Industrie du cinéma

Un homme face aux turbulences du grand écran

Comment Patrick Roy distribue des films aux quatre coins du monde

Bon Cop, Bad Cop. Séraphin : Un homme et son péché. De père en flic. Menteur. Depuis 25 ans, Patrick Roy a distribué la plupart des films québécois à succès.

Mais aujourd’hui, il est ailleurs : il tente de reproduire à l’étranger ce qui lui a permis d’avoir du succès au box-office québécois. Nommé président de la distribution cinéma mondiale d’eOne il y a un an (en plus de ses fonctions de président des Films Séville au Québec et au Canada), le Montréalais supervise maintenant la distribution de quelques dizaines de films dans neuf pays, du Canada à la Nouvelle-Zélande, en passant par les Pays-Bas et l’Allemagne.

« J’utilise beaucoup ce que j’ai appris avec le cinéma québécois pour développer la distribution de films locaux dans différents pays », dit Patrick Roy.

« Mon rôle, c’est d’être un facilitateur entre les différents pays, de m’assurer que les meilleures idées circulent partout. »

— Patrick Roy, président des Films Séville et de la distribution cinéma mondiale d’eOne

Les mandats intéressants ne manquent pas chez eOne, qui distribue entre autres les films d’Amblin Entertainment, la société de production d’un certain Steven Spielberg. Ces jours-ci, Patrick Roy travaille à la distribution de 1917, un film sur la Première Guerre mondiale du réalisateur britannique oscarisé Sam Mendes qui sort en salle vendredi.

Le film, qui a gagné le Golden Globe du meilleur film dramatique, est de la prochaine course aux Oscars. eOne est responsable de la distribution du film dans sept pays, dont le Royaume-Uni.

« On a des attentes énormes pour ce film-là, on parle de plusieurs dizaines de millions de dollars au box-office », dit Patrick Roy.

La concurrence de Netflix

Le cinéma en salle a déjà connu des moments moins turbulents. L’industrie continue d’être chamboulée par les succès des plateformes de divertissement en ligne comme Netflix. L’automne dernier, Disney+ et Apple TV+ se sont ajoutées à la concurrence.

Cette concurrence grandissante n’inquiète pas Patrick Roy. « Quand tu choisis la date de sortie d’un film, tu dois prendre en considération la sortie d’une série sur Netflix. Mais nous avons ressenti le gros de ce que nous devions ressentir comme changements, dit-il. Comme industrie, on s’est clairement adaptés. Il y a moins de bouleversements qu’il y a cinq ans, les choses se stabilisent. »

« Il y a toujours des films pour t’inquiéter ou te rassurer [sur l’état du cinéma sur grand écran], continue-t-il. Nous avons eu de beaux succès avec Judy, Once Upon a Time in… Hollywood de Quentin Tarantino, Joker. Par contre, il a fallu s’adapter. »

« Certaines années, on distribuait 100 films au Canada. Maintenant, nous avons comme objectif de distribuer entre 20 et 30 films par année. »

— Patrick Roy

Une année de découvertes

Depuis un an, Patrick Roy se trouve dans une position unique pour un Canadien dans l’industrie du cinéma : il peut constater les forces et les défis du grand écran dans tous ces pays.

« Ce fut une année de découvertes, dit-il. Tous les pays sont différents, il y a des nuances dans la promotion et le marketing. Les négociations avec les salles de cinéma sont aussi différentes. Au Canada, on partage à peu près 50-50 [entre la salle de cinéma et le film], alors qu’en Angleterre, c’est 35 % pour le film et 65 % pour la salle de cinéma. En Angleterre, la publicité d’un film dans les journaux reste importante. Une page dans The Guardian, c’est important, plus que pour les journaux en Allemagne ou en Espagne. »

Dans chaque pays, eOne porte une attention particulière aux films locaux. « Ça demeure une portion importante de nos activités, dit Patrick Roy. Il y a de gros succès locaux dans tous les pays du monde. En Allemagne, il se fait beaucoup de remakes. J’ai envoyé le film québécois Menteur à nos gens là-bas, pour voir ce qu’ils en pensent [en vue d’un remake]. »

Financement public et cinéma québécois

Un autre dossier dans lequel il a pu faire des comparaisons : le financement public des films locaux. « Je ne suis pas toujours heureux de la façon dont notre système de financement fonctionne au Canada, mais quand on se compare, on se console, dit-il. Notre système est bien géré et favorise la distribution locale [il faut un distributeur canadien pour qu’un film soit financé]. Dans d’autres pays, les films peuvent être distribués par des studios américains, ce qui est une aberration pour nous. »

Patrick Roy aimerait toutefois que Téléfilm Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) subventionnent moins de projets, mais avec un budget plus important. « On pourrait produire un peu moins de films, mais mieux financer les projets, et se garder une portion pour faire des premiers films. »

« Je prônerais un meilleur équilibre entre le cinéma populaire et le cinéma plus expérimental. »

— Patrick Roy

Au Québec, Les Films Séville, division d’eOne, ont distribué Menteur, le meneur des films québécois au box-office cette année avec 6,3 millions de recettes. L’histoire a été moins heureuse avec The Death and Life of John F. Donovan, premier film en anglais de Xavier Dolan, qui a eu des résultats décevants malgré un budget de 37 millions. Le film est sorti aux États-Unis le mois dernier, plus d’un an après sa première mondiale au Festival international du film de Toronto.

« Ç’a été une expérience difficile, mais ça arrive, dit Patrick Roy. Je ne pense pas que le film méritait ce destin-là. À peu près tous les grands réalisateurs ont connu des films qui ont moins bien [fonctionné]. Je n’ai aucun doute, le jour où Xavier va décider de refaire un projet en langue anglaise, il est tellement talentueux, il va y arriver. Des fois, il vaut mieux prendre un pas de recul pour mieux avancer. »

eOne au sein de l’empire Hasbro

L’entreprise était inscrite à la Bourse de Londres, mais elle a officiellement intégré l’empire Hasbro le 30 décembre 2019, après une offre de 4 milliards US du fabricant américain de jouets. eOne a des activités de distributeur au cinéma, de producteur et de distributeur à la télé (The Walking DeadDesignated Survivor), en musique (The Lumineers) et possède des marques familiales comme Peppa Pig.

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