Chronique

La débandade de la brandade

Carnage de morue, écailles dans les sardines panées et œufs en cocotte bousillés : la demi-finale des Chefs ! a procuré de grandes chaleurs aux deux concurrents les moins bien placés pour enfiler le tablier doré de cette téléréalité.

Lundi soir, Marc-Antoine Lacasse, 23 ans, a commis le crime ultime en jetant à la poubelle le jus de cuisson de son poisson. Les juges ont frôlé la syncope. Voyons ! C’est la base parfaite pour une sauce ! Déjà là, ça ne sentait pas bon pour Marc-Antoine.

Andrée-Ann Lachance, 28 ans, en a arraché dans la préparation de son poisson. Le défi des deux morues, fraîche et salée, l’a complètement déstabilisée et elle a été expédiée au duel pour la deuxième émission d’affilée.

À ses côtés, Marc-Antoine participait à son quatrième duel en neuf épisodes. Sans surprise, il a été éjecté du concours, non sans avoir tout donné. Le camarade Clément aurait dû s’inspirer de la ténacité de Marc-Antoine. C’est très lâche et enfantin d’abandonner au beau milieu d’un combat.

Andrée-Ann accède à la grande finale, même si ses chances de triompher sont aussi minces qu’une lame de couteau japonais. Ses adversaires, Antoine Baillargeon et Laurent Matte-Boily, ont dominé la compétition d’un bout à l’autre. Le désistement de Clément, un redoutable rival, n’a fait que cimenter leur statut de favori.

Le tableau de chasse d’Antoine, 33 ans, un cuisinier conservateur, affiche plus de récompenses. Il a terminé quatre fois au premier rang sur une possibilité de neuf. Il s’affaire à son poste et ne possède pas la personnalité la plus flamboyante de la brigade.

Laurent, 26 ans, n’a décroché qu’une première place. Il paraît plus sympathique qu’Antoine, mais ce n’est pas ce qui compte ici. Le secret de la victoire se trouve dans l’assiette. Chaude et bien présentée, de préférence.

Personne n’est à l’abri d’un four trop chaud ou d’un Thermomix qui déborde. Ni Laurent ni Antoine n’ont été soumis au duel et à la pression qui en découle. Andrée-Ann pourrait-elle causer la surprise ? La compétition finit… lundi, comme le dirait Élyse Marquis sur un ton grave.

Sous le regard de Serena

J’attends les lundis avec impatience maintenant. C’est le jour de la semaine où le service CraveTV de Bell ajoute un nouvel épisode de l’excellente série The Handmaid’s Tale 2.

En anglais, nous sommes rendus à la huitième heure sur un total de 13. En français, le Club illico de Vidéotron offre déjà les six premiers épisodes traduits.

Cette série demeure une de mes préférées de 2018, malgré quelques irritants ici et là.

J’adore Serena Joy Waterford (Yvonne Strahovski), mon personnage chouchou de cette dystopie angoissante. La relation ambiguë qu’elle entretient avec sa servante Offred (Elisabeth Moss) me fascine. Elle se rapproche d’Offred, lui expose sa vulnérabilité, puis lui claque la porte au nez. Retourne dans ta minuscule chambre !

Serena confie à Offred un travail de révision, qui n’est pas un acte de transgression, comme on aurait pu le croire, mais un geste de complicité envers le régime brutal qui opprime leur propre sexe. Offred le sait et pile sur ses principes, probablement par instinct de survie.

On sent toutefois Serena Joy déchirée entre son devoir envers la République de Gilead et son propre féminisme, qu’elle a dû réprimer loin, loin, loin, en se mariant avec le commandant Fred Waterford (Joseph Fiennes).

Elle semble à un cheveu (blond) de basculer du côté des bons et de remiser sa robe verte d’épouse dénuée de compassion. Elle s’assouplit. Elle falsifie des lois pour humaniser l’univers glauque de Gilead, même si cela contredit la volonté de Dieu. Le sauvetage du bébé Angela/Charlotte a d’ailleurs débouché sur un des moments les plus émouvants de la saison.

En même temps, Serena accepte – sans broncher ni argumenter – le châtiment corporel quasi médiéval qui découle de sa rébellion. Pas évidente à cerner, notre Serena.

Il y a eu du mou et un effet de lassitude autour du sixième épisode de The Handmaid’s Tale 2. Les gros plans du visage détruit ou paniqué d’Offred, ça va, on a compris. Trop rapidement, les scénaristes ont abandonné les colonies, qui auraient pu alimenter plusieurs intrigues.

Aussi, les segments à Toronto, où vivent Moira (Samira Wiley) et Luke (O.T. Fagbenle), sont moins intéressants que ceux à Gilead.

J’espère également que nous revisiterons le passé de Tante Lydia (Ann Dowd), une autre figure marquante de cette troublante série. Que Dieu entende nos prières. Et béni soit le fruit.

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