Actualités

Deux avions construits par Bombardier s'écrasent en deux jours

Le mauvais sort semble s’acharner sur Bombardier. Un appareil de l’avionneur québécois s’est écrasé hier à Katmandou, au Népal, faisant au moins 49 victimes. La veille, un avion Challenger 604 s’est abîmé dans les montagnes iraniennes, tuant les 11 personnes à bord.

Des porte-parole des divisions des avions commerciaux et d’affaires de Bombardier ont rapidement souligné que leurs « pensées allaient aux blessés, victimes et membres de la famille ».

Nathalie Siphengphet et Mark Masluch ont néanmoins affirmé que les appareils impliqués dans les deux incidents étaient « sécuritaires et fiables ».

« Il [le Q400] a été conçu pour être fiable et répondre aux importants besoins des transporteurs régionaux », a expliqué Mme Siphengphet au cours d’un entretien téléphonique.

De son côté, M. Masluch a souligné que plus de 1000 livraisons de la famille Challenger 600 avaient été effectuées, qualifiant ce jet d’affaires de l’un des plus « robustes » de sa catégorie.

À son avis, le peu de temps qui s’est écoulé entre les deux écrasements constitue une « coïncidence malheureuse ».

« Il s’agit d’incidents isolés et il ne serait pas approprié de commenter sur des enquêtes qui sont actuellement en cours ou de faire des liens entre les deux évènements. »

— Mark Masluch, porte-parole de la division des avions d’affaires de Bombardier

49 victimes à Katmandou

Rappelons qu’à Katmandou, au moins 49 personnes ont perdu la vie, hier, dans l’écrasement d’un avion de la compagnie US-Bangla Airlines à l’aéroport de la capitale du Népal. L’appareil était un Q400 construit par Bombardier.

L’avion avait à son bord 71 personnes, dont 67 passagers. Il s’est écrasé après avoir fait le tour de l’aéroport à deux reprises. Les conversations entre le pilote et la tour de contrôle semblent indiquer une grande confusion au moment de l’atterrissage.

Une série d’échanges confus aurait mené le pilote à entreprendre son approche de la piste d’atterrissage du mauvais côté. Deux explosions ont suivi l’écrasement de l’appareil, qui s’est désintégré en touchant le sol.

Néanmoins, les causes exactes de l’accident sont toujours inconnues. Selon John Guimond, consultant en sécurité aérienne et ancien pilote, « le seul problème qu’il a eu [le Q400], c’est avec le train d’atterrissage. C’était son défaut le plus commun ».

La majorité des blessés ont été transportés au Collège médical de Katmandou. Selon un porte-parole de la US-Bangla Airlines, cité par Bloomberg, le vol comptait 32 Bangladais, 33 Népalais, 1 Chinois et 1 passager originaire des Maldives, sans compter le personnel.

Cinq membres de la même famille vivant à Gazipur, au Bangladesh, étaient au nombre des passagers, a rapporté le journal bangladais The Daily Star.

La mort d’au moins un membre de la famille a été confirmée au journal. Quatorze étudiants en médecine népalais étaient aussi à bord.

Bombardier a annoncé hier en fin d’après-midi qu’un de ses enquêteurs partirait aujourd’hui pour le Népal afin d’assister les autorités dans leur enquête. « Le bureau de la sécurité aérienne de Bombardier sera en contact avec les autorités et nous fournirons toute l’aide qui nous sera demandée », a signalé Nathalie Siphengphet, porte-parole de la division des avions commerciaux de Bombardier.

La compagnie US-Bangla Airlines offre une liaison entre Dacca, capitale du Bangladesh, et Katmandou quatre fois par semaine. La durée du vol est d’environ 1 h 30 min.

Plusieurs accidents mortels sont survenus à l’aéroport de Katmandou au fil des ans. Le plus récent remonte à 2012 quand un avion de la Sita Air transportant des alpinistes se rendant à l’Everest s’est écrasé, tuant les 19 passagers à bord.

11 morts dans les montagnes iraniennes

La veille, un Challenger 604 appartenant à une compagnie turque s’est écrasé dans les monts Zagros, à environ 370 km au sud de Téhéran. Les 11 passagers ont été tués.

L’avion appartenait à Basaran Holding Company, entreprise turque active dans les secteurs de l’énergie, de la construction et du tourisme. Il s’était envolé des Émirats arabes unis et se rendait à Istanbul.

Il transportait notamment la fille du patron du groupe Basaran et sept de ses amies. Mina Basaran, fille d’Huseyin Basaran, s’était rendue aux Émirats arabes unis pour fêter son enterrement de vie de jeune fille. Elle devait se marier le 14 avril.

Selon la presse turque, trois autres jeunes femmes à bord de l’avion devaient aussi se marier au cours de l’été prochain. Une autre avait un bébé de 4 mois.

L’appareil construit par Bombardier était en flammes au moment de frapper la montagne, a relaté un témoin. Selon les conversations avec la tour de contrôle, le pilote avait demandé à réduire son altitude en raison d’un problème technique.

« J’ai travaillé une douzaine d’années pour Bombardier comme pilote d’essai, notamment aux commandes d’appareils Challenger 604, sur lesquels j’ai dû cumuler environ 8000 heures, affirme John Guimond, aujourd’hui consultant en sécurité aérienne. C’est un avion fiable, je trouve étrange qu’on perde le contrôle d’un avion qui vole à 35 000 pi dans un environnement stable. C’est vraiment rare. Soit c’était un problème mécanique catastrophique, soit le pilote a manqué son coup. »

— Avec La Presse canadienne et l’Associated Press

Des incidents chez Bombardier 

L’accident de Katmandou est seulement le deuxième où des passagers d’un avion Q400 de Bombardier perdent la vie. En février 2009, un avion de la Continental Airlines s’était écrasé sur une maison de la région de Buffalo, tuant 49 personnes. Les autorités avaient conclu qu’une erreur de pilotage était en cause. Plusieurs incidents impliquant le train d’atterrissage du Q400 de Bombardier sont aussi survenus au cours des dernières années, mais ils n’ont pas fait de victimes.

US-BANGLA de Havilland Dash 8-400 (Q400) 

Entré en exploitation en 2001 chez Scandinavian Airlines (SAS) 

Opéré par US-Bangla depuis 2014 

Immatriculation : S2-AGU 

Le modèle existe depuis 2000 et est toujours en production, à Toronto 

Au 31 décembre dernier, Bombardier en avait livré 571 exemplaires depuis le début et en avait 43 autres inscrits à son carnet de commandes. 

30 exemplaires livrés l’an dernier 

L’appareil a connu une série d’incidents liés à son train d’atterrissage en 2007.

Challenger 604 

Entré en exploitation en 2001 

Immatriculation : TC-TRB 

Le modèle existe depuis 1996 et n’est plus produit. 

Il y en aurait plus de 360 en exploitation. La série 600 (600, 601, 604, 605 et 650) a franchi le cap des 1100 exemplaires vendus en décembre 2017. 

L’incident le plus célèbre est survenu l’an dernier, quand un appareil a été secoué en vol en raison des turbulences provoquées par un A380 d’Airbus. Il n’y a pas eu de morts. Trois accidents, dont l’un en phase d’essai, ont provoqué un total de neuf morts.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.