dit-elle, et même si aujourd’hui je regarde Pinterest pour me nourrir d’images et d’idées, je découpe encore des photos de mode pour les coller dans un grand cahier. »

Revenons à la petite Sylvie, la manuelle qui aime comprendre en testant différentes techniques. C’est vers 12 ans qu’elle suivra un cours d’initiation à la couture chez Singer, cours qui se conclut par la présentation d’un petit défilé où Sylvie présente sa première réalisation, une robe chemisier que j’imagine parfaite.

Adolescente, elle se mettra à la peinture, fera plus tard les Beaux-Arts, et sa passion pour le bricolage ne connaîtra aucune limite. « C’est l’idée qui m’intéresse, je ne suis pas dans le rationnel, mais dans l’émotif, l’instinctif. » En ce moment, et ses spectaculaires créations le reflètent bien, elle apprécie, à titre d’inspiration, les designers qu’elle qualifie de ludiques comme Alessandro Michele de chez Gucci, Simone Rocha ou Dries Van Noten, « si poétique ». Sylvie est également sensible aux propositions architecturales et aux signatures belges et japonaises.

« Tant qu’il y a une réflexion, une sincérité », ajoute celle pour qui créer est vital. « C’est un refuge extraordinaire. » Sylvie invente, retouche et donne parfois une deuxième vie à ses vêtements : « J’enlève des manches, j’ajoute des manches », et à ses accessoires : « J’ai collé de la fausse fourrure sur une paire d’espadrilles espagnoles. »

Et quel serait son ultime bricolage ? « Oh !, me répond-elle, en pleine illumination, un total look, mais dosé, avec un chapeau, des gants et une pièce volumineuse comme un manteau pour essayer plusieurs techniques comme l’impression textile. Il y aurait des matières transformées, peut-être de la fourrure faite à partir de laine et je sculpterais des boutons, des boutons que je pourrais teindre au jus de betterave pour obtenir un beau rose fuchsia, ça serait-tu beau ? »

Sachant de quoi elle est capable, je lui dis : « Ce serait sublime. »

Et, la folle, elle va probablement le faire…

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