Sommet sur les abus sexuels au vatican

« Priorité à la victime »

Alors que la crise des abus sexuels s’aggrave depuis l’été dernier, le pape François a convoqué une réunion sur la protection des mineurs à partir de demain à Rome. La Presse s’est entretenue avec Mgr Lionel Gendron, évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, qui préside la Conférence des évêques catholiques du Canada et sera au Vatican cette fin de semaine.

Qu’attendez-vous de la réunion au Vatican ?

Le pape veut que toutes les conférences épiscopales se rendent compte que le problème des abus existe chez eux aussi. J’ai lu un texte de l’archevêque de Reims qui disait que beaucoup de monde pensait au départ que c’était un problème des pays anglophones. Le document sur la protection des mineurs de l’épiscopat canadien en octobre donnait la priorité à la victime, à qui nous devons donner notre temps et notre écoute. Je vais moi-même rencontrer avant de partir cinq victimes, notamment une mère de famille dont l’enfant a été abusé par un membre du clergé. Le jugement a eu lieu, elle m’a envoyé les 12 pages de son témoignage au jury. Je veux la rencontrer de nouveau pour écouter et lui exprimer comment ces choses-là ne devraient pas se produire en Église ni à l’extérieur, d’ailleurs. Dans le passé, j’aurais été un peu mal à l’aise. Nous avions malheureusement tendance à écouter les avocats qui ne voulaient pas que les évêques rencontrent les victimes quand un processus judiciaire était en cours.

En 2002, lors du scandale des abus sexuels à Boston, un secrétaire de la Conférence des évêques canadiens avait affirmé à La Presse que le Canada était en avance en ce qui a trait au traitement des allégations de ce type.

Je ne suis pas sûr que je dirais ça en sachant ce qui s’est passé depuis. À la fin des années 80, avec le cas de Mount Cashel [un orphelinat de Terre-Neuve où ont eu lieu beaucoup d’abus sexuels], on avait produit le document De la souffrance à l’espérance. Marc Ouellet [président de la Congrégation pour les évêques au Vatican] avait participé à sa rédaction. C’était une première au monde. Mais on s’est rendu compte que ça ne suffisait pas et on a fait un aménagement en 2011, puis un autre en 2018. On donne maintenant la priorité à la victime et on élargit à son milieu, à sa famille, à la paroisse. On a maintenant une attitude pastorale plus que canonique.

Par le passé, on a parfois placé des prêtres ayant été condamnés d’abus dans des rôles administratifs, une décision qui a souvent été critiquée.

Ça demeure un débat. C’est sûr qu’on ne le retourne pas au ministère, alors qu’avant, c’était une possibilité. Dans certains cas, dans d’autres pays, des évêques ont envoyé des prêtres finir leurs jours dans un monastère pour y faire pénitence. Il faut considérer que renvoyer dans la vie civile quelqu’un qui a cette pathologie peut être plus dangereux.

Y a-t-il déjà eu un prêtre québécois qui a été « condamné » à une telle prison ecclésiastique dans un monastère ?

Pas à ce que je sache, en tout cas certainement pas à Montréal ni à Longueuil.

Plusieurs des cas récents d’abus sexuels au Québec concernent des religieux, pas des prêtres.

Les membres des ordres sont couverts par la Conférence religieuse canadienne. Le pape a souligné récemment ce problème-là. C’est sûr que nous allons aborder la question lors de notre prochaine réunion avec la Conférence religieuse.

Il y a récemment eu des scandales de religieuses qui ont subi des abus par des prêtres ou des religieux. Y a-t-il eu des cas semblables au Québec ?

Je n’en ai aucune idée. Ça sera sûrement à l’ordre du jour d’une rencontre de la Conférence épiscopale. J’en ai entendu parler dans d’autres pays, je ne dis pas qu’il n’y a jamais eu de tels cas ici.

Le célibat des prêtres est-il la cause du problème ?

Mon expérience de confession me montre que si une personne n’a pas une sexualité ordonnée avant le mariage, ça ne sera pas beaucoup mieux après. La plupart des entraîneurs sportifs qui ont été accusés dans les dernières années étaient mariés. Il faut avoir un équilibre psychologique, qu’on soit célibataire ou non.

En septembre, Mgr Ouellet a avancé dans une entrevue que le problème des abus sexuels va se régler entre autres en impliquant davantage les femmes dans la formation des prêtres.

Oui, la solution passe par la promotion de la femme en Église. Je ne parle pas de l’ordination des femmes, mais de postes de responsabilité. Le comité que le pape a nommé pour préparer la réunion de cette fin de semaine compte deux femmes et deux hommes.

Des femmes à la barre

Mgr Gendron a donné d’autres exemples de femmes en situation d’autorité : des sous-secrétaires dans les dicastères du Vatican, l’équivalent de sous-ministres d’un gouvernement, la directrice de l’université dominicaine à Rome et les coordonnatrices de pastorale au Québec, qui occupent 90 % des postes et ont selon lui le même niveau d’autorité qu’un prêtre. « Il pourrait y avoir des secrétaires de dicastère à Rome. Et le pape a déjà évoqué la possibilité qu’une femme puisse être nommée nonce », l’équivalent du poste d’ambassadeur. Une femme pourrait-elle diriger un séminaire ? « Je ne vois pas pourquoi pas. Quoique mon côté sulpicien considère que le recteur d’un séminaire n’est pas qu’administrateur, mais doit aussi être un modèle de vie de prêtre. » 

– Mathieu Perreault, La Presse

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